Croatie, nous voici

La Parenzana vous a permis d’avoir un premier aperçu de nos premières aventures en Croatie, voici un récit plus exhaustif, aussi bien en durée qu’en étendue géographique.
Où on découvre, notamment, que l’Istrie a des points communs avec la Lozère…

A peine le temps de s’habituer à la Slovénie que nous voici arrivant à la frontière Croate en ayant traversé les vergers de pêchers (sans en prélever aucune….).

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Douaniers croates pas trop regardants

Dépaysement garanti

Il faut nous habituer tout de suite à cette langue méridionale slave et au kuna, la monnaie Croate.
L’antisèche du jour sera :

  • Daberdan : Bonjour
  • Molime : SVP
  • Hvala : Merci (prononcer Rvala)

C’est assez déconcertant, comme langue, il y a des accents circonflexes à l’envers sur des consonnes, des D avec une drôle de barre, les voyelles sont distribuées avec parcimonie ; par exemple, on passera sur l’ile de KRK, et Trieste s’écrit TRST. Pour faire des économies, on pourrait prendre un formait téléphonique sans voyelles, ça donnerait quelque chose comme « Slt, t vx mngr n sndwch ? », « nn mrc, j prfr n csslt » (Salut, tu veux manger un sandwich ? Non merci, je préfère un cassoulet »). Il est certain qu’au Scrabble croate les lettres n’ont pas du tout la même valeur qu’au nôtre (déjà qu’en Italie le Z valait 1 vu qu’ils en mettent partout et pas seulement dans la pizza).

Avant d’arriver ici, on pouvait se demander pourquoi les noms de pays et de villes, ne sont pas les mêmes selon les langues. C’est bizarre de devoir dire Cologne au lieu de Köln ou Londres au lieu de London, alors que dans le monde entier Acigné se dit Acigné. Maintenant on comprend pourquoi: la Croatie se nomme en fait HRVATSKA, ce qui est pour le moins déconcertant et carrément imprononçable (d’où le HR sur les voitures).

La première personne croate avec qui nous pouvons échanger tient une pension pizzeria dans le petit bled de Valica, nous sommes ses seuls clients elle nous consacre donc beaucoup de temps. Outre les questions de vocabulaire et de prononciation elle nous apprend que cette région vaut de l’or ; c’est truffé de truffes justement,  des noires comme chez nous dans la région du Sud Ouest, à 300 € le kilo, mais aussi des blanches (vous êtes assis ?) à 3000 € le kilo ! Quand on vous dit que ca vaut de l’or !
On ouvre des yeux ronds bien entendu et on a droit à un petit morceau de fromage de brebis truffé de minuscules morceaux de ce champignon si précieux, un peu spécial comme goût, assez fort d’après Irène avec un arrière bouche aïllé.
Nous retirons nos premiers kunas à Buje,  village perché au sommet d’une foutue côte.  Ici ils n’ont pas vu la couleur des fonds européens,  parce que le vieux village tombe en ruine, c’est triste, pourtant il est habité mais au vu des ouvertures, fenêtres et portes on se dit qu’il ne doit pas y faire chaud l’hiver.

Puisque nous passons par Bale, nous pouvons enfin nous séparer des derniers lingots que nous avions oubliés au fond des sacoches lors de notre récent passage en Suisse…

Glissement de terrain ou erreur d'itinéraire ?
Glissement de terrain ou erreur d’itinéraire ?


Le bivouac du soir à Treban n’est pas ce qu’on pourrait appeler un spot d’enfer ; on a avisé un champ bien tondu, plat avec une caravane et un couple qui s’affaire,  on leur demande l’autorisation de camper là,  mais la communication  n’est pas facile, ils ne sont pas plus chauds que ça d’accueillir deux étrangers à vélos bizarres, on inspecte les lieux autour et on décide de rester près de leur terrain même si le sol n’est pas aussi bien que chez eux.
La dame nous propose de l’eau et de fil en aiguille on comprend qu’ils rentrent à Triestre, ils sont venus passer la journée là à entretenir leur parcelle, d’où leur refus enfin compréhensible de nous héberger. N’empêche, on aurait bien pu camper sur leur pelouse, ça ne l’aurait pas usée.

Pour la petite histoire l’Istrie (Istria) était avant 1945 rattachée à l’Italie mais à la création de la Yougoslavie de Tito beaucoup d’italiens ont décidé de partir. Tous les panneaux des villes sont sous titrés en italien. Le lien suivant nous en apprend beaucoup sur  l’histoire de cette région.

Limpide, non ?
Là il y a des voyelles, mais ce n’est pas limpide pour autant…

Le village perché de Groznjan, d’influence Vénitienne, que nous visitons le lendemain matin mérite qu’on s’y attarde. Il  était à l’abandon dans les années 60 suite aux massacres qui y avaient été perpétrés entre 1940 et 1945, les autorités ont laissé les maisons abandonnées aux artistes qui s’y sont installés ; il a été consacré depuis  « cité des artistes » : galeries d’art et concerts viennent ajouter une pincée de charme à ce lieu déjà très agréable. On entend le son des violons qui s’échappent  des salles de musique. C’est l’un des plus jolis villages de l’Istrie intérieure, genre petite cité de caractère chez nous.

Nous suivons la route des vins et de l’huile,  c’est fort tentant de s’arrêter goûter mais on n’ose pas parce qu’on ne peut pas charger les mules et les bouteilles en verre c’est  trop fragile surtout que c’est Irène qui transporte la bouffe et qu’elle a le chic pour prendre des gamelles acrobatiques.

Le tracteur de Madame
Le tracteur de Madame

 

De la campagne (modeste) à la côte (riche)

Nous reprenons la Parenzana cahoteuse qui nous mène bien suant et poussiéreux jusqu’à Livade où on se jette sur un steack frites à 15h dans un petit resto du bord de route, on avalerai bien un cheval entier tellement on est affamés. On a une pensée émue pour les cuistots et les
serveurs qui bossent en continu dans ce pays, on peut manger à toute heure. 
Repus, frais comme des gardons, nous suivons la Mirna, une petite rivière qui nous conduit jusqu’à Stuparic par une voie praticable, non asphaltée mais néanmoins beaucoup plus agréable à rouler que la Parenzana. On avale de la campagne et comme si ça n’était pas suffisant,  Joël décide de suivre un chemin qui va nous conduire à travers champs et prairies,  nous nous retrouvons entre marécages et champs de maïs ; le fermier sur son tracteur qui nous suit à une cinquantaine de mètres derrière doit se demander pourquoi nous avons choisi cet itinéraire alors que le chemin officiel est carrément plus roulant.
Cerise sur le gâteau, on se retrouve dans une prairie avec des vaches qui nous regardent d’un oeil mauvais, on n’a pas d’autre choix que de les saluer poliment afin qu’elles s’écartent et nous laissent accéder à la route que nous n’aurions jamais dû quitter !

Le camping « Serena » de Novigrad, notre destination finale, borde la mer avec un coin dévolu pour les tentes assez rikiki. Camping 4 étoiles avec gardien 24/24 qui filtre les entrées.  nous avons là une vue d’ensemble de ce qui se fait sur la côte Adriatique de cette partie de l’Istrie. C’est juste dément tellement c’est grand, les camping-car ont la part belle, viennent ensuite les caravanes puis les tentes, mais celles ci sont tellement peu nombreuses qu’on leur dédie des emplacements mal situés. Dans cet immense camping on trouve bar, boulangerie, snack, jeux pour les enfants, chaises longues mises en place par des jeunes gens (nous avons bien essayé d’en garder 2 pour nous, mais la journée de bronzette étant terminée,  les jolis sièges sont empilés et enchaînés pour la nuit). Un complexe hôtelier de plusieurs barres longe le site et offre restaurant avec animations musicales, les tarifs ne doivent pas être les mêmes, pourtant camping et hôtel ne font qu’un et brassent une clientèle variée allant de la famille au complet, retraités seuls ou en groupe, bandes de jeunes. En dehors des « doberdan » et « hrvala » on échange en anglais,  tant les nationalités sont différentes. Les animations des hôtels « profitent » au camping, on bénéficie des prestations de deux guitaristes plutôt talentueux suivis d’un chanteur de charme qui ne nous charme guère. Tout ceci pour une clientèle amassée autour de la piscine de leur hôtel ; d’ailleurs, à quoi sert une piscine au bord de l’Adriatique, quand la côte est si belle et l’eau si chaude ? Ah oui, il n’y a pas de bar sur la plage, ni d’animations musicales, alors aucun intérêt, mieux vaut rester dans le béton…

Avant de nous endormir nous aurons droit à nouveau à un feu d’artifice depuis notre tente sur la rive opposée.
Le matin suivant on traîne et on ne démarre qu’à 11h, il fait déjà très chaud, on aurait dû partir à la fraîche à 4h30 du matin quand Irène est allée mettre en charge sa seconde batterie,  il faisait grand jour. Ce sera une journée chaude, on vide les bouteilles d’eau de bon coeur,  la campagne est toujours aussi jolie et les bords de mer toujours aussi bondés de monde. On dicute avec la serveuse du café Roco à Visnjanska et on ajoute quelques mots à notre vocabulaire croate.
Aujourd’hui on fait fort, on s’offre 2 belles longues côtes,  une à 9% et l’autre à 7%. 
On se rend vite compte en sillonant ce pays que chacun veut tirer son épingle du jeu de la mane des touristes. Tout ce qui peut être loué,  l’est et même ce qui ne l’est pas. En cherchant un endroit pour poser la tente loin des sangliers,  on finit par se retrouver dans le jardin d’un salon de  coiffure moyennant la « modique » somme de 20€, on pourra utiliser toilettes et douches. Faut dire qu’on se retrouve dans le petit village de Motohanci, loin de la côte et que ce n’est pas ici que le touriste lambda vient dépenser ses kunas. Quelques fléchages d’agro campings nous informent d’une tentative de retenir le visiteur vers d’autres intérêts que celui de la belle bleue.
Cette partie de la Croatie voit sa campagne  bordée de murets de pierres blanches, c’est le royaume des moutons, des oliviers et des figuiers qui parfument l’air. 

Embarquement pour les îles

On se fait 34km de descente vers Pula et ses célèbres arènes.  Nous voulons embarquer pour l’île de Pag, mais c’est  sans compter sur les changements de programme des compagnies maritimes. La liaison ferry n’existe tout simplement plus, il ne reste que des liaisons vers Triestre, rien vers la Dalmatie, c’est empoisonnant car on va devoir continuer sous le soleil alors que l’on se voyait voguer sur les flots les doigts de pieds en éventail ! Nous sommes tellement déçus qu’on s’arrache vite fait de cette ville, qui aurait probablement mérité une visite un peu moins expéditive. D’autant que, si on a descendu toute la matinée, ça veut dire qu’il faudra remonter toute l’après-midi et il fait diablement chaud.

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Mais vous verrons qu’on ne regrettera pas finalement ce contretemps (notre but est de rejoindre Marie et David pour faire les îles ensemble).
Après 64 km dans les jambes on arrive en petite montée dans le village de Barban. Ce soir c’est la fête, ça s’agite dans le bourg. Nous on se trouve encore une fois une place près du petit cimetière, c’est un spot 3 étoiles avec eau qui coule dans une auge en pierre, un point d’électricité pour recharger nos batteries et un terrain plat pour planter la tente à l’ombre.

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Nous avons de la visite,  les gens viennent rendre hommage à leurs défunts,  mais nous n’arrivons pas à entamer le dialogue, sauf avec deux dames et un italien qui vient faire boire ses chèvres à l’auge. Celles ci (une quinzaine) avec monsieur bouc, suivent la voiture et viennent brouter l’herbe qui est sans doute un peu plus abondante ici. Notre italien nous fait bien rire, il est très volubile et nous explique qu’il n’utilise pas d’engrais pour ses cultures maraîchères,  c’est un très bon mime pour nous faire deviner qu’il cultive des oignons et que ses chevreaux vont finir dans l’assiette. 
La nuit tombe et après avoir cuisiné notre potage maison aux champignons suivi d’un délicieux coulis de tomates sur lit de coquillettes on se dit qu’on irait bien faire un tour dans le bourg parce que les notes musicales arrivent jusqu’à nous et tant qu’à ne pas dormir autant aller s’amuser avec les autres surtout que les voix polyphoniques que l’on perçoit nous titillent fortement. 
On laisse alors la tente et on enfourche nos vélos allégés des sacoches pour se retrouver au milieu de la place du village avec une scène où vont défiler plusieur groupes locaux traditionnels.

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On ne saisit pas toute la subtilité des paroles, à vrai dire on ne comprend même rien, mais c’est intéressant d’assister à cette fête traditionnelle. Une sorte de fest-noz de chez nous, sauf qu’ici le public ne danse pas.

Dans le prochain article, vous découvrirez nos autres tentatives pour quitter l’Istrie par la mer, ce qui rappelle étrangement nos déboires pour quitter la Lozère


J 86 mar 01 juil 46 km IZOLA, Bivouac devant une chapelle
J 87 36 km La Parenzana TRIBAN, Bivouac près d’une caravane
J 88 50 km NOVIGRAD, camping Sirena
J 89 53 km MATOHANCI, bivouac derrière salon de coiffure
J 90 64 km Pula BARBAN, bivouac près du cimetière

 

8 Commentaires judicieux

  1. Bonjour les Amis virtuelles,

    J’ai visité la Croatie il y a six ans, très joli pays, avec encore des restes de « blessures » des guerres !
    A Barban vos voisins n’ont pas du vous déranger ….

    Bonne route et à bientôt de vous lire

  2. Bonjour Irène et Joël, nous suivons vos aventures avec plaisir. C’est toujours passionnant de vous lire et vos photos sont superbes. Vous allez très vite, vous devez avoir envie de rajouter des pays à votre périple, sinon vous allez revenir trop vite. enfin vous faites toujours de belles rencontres, cela doit être enrichissant.J’imprime tout votre journal, ce cette façon nous pouvons mieux partager votre voyage. Je l’ai montré à Hervé, il souriait en regardant les photos, il avait l’air content.
    je vous souhaite bonne continuation , gros bisous . Marylène

  3. Bonsoir a vous deux, on garde contact avec vous en vous lisant….n arrêtez surtout pas..
    Sinon, juste pour vous dire que nous revenons de la Bretagne ou nous avons passe deux semaines, très ensoleillées…elle se porte très bien…nous avons eu une pensée pour vous…
    Allez a la prochaine lecture…
    On vous embrasse…
    Sandrine et kris

  4. Nous on sort de Mljet demain matin vers Split.
    Si vous faites le détour vers le parc naturel, ne risquez pas le bivouac autour des lacs on a vu les poulets passer deux fois ainsi que des genre de Rangers qui contrôlent tout. Par contre on a pas payé l’entrée et on nous a rien demandé.

  5. Très émue par la vidéo de Venise peut-être parce qu’elle était adressée à Hervé.
    Elle était très intéressante pour nous aussi. Bravo Irène pour ton commentaire.
    bIses à vous deux .

  6. Salut les bretons cyclo-migrateurs, on voit que vous progressez bien, que vous avez toujours la pêche et que vous accumulez les visites et rencontres formidables. Quel plaisir de vous lire toujours, et quel humour! Profitez bien et continuez! Grosses bises a tous les deux!

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