¡ Bienvenido a México !

D’une Californie à l’autre

Après trois mois aux USA, changement de pays, et pourtant on reste en Californie et c’est logique puisque qu’avant son annexion par les USA en 1848 la Alta California (Haute Californie) était un État mexicain. Ici commence donc la Baja California (Basse Californie), une péninsule de 1 200 km de longueur, rien que ça.

A cette occasion, changement de langue, changement de décor pour le site, et même changement de nom puisqu’à partir de maintenant ce sera Los Cyclomigratos ! (ce qui ne veut rien dire, mais ça sonne bien).

La frontière

Le passage de la frontière mexicaine à Tijuana (“la frontière la plus traversée au monde”) est des plus étranges. Quand on arrive à vélo on ne sait pas très bien où nous devons nous diriger, il y a des voitures qui s’en vont vers un pont autoroutier mais il est interdit aux piétons et aux vélos, soit, mais où doit on se diriger ? On vasouille un peu, le GPS nous indique un chemin qui arrive en cul de sac vers ce qui nous semble être un parking avec un chemin de terre qui monte sur notre gauche, ça n’est quand même pas par là ?

Pour en avoir le coeur net on redescend vers les arrêts de train et on demande aux chauffeurs de taxi où se trouve la frontière, « par là ! » en nous montrant un passage en sortie de quais. Bon d’accord, on suit les piétons qui slaloment entre les rails et les bâtiments, restons dans le flot pour se retrouver juste sur le petit parking où nous étions peu de temps avant, nous n’avions pas vu ce passage entre une butte de terre et le coin de constructions. C’est en fait un long entonnoir à ciel ouvert d’environ 400 m qui arrive jusqu’à deux grands tourniquets que tout le monde passe sans pouvoir faire demi tour. On est bien embêtés pour passer avec nos vélos qu’il faut mettre sur la roue arrière sans enlever les sacoches, Joël passe sans problème mais Irène se fait aider par les Mexicains. Ca y est nous voilà de l’autre côté, assurément ce n’est pas ici que les Mexicains passent pour franchir la frontière dans l’autre sens. On se retrouve de manière très informelle devant un guichet où le douanier nous demande pourquoi le Mexique ? Ah bonne question ! Quand il voit nos vélos il rigole franchement et est épaté, ben oui nous ne sommes plus de jeunes pigeons voyageurs. Il n’y a pas de tampon apposé sur notre passeport, juste un document qui nous donne droit à 180 jours sur le territoire mexicain à partir du 30 août. Ce document est à garder précieusement et à présenter en cas de besoin, surtout quand on quittera le pays.

Continuons de suivre le flot des arrivants qui déposent tous leur sacs à dos sur le tapis à rayons traqueurs de produits illicites ou d’armes. On décroche nos sacoches devant la dame controleuse qui semble bien s’ennuyer devant sa machine et les remontons une fois passées à la détection. Tout ceci dans une joyeuse bousculade, tout le monde se presse pour récupérer son bien. A noter toutefois qu’un garde armé, mitrailleuse au point surveille la sortie.
Nous voici vraiment au Mexique, premier pays d’Amérique latine pour nous.

Avec une population de 130 millions d’habitants, le Mexique est le onzième pays le plus peuplé du monde et est la quinzième puissance économique mondiale. Avec une superficie de près de deux millions de km2, il est trois fois et demi plus vaste que la France.

Tijuana

Tijuana n’est à priori pas une ville dans laquelle on a envie de séjourner. Nous avons reçu de nombreuses mises en garde à propos de la sécurité, c’est pourquoi on laisse toutes nos affaires à l’hôtel avant d’aller trainer dans le quartier pour retirer nos premiers pesos, acheter des cartes téléphoniques et voir un peu comment ça se passe en ville.

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Le contraste avec les USA est frappant : les rues sont dans un état aproximatif, les trottoirs un peu défoncés, des bouches d’égouts parfois sans plaque, attention où on met les pieds ! Les bâtiments généralement vétustes, tout est plus ou moins (plutôt plus que moins) bordélique, mais c’est un joyeux bordel !  Ce qui est frappant c’est que tout est coloré, les murs sont peints de toutes les couleurs, les néons lumineux clignotent de partout. Ville où la musique sort du moindre petit café au magasin de souvenirs, quel contraste ! Les prix deviennent  abordables, les gens souriants, l’ambiance décontractée. Ce n’est qu’une première impression, nous aurons tout le temps d’approfondir dans les semaines à venir. Les dames de nuit sont déjà au travail et nous saluent au passage. Joël arrête de faire la coq !

Du coté politique, on est tout de suite dans l’ambiance, Trump n’a pas la cote. Quant à Macron, on vous laisse deviner :

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Pour notre première soirée, le dépaysement est total, la rue de la Révolution est pleine d’activité et de bruit, on retrouve la cuisine de rue un peu comme en Corée, sauf que ce ne sont ni les mêmes odeurs ni les mêmes saveurs ; magasins de souvenirs qui vendent tous la même camelote, restos et bars, musique à fond, on atterrit dans un resto karaoké où on ne s’entend pas manger et où toutes chansons se ressemblent. Notre chambre d’hôtel est minuscule, là ça rappelle le Japon si ce n’est qu’il n’y a pas les toilettes chauffantes à musique.

C’est parti pour « el español » que nous devons vite appréhender, nous sommes des débutants. Notre balade en ville nous permet de sortir nos premiers balbutiements en la matière !!! Immersion totale, c’est le meilleur moyen pour progresser, nous n’avons d’ailleurs plus le choix… Et c’est quand même plus intuitif que le Japonais ou le Coréen.

L’homme providentiel

Juste avant que nous ne quittions la Californie américaine, alors que nous nous étions arrêtés à une petite cabane de cuisine mexicaine chaudement recommandée par David (rencontré en gare de Los Angeles ), nous avons fait la connaissance de Javier. (cf. l’article précédent)

Javier est un homme étonnant. Rapidement il nous fait une proposition incroyable : il a une « maison de plage » au sud de Tijuana, on peut y séjourner aussi longtemps qu’on veut, d’ailleurs il nous donne la clé. Il ne sera pas là parce qu’il voyage tout le temps pour son boulot, ce qui ajoute encore au caractère généreux de cet homme qu’on n’aura pas rencontré plus d’un quart d’heure. Comme bienvenue au Mexique, on ne pouvait rêver mieux ! Voilà un homme qui confie les clés de sa maison à deux parfaits inconnus… Qui de vous, chers amis, en ferait autant ? Une belle leçon et un super cadeau de bienvenue. Pas de souci pour l’étape suivante, ce sera donc chez Javier, à 60 Kilomètres de là.

La ruta 1

Au petit matin la rue de la Révolution est bien calme, terminé le tapage de la veille. Les petits commerces commencent à ouvrir leurs portes et les balayeurs sont au boulot. Comme généralement toutes grandes villes, Tijuana n’est pas un paradis pour les cyclistes, quitter la ville est pénible, d’autant qu’il faut zigzaguer entre les débris qui jonchent la route, surtout les bouts de verre ou les restes de pneus éclatés. On a bien fait de changer nos pneus avant de venir.

Une fois sur la route 1, qui traverse la péninsule d’une extrémité à l’autre, on a la chance de respirer les gaz d’échappement des camions, le trafic est dense, c’est bruyant et fatiguant et en plus le payasage n’est pas attrayant non plus. Qui plus est, ça monte et il fait chaud, pas drôle, une épreuve obligatoire, de toute façon pas d’autre solution : direction sud.

Du côté de Santa Fe, le GPS propose un trajet alternatif pour éviter la circulation, à priori ce n’est pas bête mais dans la pratique c’est autre chose car on se retrouve dans des quartiers éloignés qui n’ont pas eu droit au goudron, les rues sont défoncées, en terre et cailloux, c’est très pentu, même les rares voitures à s’aventurer par là ont du mal, certaines roulent avec des pneus dégonflés. L’avantage est que ce diverticule nous a permis de découvrir des quartiers dont on n’aurait pas soupçonné l’existence en restant sur la route 1, et on se dit que ce ne doit pas être évident d’habiter dans le coin. Circuler par ici c’est faire du rodéo !

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Nous retrouvons la route 1 à nouveau, le goudron c’est bien finalement ; entre deux maux choisissons le moindre. A Rosarito, petite ville côtière, on peut faire quelques courses dans un supermarché, pendant qu’un vieux monsieur veille sur nos vélos moyennant quelques pesos. Une américaine qui habite là nous confie toujours porter une bombe anti agressions, bonjour l’ambiance. Pourquoi vit-elle içi si elle craint d’y être agressée ? La pauvreté est visible, les petits boulots permettent de survivre : Lavage ou époussetage   de voitures, vente de babioles, ramassage de cannettes, etc.

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Lors du déjeuner à la terrasse d’un resto (7 € pour 2), des chanteurs et musiciens viennent se produire, ils sont talentueux mais ne restent pas bien longtemps. Après avoir ramassé les dons ils sont remplacés par un groupe traditionnel qui vient se produire à la table de nos voisins. Ils se déplacent par 3, cela semble être normal de passer de bars en bars et de restos en restos pour chanter la sérénade. En face il y a une location de quads, chevaux et chameaux (sales bêtes ) dans un terrain vague poussiéreux, entre la route bruyante et des murs de béton, un décor qui manque pour le moins de romantisme.

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Nous nous efforcons de répondre en espagnol quand on nous parle anglais, il faut vite s’y mettre. Première phrase d’Irène : « No hablo espanol, pero quiera aprender ! » = Je ne parle pas espagnol, mais je veux apprendre.

A partir de là, la route longe la mer, ce devrait être joli. Sauf que non, la côte est urbanisée à outrance, il est rare qu’on puisse apercevoir la mer au bout d’une ruelle.

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Heureusement de l’autre côté de la route on a aussi de quoi voir, des boutiques qui exposent leur poteries multicolores sur le trottoir, d’autres ce sont des réalisations importantes d’animaux en ferraille, on verra même une girafe dont la tête dépasse les murs de la maison, laquelle n’a pas de toit !

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Puis la route descend et remonte laissant entrevoir de temps à autres quelques petits bars et restos de rue. D’autres enclaves entourées de murs avec un service de gardiennage pour en assurer l’entrée sont bâties en bordure de plage, des petits paradis pour ceux qui vivent ici. La côte continue d’être urbanisée avant notre arrivée chez Javier, des squelettes d’immeubles en reconstruction l’enlaidissent. Sans doute du travail pour les habitants de cette région.

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Au dessus du village de Popotla une immense statue du christ domine la colline, assez impressionnant, nul doute, nous sommes dans un pays catholique. Après Puerto Nuevo et Prima Tapia nous voici enfin chez Javier.

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Chez Javier

A Mision Viego, le gardien hésite à nous laisser entrer parce que Javier ne l’a pas prévenu.  Fort heureusement nous lui montrons les instructions sur papier remises par Javier avec les noms de ses proches voisins. Nous découvrons ce qu’est la sécurité ici, il faut montrer patte blanche. Il va nous conduire jusqu’à chez Gloria et Phil qui sont au courant de notre venue, ouf, tout le monde se détend. Nous allons découvrir une très jolie maison style mexicain, confortable, fraiche avec une vue sur l’océan depuis la terrasse sur le toit. Whaou quelle chance nous avons.

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La résidence est en bordure d’une longue grève de galets, pas idéale pour la baignade mais bien agréable pour se balader.

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En guise de bienvenue nos voisins viennent nous inviter à les accompagner au restaurant, une telle gentillesse ne se refuse pas et nous voilà attablés face à la mer au « Splach », un établissement qui visiblement est bien fréquenté. Nos hôtes y ont leurs habitudes. Nous allons nous régaler avec notamment une merveilleuse soupe de poissons. « Jamais mangé d’aussi bonne «  dixit Irène !

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Nous restons quatre jours au calme dans cette ravissante maison, on a connu pire comme endroit…  Il faut dire qu’on s’est offert une petite tourista qui nous a incités à rester tranquilles plutôt qu’à reprendre le pédalage. On apprendra plus tard qu’une épidémie de gastro a sévi dans la région, les Mexicains eux-mêmes y ont eu droit.

Ensenada

Pour atteindre notre prochaine étape, il y a deux possibilités : Continuer sur la ruta 1 qui va entrer un peu dans les terres, et donc monter pas mal, ou prendre l’autoroute qui longe la côte est offre de superbes paysages. Evidemment on choisit la seconde option : Plus facile et plus beau, il n’y a pas à hésiter.

Ce matin là le ciel est gris, la mer grise, il y a de la circulation, ce n’est pas enthousiasmant. Les montagnes sont pelées, l’habitat est dispersé, il y a quelques campings remarquablement déserts.

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On se fait des courses dans un Oxxo (supérette archi répandue), avant d’entrer sur l’autoroute à l’endroit où elle se sépare de la route gratuite.

Il faut savoir qu’au Mexique les autoroutes sont généralement longées par une route gratuite, ce qui permet d’écouler le trafic local. Mais ces routes n’ont souvent pas de bas-cotés et sont en fait plus dangereuses pour les cyclistes que les autoroutes qui ont une large bande latérale.
Petit problème cependant, un panneau indique bien clairement que l’accès en est strictement interdit aux cyclistes, quel dommage que nous ne comprenions rien à l’espagnol…!

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Nous voici donc sur l’autoroute interdite aux vélos. C’est un bon plan, la route est belle et les paysages en effet s’avèrent très beaux, une fois que les nuages laissent place à un soleil bienvenu. Curieusement, cette autoroute est le seul accès possible à cette longue portion de côte assez sauvage sur laquelle se trouvent cependant quelques enclaves et villages, ces gens là n’ont donc à priori pas le droit de circuler à vélo.
Heureusement qu’on avait acheté de quoi se restaurer car il n’y aucune boutique par là, par contre sur un promontoire se trouve une espèce d’aire de repos où on va pouvoir boulotter notre picnic et utiliser les toilettes publiques. Elles sont tenues par un gardien isolé qui doit s’ennuyer comme un rat mort, il a juste sont sac à dos et casse-croute, aucun véhicule en vue, quelqu’un doit le déposer là le matin et le récupérer le soir (espérons le pour lui…).


Après 63 km, arrivée chez Tomas et Carmen, des Warmshowers qui ont déjà accueilli une centaine de cyclistes ! Super organisés, ils tiennent un classeur avec une fiche pour chacun, c’est intéressant à parcourir, les nationalités et les parcours sont très divers. Tomas a une entreprise de carrelage, Carmen travaille pour le parti vert (il y a du boulot pour les écolos, tout est à faire), ce sont des sportifs accomplis comme en témoignent leurs nombreuses médailles (semi marathon, triathlon).

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Ils ont placé devant chez eux un panneau qui nous rappelle qu’on a encore un peu de chemin à faire si on veut aller jusqu’à Ushuaia : 10 693 km !

Ensenada est une ville touristique, du moins du coté de la plage, même si ce n’est pas encore la saison il y a un peu de monde.  C’est l’occasion de gouter au maïs bouilli avec un peu de beurre et de fromage, ça semble traditionnel mais ce n’est pas terrible, heureusement que ça ne coute que quelques pesos.

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La ruta 3

Sergio, cycliste rencontré la veille, nous a vivement recommandé la ruta 3, bien plus tranquille que la 1 sur laquelle on risque de se payer un trafic intense avec plein de gros camions. Même si la dernière partie n’est pas goudronnée, il l’a fait avec un vélo ordinaire, sans pneus larges, donc ça devrait être à notre portée.

On verra prochainement ce qu’il en est, sachant que ça commence par 46 km de montée et qu’à 9 heures il fait déjà 33° !!!

8 Commentaires judicieux

  1. Changement d’ambiance, les gringos bretons sont en route pour nous faire partager une autre partie du Monde .. Qui peut sembler petit quand on parcourt vos lectures….
    L’avantage c’est que vous vous dirigez cap au sud, ça ne va que descendre !!
    Bonne continuation..

  2. Hola Gringos !

    Ah, j’aime bien les nouvelles couleurs de votre site, qui annoncent une belle ambiance locale. On va voir ça. Le Mexique cache surement bien des trésors que vous allez dénicher pour nous.
    On vous attend avec empressement.

    Bonne route, quittez vite l’autoroute et soyez prudents.
    Bises

  3. Merci les amis pour vos messages ensoleillés, ici la grisaille s’installe petit à petit, continuez à nous faire voyager cela nous aidera à passer l’hiver sans souffrir de la chaleur !
    Bises de Martine et Bernard

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