Doberdan Serbia

La Serbie en cinq jours, le cyrillique, l’accueil exceptionnel, des bivouacs sup(s)erbes, le pont de la mort, un pétage de plombs, une adresse WarmShowers d’enfer, une gare perdue et un train qui va bien.

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Passage de la frontière à Kaluderovo le jeudi 1° aout au matin sans soucis, le douanier roumain prend une photo de nos vélos et dit à sa collègue de nous laisser passer ; pas de fouille.

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L’avantage d’avoir passé 3 semaines en Roumanie, cest qu’on a fini par s’habituer à la langue. Et en arrivant en Serbie il faut tout oublier car il n’y a rien de commun, même pas l’alphabet… le cyrillique c’est bien, on ne comprend strictement rien, et on renonce vite à essayer.Même les sonorités nous sont étranges, nous avons du mal a dire merci ou pain, par exemple, il faut prononcer de manière différente de ce qu’on voit à l’écrit et ce sont des sons qui n’existent pas en français. Heureusement, il y a aussi l’alphabet latin, et beaucoup de gens parlent anglais, surtout en ville ; ailleurs on se débrouille comme d’habitude en mixant de l’allemand, de l’italien, du français et force gestes. Tout de même, un petit lexique de mots essentiels comme merci, bonjour, sil vous plaît, ne quitte pas Irène.
Entrés dans la première petite épicerie pour, à la fois écouler quelques Leis restants et faire quelques provisions de survie (on ne sait pas ce qui nous attend), on s’enquiert d’un bureau de change, ce qu’on ne sait pas encore c’est qu’on est arrivés dans un très petit village frontalier où il n’y a pas grand chose. La dame fort sympathique a quelques restes de français appris à l’école, elle nous informe que le plus proche bureau de change est au 1er sémaphore (feu tricolore) à gauche, 3eme maison…
En fait, on va se taper 11 km de petite route en rase campagne avant d’arriver à Bela Crkva où on trouve le fameux sémaphore. Petite ville très agréable, banques pour le change (1 dinar = 1 centime d’euro, on se retrouve soudain très riches avec plein de billets à manipuler). Un monsieur nous guide spontanément vers l’office du tourisme (fermé) et un petit musée qui expose des oeuvres d’artistes d’un village slovaque dans lequel 30% de la population peint, oeuvres naïves de la vie paysanne, nous sommes sous le charme.

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Première impression à propos de la géographie du pays : C’est plat !
Et ça fait une sacrée différence, on a soudain l’impression que les vélos roulent tout seuls, on file à des allures inédites (me suis fait une pointe de 45 km/h, en descente quand même, Irène), les escargots n’ont plus aucune chance de gagner. Le revêtement des routes, même secondaires, est correct, les fameux trous roumains sont à ranger au rayon des souvenirs. Par contre, la chaleur est la même et nous dérouillons sous le soleil de plomb.

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A titre indicatif, le carburant est à 1,50 € le litre, le GPL moitié moins cher. Nous, on roule à l’eau et qu’est ce qu’on consomme, entre 8 à 9 litres à nous deux (50 dinars le litre et demi, soit 0,5€).
Nous laissons les collines roumaines et les rivières sinueuses pour les champs de tournesols «sun socrete» eh oui, le vocabulaire rentre quand même, les champs de maïs, de blé déjà fauché et d’herbe, le brûlis est pratiqué sur de grandes parcelles.
Les villages ressemblent à ceux qu’on trouvait en Roumanie, avec de petites épiceries achalandées en boisons, charcuterie et confiseries. Autre point commun, le nombre de morts sur le bord des routes (ou plus exactement de petits monuments commémoratifs, car ils ne laissent quand même pas les macchabés sur place), les stèles sont par contre plus « luxueuses ». D’ailleurs, tout semble moins pauvre, et même s’il y a toujours une fâcheuse propension à laisser traîner des déchets, c’est quand même moins marqué ici.
Nous remarquons que les serbes brûlent leurs déchets devant leur maison sur l’espace herbeux.

Menu de cette journée :
On trouve peu de chose finalement dans ces épiceries (le plus souvent pas plus de 15m2) juste l’essentiel, mais on évite quand même les charcuteries, ce qui fait que ce jour là nous n’avons pas su prononcer le mot pain «HLEB»H qui sort du fond de la gorge, L qui se prononce R et nous voilà assis sur un banc devant une maison, à l’ombre ça va de soit, pour un fameux pic nic : cacahuètes, tomates, yaourt, gaufrettes, prunes ; équilibré n’est ce pas ?
Nous sommes observés par un grand serbe à qui nous avons dit «doberdan», nous l’avons vu lui, revenir de la boutique, avec 2 gros pains !!! On se marre, il nous invite dans son jardin prendre un café, gloups, on n’en boit ni l’un ni l’autre, mais une invitation ça ne se refuse pas et on fait connaissance de sa femme, sa fille et de ses deux petits enfants. Nous repartons joyeux de ce 1er échange serbe.

Le premier bivouac restera dans les annales, car il ne s’est pas du tout passé comme prévu (même si dans l’ensemble il n’y a quasiment jamais rien de prévu, on fait dans le Voyage Inorganisé). Sur la carte, un camping existe près de Kovin, ce qui correspond à la
distance que nous pouvons parcourir, même si ça fait un peu loin ; pour une douche, on est prêts à faire des efforts. Mais le camping en question n’existe pas, il y a tout au plus un emplacement où des cyclistes vont parfois, c’est à 2 km sur une petite route. Il commence à faire nuit, la route laisse place à un chemin empierré, on cherche en vain, c’est un peu galère et là il fait nuit, je fais la tronche (Irène). Finalement, les lueurs d’une maison nous attirent comme des insectes, un couple de retraités vient vers nous, nous sortons de notre petit lexique une phrase traduite en serbe qui donne ceci «da li je moguce da se ovde stati nas sator»(est ce possible de mettre notre tente ici) ?
Prononcé par Joël, ils ouvrent de grands yeux et on ne comprend rien à leur réponse, je retente une prononciation, et là ça marche, douée la nana non ? Ils nous ouvriront la barrière et accepteront que nous plantions la tente devant leur modeste demeure ; mieux que cela, la dame nous prie de nous asseoir autour d’une petite table sur rondin de bois, nous sert de la soupe et des légumes, puis nous offre le café (turc, le café, c’est une épreuve). On se réfugie sous notre tente et on passe une excellente nuit protégés par nos sauveurs.

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Au réveil nous aurons à nouveau droit au café turc, à la visite de la basse cour, qui héberge poules, canards, chèvres, cochons, lapins et autres bestioles bonnes à manger. Il est évident qu’il est indispensable pour eux d’avoir cet élevage, ainsi que le grand jardin afin d’en tirer l’essentiel de leur subsistance. Malgré nos différences culturelles et linguistiques, nous nous comprenons et leur sens du partage nous touche beaucoup ; combien de français accueilleraient ainsi des inconnus qui arrivent à la nuit tombée ? Avant de nous quitter Joël aura droit à la visite du cagibi cadenassé qui révèle le trésor de la maison : fabrication artisanale du racu, il évite de justesse la dégustation !

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Nous avions lu dans les guides qu’il était de bon ton de proposer un dédommagement en ce type de circonstance, mais leur refus a été catégorique, nous leur promettons de leur faire parvenir une photo prise ensemble. Un plongeon de 60 ans en arrière chez nos grands parents respectifs, avec toilettes (pas sèches) au fond du jardin. Mais Ferenc est en train de construire une extension pour une salle de bain et les toilettes.
Les adieux sont chaleureux, merci Vesna et Ferenc.

Sur la route qui nous mène à Pancevo nous rencontrerons des vendeurs de pastèques, ils vendent aux bords des champs, ou devant leur maison, leur production de fruits et légumes. Comme il est hors de question d’embarquer une pastèque de 6 kilos on fait une dégustation sur place pour 20 ctm d’euros !!!

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Pancevo est une ville animée, terrasses ombragées, petits restaurants et magasins, on s’atable devant une pizza, ben oui quoi, si vous avez bien suivi, on n’a pas vraiment beaucoup mangé depuis hier ! On reprend la route sous un cagnard pas possible, on boira de l’eau chaude en route.
Les 20 derniers kilomètres avant Belgrade sont abominables, nous ne recommandons pas aux cyclistes d’emprunter cette voie fléchée de l’Euro vélo 6 (EV6), c’est une digue en plein soleil, pas un poil d’ombre, chaotique à souhait, un enfer quand il fait chaud, je fini (Irène) par péter un plomb, la cafetière en ébullition, suis pas à prendre avec des pincettes …

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Mais le pire reste à venir, les 2 km du pont de Belgrade, le pont de la mort, ainsi surnommé par des cyclistes locaux. Déjà, pour accéder au pont c’est craignos : le balisage EV6 est contradictoire, un plaisantin a fait pivoter un des panneaux mais on ne sait lequel ; un cycliste providentiel nous donne les indications, ça ne s’invente pas, il faut emprunter une bretelle de sortie, faire demi tour plus loin en traversant au plus vite les 4 voies, et prendre la bretelle d’entrée, le tout dans un trafic incessant. Et c’est là que c’est le plus stressant, on a le choix entre rester dans le flot de circulation dense et rapide et ce qui ressemble à un trottoir qui surplombe d’un demi mètre; seconde option, donc, et c’est parti pour l’angoisse car le revêtement est composé de plaques de béton qui joignent fort mal et sont parfois à moitié effondrées, il y a de telles différences de niveau qu’on est secoués comme des pruniers et il ne faut faire aucun écart, vu l’étroitesse dudit trottoir (d’un côté on tomberait sur la route en contrebas, de l’autre il y a la balustrade fort bancale qui nous sépare de la chute vers le Danube).
Arrivée au bout de cette épreuve, Irène craque en criant « Plus jamais ça b… de m… de p…de c…la trouille de ma vie ! » (Et d’autres propos non rapportables ici, il peut y avoir des oreilles délicates qui nous lisent) et, tétanisée, n’arrive plus à descendre de ce fichu trottoir. Heureusement, les témoins de la scène n’ont pas compris le sens de ces exclamations indignées, et médusés restent à nous observer (ou bien nos vélos). Pour les sensations fortes, madame est serbie !

Il n’y a pas de photos de ce moment épique car il y avait d’autres cyclistes qui attendaient derrière et il n’est évidemment pas question de se doubler.

On se jette sur un marchand de boissons et avalons un litre de coca frais et un litre d’eau fraiche itou, heureusement ils sont à chaque coin de trottoir ceux là !
Un point GPS et nous arrivons sans encombre chez Martin et Dunja, nos hôtes WarmShowers, pour une bonne douche (ca se voit) un fabuleux repas dans un superbe restaurant déco romaine, bref on reprend du poil de la bête. D’ailleurs en parlant de bête, c’est Joël qui se sent mal, nos hôtes ont un chien (énorme et vieux), un chat (minuscule et tout jeune) et un lapin (normal), lui qui n’avait plus besoin de traiter son asthme depuis notre départ est obligé de se shooter aux cortimachins. Ils sont extraordinaires, nos hôtes, inscrits depuis seulement six semaines comme WarmShowers, ils ont déjà hébergé plus de vingt cyclistes (ou couples de) de moult nationalités différentes. Leur appartement est petit mais leur ouverture d’esprit très grande (et leur machine à laver efficace). Une super adresse à conserver. Martin est adepte du vélo couché et se prépare pour le prochain Paris-Brest-Paris !

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Belgrade est une ville très animée, surtout le soir quand la chaleur est retombée; si les bâtiments publics ne font pas dans la dentelle, le grand parc et la citadelle sont remarquables.

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On se déleste de quelques culottes, Tshirt, carte et guide que nous postons à l’intention d’ Édith et Michel, ça nous fait 1,8 kg de moins a trainer tout de même.
Un artiste, Victor Kiss, expose dans la grande rue piétonne du centre, son style nous plait.

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Pour quitter la ville, pas de souci, le pont est confortable et on s’engage sur un réseau de pistes cyclables agréables en bordure du Danube. Jusqu’à ce que, soudainement, ça se transforme en raidillon grossièrement pavé, suivi de routes rectilignes et monotones à travers champs de maïs et vergers. Nous sommes rattrapés par un groupe de cyclistes qui fait une vie en hommage à un des leurs qui est décédé ; en connaisseurs, ils analysent nos vélos, et finalement nous ne sommes pas si lents que ça car on les suit durant une dizaine de km; et ils ne trimballent pas tout un barda, eux.

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Plus tard, un duo de cyclistes croisés à une épicerie nous dit que c’est comme ça jusqu’à Budapest, ce qui nous conduit à envisager de sauter dans un train à la prochaine gare. Mais à ce moment là nous ne savons pas encore où ni surtout comment se présentera la gare en question, et heureusement car nous aurions raté quelque chose…
Après notre sieste de feignasses, écroulés dans l’herbe près de l’épicerie salvatrice où nous avons acheté une glace (c’est dimanche, tout de même !), nous repartons dans la fournaise pour trouver un lieu de bivouac autre qu’entre deux champs de maïs.

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Les indications de deux retraités qui vendent fruits et légumes au village suivant et qui nous offriront pêches et prunes, sur fond de Croatie, Bosnie « terrible » avec un regard empli de souffrance, nous incitent à aller encore plus loin pour accéder au Danube, mais ce n’est pas clair sur la carte ; au village de Cortanovci nous cherchons un chemin qui nous conduirait sur ses rives. C’est après une scabreuse et fort longue descente, sur un chemin pentu et caillouteux qu’empruntent voitures et piétons, que nous nous retrouvons pour arriver où, on vous le donne en mille… à une gare !
Incroyable, perdue au milieu des haies et des sentiers de campagne, entre route défoncée et partiellement praticable, nous sommes surpris d’y trouver des voyageurs en partance. En fait tout en bas d’une autre petite route toute aussi minable, nous découvrons un havre de paix sur les bords du Danube, une plage de sable fin, des aménagements en bois, un bistrot genre guinguette, et surtout nous assistons à un magnifique coucher de soleil, barques, cygnes, pêcheurs ; autant d’efforts pour arriver là, on ne regrette rien (comme le dit Édith Piaf), on enfile les maillots pour un bain revigorant largement mérité.

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Ramassage du bois pour la popotte, merci Luc, ça fonctionne, on n’a pas encore mis le feu partout, et petite lessive.
Pour info, et surtout pour celles et ceux qui se posent des questions sur notre hygiène corporelle (bien que ce blog ne retransmette pas les odeurs), sachez que nous nous lavons tous les jours (sauf un chez les 1ers retraités serbe). Nous trouvons toujours un endroit avec rivière ou fleuve, ou lavabo si c’est une pension ou un hôtel et nous savonons chaque jour T-shirt, slip, soutif (enfin seulement Irène) et short. Quant à trouver des endroits pour nous isoler, ce n’est jamais un problème, si ce n’est qu’il faut parfois savoir attendre un peu.

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C’est de cette minuscule gare que nous partirons pour Novi Sad au petit matin, puis pour Budapest (en Hongrie, pour les cancres en géographie), préférant garder du temps pour des circuits plus attrayants que les monotones plaines du nord de la Serbie.

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Nos vélos nous valent un traitement de faveur dans le train : Nous voyageons dans la seule voiture qui soit très moderne, avec deux larges emplacements pour les vélos, et une clim bienvenue pour ces six heures et demi de trajet, alors que le reste du train est beaucoup plus antique (la voiture restaurant doit dater de la guerre, et encore,on ne sait pas laquelle).

Et pour montrer à quel remarquable niveau d’organisation nous sommes arrivés, l’ultime détail : Nous avions juste assez d’argent serbe pour payer le train, ainsi nous quittons le pays sans avoir besoin de retrait ni faire changer les excédents.

La citation du jour, lue sur un panneau de l’Ev6 : « le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir« .

1° jour : Frontière à Kovin. 80 km, moyenne 13.78 km/h

2° jour : Kovin à Belgrade. 51 km

3° jour : Visite de Belgrade, pas de vélo

4° jour : Belgrade à Cortanovci. 81 km, moyenne 12.50 km/h

8 Commentaires judicieux

  1. Belgrade a bien changer d’apres vos commentaires depuis notre passage dans cette ville qui remonte au temps de la Yougoslavie!!!!1982 nous avions une voiture et pas de GPS comme vous veinards!!!.
    Nous allons retrouver un barbu bientot a Noyal !!encore quelques km avant l’arrivee bon courage a vous deux.

  2. salut à vous deux

    c’est un grand plaisir de suivre votre voyage j’y suis presque
    et d’aventure en aventure
    dimanche je suis partie faire un petit tour de vélo: dans la nature j’ai trouvé de quoi se nourrir : cerises ou merises mures et cassis plus nombril de vénus et orties (une grande pensée bien entendu pour nos vélos migrateurs)

    BON PEDALAGE A+ MADO

  3. Que d’aventures !
    Vous êtes très courageux. Vous passez tout de même par de drôles moments.
    J’aurais voulu voir Irène perdre son calme.
    Bises à vous deux et bonne continuation.
    Paulette.

  4. Michelle,

    Merci de partager votre « voyage extraordinaire »……J’ai vraiment du plaisir à vous lire et j’espère que vous en avez autant……mais moi je ne fatigue pas trop!!!!!!!
    Bise à tous les 2 et à la prochaine étape…..

  5. Encore merci pour vos palpitants commentaires assortis de belles photos. Je vois que l’EV6 n’est pas terrible dans cette contrée, ce sera mieux je pense en Hongrie, pays beaucoup plus riche.
    Bon vent et à bientôt.
    Michel
    PS- La fête de ND des Landes a été impressionnante et très réussie.

  6. mouhahaha, Maman qui s’énerve… je vous le dit, il vaut mieux se planquer (c’est du vécu!! 🙂 )
    pauvre pont, il a en prit pour sa gouverne!!!!!!!
    et que dire du bel Apollon avec sa barbe blanche!!!!!!!!!!
    une joie de vous avoir vu avec la webcam!!!
    bon courage et n’oubliez pas, chaque kilomètre de fait vous ramène a Noyal!!!!

  7. Quelle belle aventure !……. Et quelles belles rencontres inattendues !……. Bravo pour les descriptions pleines d’humour et si captivantes……Bravo pour le courage et le moral……Vous êtes incroyables !… Continuez vos descriptifs ça nous intéresse.
    À bientôt
    Colette

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