On est les champions !

Aucun rapport avec une certaine coupe du monde ni même un tour de France, on est les champions parce qu’on a pédalé de Genève à Paris en seulement deux jours, en provenance de l’Etna et passant par Montpellier (ce qui n’est pas l’itinéraire le plus court, vous en conviendrez).


Jackson, alias Cowboys City

Avant même d’arriver dans cette ville de 10 000 habitants située dans une vallée à 1 900 mètres d’altitude, le décor donne le ton : Un fort bâti à flanc de colline semble encore prêt à repousser les attaques des Indiens, rien n’a l’air d’avoir changé depuis un siècle (avant la ville n’existait pas), d’ailleurs on la nomme aussi Jackson Hole « Le Trou ». Les éleveurs se sont tourné maintenant vers le tourisme, même s’ils prennent soin de faire les fourrage pour nourrir les Elks, wapitis et autres animaux d’élevage. Nous avons longé un grand espace naturel, un refuge, réservé aux cerfs qui sont environ 12 à 13 000 bêtes à y être nourris en hiver parce que la neige recouvre tout et ils n’ont plus rien à manger.

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Les bâtiments font très far-west, et c’est voulu car la principale activité est désormais le tourisme, grâce aux millions de visiteurs des parcs de Yellowstone et Grand Teton pour lesquels c’est un point de passage incontournable. Mais c’est aussi une station de ski, d’ailleurs les pistes sont bien visibles sur les versants des montagnes environnantes.

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Il n’y a pas que le décor, certains habitants ont le look qui va bien, on se demande où sont leurs chevaux car dans la rue il n’y a que des pick-up et ça ne doit pas être pratique à conduire avec les éperons.

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Si la ville est extrêmement commerçante et fait un peu Dysneyland sur les bords, il y a également une vie artistique très riche et les nombreuses galeries sont un véritable régal à visiter, nous ne nous en sommes pas privés. En dehors de cela il nous a fallu trouver deux autres caleçons (des leggings) puisque Joël a carrément déchiré le sien lors de sa chute et celui d’Irène était usé par le soleil. Nous avons fait les soldes !

Le Town Square, la place centrale de la ville a la particularité d’avoir à ses quatre entrées des arches faites en bois de cervidés venant du National Elk Refuge, c’est assez remarquable ; ils n’ont pas eu de mal à les ramasser puisque ces animaux perdent leurs bois chaque année.

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Après une nuit passée dans un motel, on aimerait rencontrer des gens du cru, c’est pourquoi on fait appel au réseau Warmshowers. David et Jill, qui habitent à une douzaine de miles plus au sud se proposent de nous recevoir et c’est très sympa parce qu’il pleut encore et qu’on se voyait mal camper sous les trombes d’eau ; David vient même nous chercher avec son pick-up afin de nous éviter d’arriver tout mouillés, lui-même n’hésitant pas à rester sous la pluie pour cuire la viande de bison pour les hamburgers. Une excellente soirée, vraiment la légendaire hospitalité américaine est bien réelle.
On refait notre voyage pour eux qui n’ont pas beaucoup voyagé pris par leur boulot, notamment un business de promenades avec des lamas. Ils accueillaient les touristes, et le emmenaient visiter la région sur plusieurs jours. Ils ont vendu leur affaire il y a peu de temps. David est aussi Shérif ; nous étions donc en de bonnes mains. On espère bien qu’ils viendront faire un petit tour chez nous en Bretagne un de ces jours, la porte leur sera grande ouverte.

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Par monts et par vaux

En quittant nos hôtes nous prenons une jolie piste cyclable qui serpente à flanc de collines et nous évite la route en chantier. la Flat river a débordé par endroits et les nuages gris foncés, pas tout à fait noirs, mais plus que gris foncés, presque bleus nuit… Bon on cherche la couleur des nuages plombés qui vont nous tomber sur la tête ! C’est reparti mais pour peu de temps, après avoir zig-zagué près du chantier routier et patiné dans la boue, nous sommes interrompus par une impressionnante averse de grêle, du jamais vu. Heureusement, Irène avait repéré une maison sur le bord de la route avec un hangar qui abritait un vieux tracteur. Ni une ni deux, on bifurque rapidos et arrivons juste à temps pour nous mettre à l’abri avant que la cour ne devienne toute blanche de grêle. La propriétaire des lieux qui nous a vu arriver a ouvert tout grand son garage et nous voilà tous les trois en train de nous extasier sur les éléments le temps que les grêlons aient fini leur boucan ! Avant de repartir Cybill nous offre une boisson chaude, on est bien chez elle, il y fait bon, sa maison est jolie, confortable. Elle aime rester chez elle alors que son mari affectionne les longues sorties en montagne, d’ailleurs elle n’a jamais quitté le Wyoming.

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Nous reprenons la route un peu plus sereins, le gros orage est passé on devrait  être tranquilles maintenant. C’est sans compter sur le déchainement des éléments dans cette région montagneuse. Une trentaine de kilomètres plus loin c’est à l’occasion d’un autre épisode bien humide, alors qu’on s’est arrêtés à un supermarché un peu paumé à Hobak (il n’y a rien là sauf ce magasin et la station service), qu’on croise deux autres voyageurs à vélo qui s’en vont vers le nord. Claire et Aymeric sont lyonnais et passent huit mois aux USA. Nous sommes tout contents de rencontrer d’autres fous de voyage. On constate que nous ne sommes pas les seuls à trimballer un sacré barda, à nous tous ça fait une bonne pub pour les sacoches Ortlieb. Evidemment on se refile les bons plans, ils vont d’ailleurs passer trois jours chez Todd et Amy à Bozeman, nos premiers hôtes Warmshowers aux USA.

On retrouve notre vie de campeurs, avec des emplacements bien sympas au bord de l’eau, la popote sur le réchaud, le lavage des sacoches dans la rivière parce que la gadoue colle partout et surtout on a oublié de remplacer le garde boue du vélo d’Irène à Bozeman.

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Outre les vêtements de pluie, les doudounes sont de sortie le soir et on apprécie un bon feu même si c’est une vraie galère de faire brûler du bois mouillé. On ne sait pas encore que bientôt nous devrons supporter des températures de plus de 40°…

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Les villes sont toute petites mais bien typées, par exemple Alton s’enorgueillit d’avoir la plus grande arche de bois de rennes du monde. Certes celles de Jackson étaient de dimensions plus modestes, mais bien plus belles, comme quoi ce n’est pas (toujours) la taille qui compte. Sommes toujours sur la route 89, nous quittons petit à petit la montagne pour descendre vers Alpine où la Snack River passe sous un grand pont avant de se jeter dans le lac. On s’arrête dans un café et il y a des omelettes au menu, tiens si on s’en mangeait une ! Il est midi et il commence à faire faim. Eh bien non , pas d’omelette, c’est jusqu’à midi seulement… Mais il est seulement midi moins trois !!! On ne discute pas surtout qu’ici on est autorisé à entrer avec son flingue, mais à la ceinture tout de même.

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Monothéisme à choix multiples

En France ce n’est pas compliqué, il y a une église par village, toujours catholique. Ici c’est plus varié, il n’y a que l’embarras du choix, les églises se succèdent avec des appellations variées, même si on sent qu’on approche de l’Utah avec des chapelles mormones un peu partout. Même dans les plus petits villages, les églises sont très grandes, on se demande comment ils arrivent à les remplir avec aussi peu d’habitants.

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Les ranchs semblent prospères avec leurs verts pâturages et les portails bien typiques. On aimerait aller y demander un coin d’herbe où poser la tente, mais les pancartes à l’entrée sont un peu dissuasives, du style « private property no trespassing » tant pis on ne s’y risque pas surtout qu’ils peuvent avoir la gâchette facile par ici d’après les échos que nous avons eu.

Que la campagne est belle !

Il n’y a pas que la mer ou la montagne dans la vie, entre les deux il y a de magnifiques contrées et celle-ci est fort agréable. Les rivières serpentent allègrement, les forêts recouvrent les collines, c’est vert de chez vert.

Quant aux constructions, on croirait que le temps s’est arrêté depuis l’arrivée des pionniers. Les pick-up ont remplacé les chariots tirés par des chevaux, à part ça c’est toujours très rural et traditionnel.

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Dans cette vallée vraiment plaisante, un élevage intensif de vaches fait tâche, les pauvres n’ont pas un brin d’herbe à se mettre sous les pattes alors que leurs copines un peu plus loin paissent dans de belles prairies bien vertes. Il est hélas probable qu’elles soient gavées d’antibiotiques, sans parler des hormones.

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Rencontres sur la route

Alors que nous tirons la langue au sommet d’une côte qui offre en récompense un superbe panorama, un couple qui s’est arrêté là aussi nous donne de l’eau pour remplir nos gourdes, c’est sympa. Avec des glaçons en plus, le luxe ! Il faut dire qu’ils voyagent confortablement grâce à leur énorme caravane qui se déplie dans tous les sens, ce qui est assez commun dans ce pays. A coté de ça, nos vélos et sacoches font bien modestes, et pourtant on a tout ce qu’il faut. Sauf la machine à faire des glaçons…

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Rencontre d’un autre genre, c’est Stefan, un cyclo-voyageur suisse qui fait des étapes d’une longueur impressionnante malgré son chargement impressionnant aussi (il croit que son vélo avec le barda pèse aussi lourd que lui); c’est beau d’être jeune, et suisse en plus, il est habitué aux montagnes. Il rejoint la côte ouest par le Yellowstone et redescend à San  Franscisco par la côte. Au bivouac du soir nous avons la surprise de retrouver Jenny rencontrée devant un supermarché ce midi. Elle est là avec son mari et son fils, ils vivent à Provo et nous proposent de venir les voir lors de notre passage dans cette ville dans quelques jours. Ok ça nous va bien d’avoir des contacts pour nos prochaines étapes.

Dans quel État j’erre ?

Et voilà, on change d’État alors qu’on ne s’y attendait pas, nous voici en Idaho. On ne savait pas que notre itinéraire nous y conduisait, c’est donc une surprise et il faut se hâter de charger la carte sur le GPS et dégotter une carte papier. C’en est donc terminé du Wyoming et cette fois-ci on ne va pas faire comme avec le Montana, on ne va pas y revenir à l’insu de notre plein gré.

L’herbe n’est pas plus verte de l’autre coté, mais la route demeure fort belle. Ici les prairies ont été fraichement moissonnées, les bottes de foins attendent d’être ramassées, ça sent bon. Après les paysages de montagne, place aux grands espaces à perte de vue avec les fermes qui s’étalent au pied de la montagne. Nous sommes sur le chemin qu’ont emprunté les pionniers mormons pour traverser le pays et venir s’installer par ici. On voit sur les panneaux des noms familiers. Les pionniers venaient d’Europe et certains étaient suisses ou français bien que le premier espagnol ait débarqué en 1513, c’était le navigateur Ponce de Leon.

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Genève

Pas de lac ni de banques ici, tout juste un bureau de poste ouvert depuis 1898. Ça ne respire pas l’opulence mais ça ne manque pas de charme. Toutefois on imaginerait mal s’y installer, même si l’immobilier ne doit pas être bien cher, en tout cas bien moins cher que dans la « vraie » Genève. Comme aime à le dire Irène « Il y a du potentiel ! » au vu de vieilles ruines touchantes.

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Un petit passage auprès de Berne (c’est logique) puis une énorme et longue montée vers le Mont Genève, sous un soleil de plomb à l’issue de laquelle Irène râle et veut rentrer à la maison ! C’est quoi ce pays où on sue sang et eau ?

Heureusement qu’il y a un locataire dans la maison, elle serait capable de rentrer toute seule !!! Au bout d’une longue descente avec un vent dans le nez qui nous freine, c’est le comble, les nuages arrivent mais ont le bon gout d’aller crever plus loin, on va se trouver un petit camping au bord de la rivière et y rester le reste de l’après midi pour récupérer de cette chaleur écrasante. Au menu : sieste à l’ombre, prière de ne pas déranger ! On lèvera une paupière en entendant les roues d’un cycliste qui arrive et cherche un petit coin où se poser, c’est Vincent, un américain qui vadrouille depuis Chicago et a tout quitter pour se consacrer à sa passion du vélo mais surtout de la liberté. Il bosse de temps en temps quand il a besoin d’argent et a la chance de trouver du boulot facilement dans les administration du pays.

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Montpelier

Avec plus de 2 500 habitants, c’est une vraie ville avec des avenues d’une largeur invraisemblable comme il se doit, des stations-services et même un musée-visiter center dans lequel officie Brittany, ravie de rencontrer des bretons. Ici le personnel, bien souvent bénévole, est habillé en costume d’époque (celle des pionniers mormons). Grand saut dans le passé, c’était pas vraiment sexy….

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Même si c’est une ville, à part le croisement entre Main street et Central street  et une poignée de rues, il n’y a pas grand chose, on se retrouve dans la campagne au bout de quelques centaines de mètres et c’est toujours la 89 sur cette portion nommée la « Bear Hollow ». De longues lignes droites nous attendent mais ça n’est jamais l’ennui tant le paysage est beau. Certaines maisons sont décorées de cocardes aux couleurs nationales en vue de la fête de l’indépendance du 4 juillet.

La route est plate et nous avalons les kilomètres aisément. Sur la route de Paris une course cycliste est annoncée pour le lendemain, dommage, on croyait que les panneaux lumineux avaient été installés à l’occasion de notre passage.

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Paris

La traversée de la banlieue parisienne se fait sans encombre, pas trop d’embouteillages, même pas besoin de GPS pour trouver son chemin. Il faut dire que la ville est plutôt modeste avec ses 400 habitants. Il y a néanmoins un ancien tabernacle mormon (quoi qu’ici la notion d’ancienneté est relative, tout date de la fin du dix-neuvième siècle) qui a belle allure, bâti en pierre rose de la région;  c’est d’ailleurs le seul édifice de quelque importance à Paris. On rencontre un monsieur qui nous dit être l’arrière-arrière petit-fils du fondateur de la ville : Charles Coulson Rich décédé en 1883. Ce monsieur avait 6 femmes et une descendance de 50 enfants….

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Le musée (200 ans d’histoire) est minuscule et un peu fouilli, mais il ne fallait pas non plus s’attendre à une réplique du Louvre. Les rues la rue est quasiment déserte, rien à voir avec les Champs Elysées, on peut traverser sans crainte.

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Et puis voilà, c’est à nouveau la campagne et c’est bien aussi. Pas de bruit, pas de pollution, pas grand chose sauf des paysages sympas, peu de voitures, nous sommes au coeur de l’Idaho rural et immuable.

 

On longe d’un peu loin le Bear Lake, curieusement nommé car on n’est plus dans une région fréquentée par les ours. Il est beau, sa couleur est réputée changer radicalement d’un jour à l’autre, pour l’instant il tire vers le turquoise, pas mal.

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Fish Haven

Un petit village opportunément situé à quelques miles de l’étape que nous avions prévue au village de Garden.

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En effet on fait une pause pour manger une glace bien méritée et on discute avec les quelques clients qui sont attablé devant leur bière. Curieux de savoir d’où on vient, où on va, ils rigolent de nous voir faire du vélo sous cette chaleur, très peu pour eux ! Au moment de partir l’un d’eux, Tom, nous invite à le suivre chez lui, les campings plus loin que nous visions sont sans doute plein, c’est le week-end, et puis chez lui on sera bien mieux. Bon c’est d’accord, il n’habite qu’à 500 mètres de l’épicerie.
Nous allons faire connaissance de Vikki qui n’est pas plus étonnée que ça de voir son mari revenir avec deux frenchies. Et c’est parti pour un BBQ dont ils ont le secret, Vikki prépare des tartines au beurre aïlé délicieuses et une salade fraiche en un tour de main elle a préparé le repas. Cette femme est une vraie perle, elle a 70 ans et elle travaille encore à l’épicerie du village de Garden situé à 10 km. Tom lui de son côté bricole encore un peu, il a eu un accident grave de travail et a subi plusieurs opérations, il construisait des maisons, dont la sienne. Ces deux là ont un coeur gros gros comme ça et nous passons une belle soirée en leur compagnie.

Le lendemain matin c’est Tom qui nous prépare un solide petit déjeuner d’oeufs au bacon, Vikki s’est levée à 5h pour aller travailler, nous irons lui dire au revoir à la grocery, elle y tient la caisse et ne chôme pas, en effet il y a du monde dans ce patelin qui se trouve à un gros croisement de routes.

Allez les amis, on n’a pas que ça à faire, la « Sardine » nous attend !!!

 

7 Commentaires judicieux

  1. Cette étape me fait beaucoup rêver, ce qui me surprend. Du coup je commente enfin!
    Merci pour les détails, les nombreuses photos bien choisies et présentées, et l’inclusion des « petits drames du quotidien » (comme le ras le bol d’Irène) qui rendent l’aventure plus réelle et tangible. Je sais d’expérience que rédiger un blog de voyage est plus long et difficile qu’on croit. Bon, à ce stade vous êtes rodés!
    Bonne route et belles rencontres!

  2. Ça faisait longtemps… longtemps … On s’était pourtant promis de ne pas nous faire manger par le quotidien … Alors merci à vous de prendre le temps de partager… C’est tellement précieux ! Ça permet de ne pas oublier que l’essentiel est dans nos rêves. . . Des bises des Asiemutés

  3. Irène, arrête de ronchonner, c’est l’Amérique. Prépare plutôt tes forces pour la suite…
    Bisous et bonne route, moi je saute sur l’épisode suivant…

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