L’Île Verte

Pour rejoindre la côte, il n’y a pas cinquante solutions : Ou bien on poursuit la vallée du rift jusqu’au bout, ou bien on « coupe le fromage » en traversant la montagne et il n’y a que trois endroits où c’est possible (un peu comme en Nouvelle Calédonie lorsqu’on veut passer d’une côte à l’autre). Nous optons pour la route 23 qui a l’air bien sympathique.

Si cette petite route n’est guère fréquentée par les automobilistes, tout au plus verrons nous trois ou quatre voitures passer en une matinée, ont rencontre une drôle de faune : Des macaques de Formose, un nombre impressionnant de jolis serpents bleus (morts). Il va nous falloir 2 heures pour grimper les 16 kilomètres jusqu’au sommet. Alors qu’on s’apprête à faire une pause bien méritée arrive de l’autre versant Francisca. Elle est allemande mais vit à Melbourne, elle fait aussi son tour de Taiwan et est très sympa (mais tous les cyclo-voyageurs le sont, à de rares exceptions près). Nous allons passer un bon moment à papoter ensemble et échanger à propos de voyage à vélo, manger quelques fruits secs. Elle a eu un coup de coeur et une révélation pour le voyage à vélo quand elle travaillait au Vietnam. Elle vient de grimper les 27 kms de l’autre côté et est fraiche comme une rose (ça n’est pas notre cas) on a les maillots trempés et Irène est dégoulinante comme à son habitude.

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Afin de faire bonne figure elle change vite de T-shirt ! Francisca nous donne des tuyaux pour la journée, idem de notre part. On se quitte à regret, dommage qu’on n’aille pas dans le même sens… A bientôt la belle dans d’autres contrées !

Comme vous pouvez le constater, les paysages valent largement les efforts déployés pour grimper :

Outre ses innombrables virages, la route est agrémentée de quelques tunnels, et même un empilement de matelas dont on se demande bien ce qu’ils viennent faire là (ce sont peut-être ceux qui manquaient dans l’hôtel miteux à Jinshan).

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Même en descente on se prend encore quelques raidillons. On s’offre une boisson fraiche dans un village endormi, le soleil cogne. La dame de l’épicerie nous fait cadeau de 4 oranges qui sont les bienvenues. Regaillardis , nous retrouvons finalement la mer, avec ses côtes qui n’incitent guère à la baignade (rien à voir avec la Nouvelle Calédonie précédemment citée) mais qu’il eut été dommage de ne pas voir. Un temple à la vue imprenable attire du monde, de nombreux voeux sont exprimés là.

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Des vaches (pas sacrées) paissent tranquillement à proximité, on ne peut pas dire qu’on en ait souvent vues à Taiwan.

Ça fait tout drôle, après quelques jours sur des petites routes peu fréquentées, de se retrouver sur une côte touristique avec des parkings immenses dès qu’il y a un petit quelque chose à voir et des tas de gens partout.



Ce soir nous plantons la tente près du poste de police de Doulan parce qu’il y a un camping pour les cyclistes, mais quand on arrive toutes les plateformes en bois sont déjà occupées (nous sommes les seuls cyclistes). La policière ne veut pas qu’on plante dans l’herbe à cause des crottes de chiens ! C’est vrai qu’il y a beaucoup de chiens errants à Taiwan, ils vont et viennent sans être agressifs et ne sont pas malingres. Bon, on va demander à un occupant de pousser sa petite tente pour qu’on puisse mettre notre 3 places. Un seul inconvénient : notre voisin a ronflé et Joël s’est fait secouer pendant la nuit par Irène qui pensait qu’il était à l’origine de ces bruits de moteur !

Taitung

La route que nous suivons longe la highway avec une circulation dense et bruyante. Nous regrettons nos petites routes de montagne tellement plus paisibles, mais rien n’est parfait dans ce bas monde. On s’arrêtera quand même dans un parc pour une pause pipi. Un monde digne d’un 14 juillet pour « un parc qui ne casse pas trois pattes à un canard » (dixit Joel). Irène en profite pour collectionner les tampons dans son road book. Nous allons passer le pont de Jhonghua sous une température de 32°, au dessus de nos têtes c’est un balai incessant des avions à réaction dont l’aéroport militaire est tout prêt. Est-ce que la Chine est à l’origine de ce déploiement des forces aériennes ?

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Le guide du Petit Futé donne la ville de Taitung comme paisible. En fait c’est la foule des grands jours parce que ce sont les derniers jours de congés de l’équivalent de notre Toussaint. Il y a des animations dans beaucoup de quartiers. Près de l’office du tourisme nous découvrons un marché des artisans dont le parc tout proche est décoré de lanternes en papier. L’architecture ici est innovante et assez déconcertante.

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Nous aurons la surprise d’assister à un concours de chants traditionnels de la tribu des Amis. Costumes colorés et coiffures extraordinaires agrémentées de plumes de paons. La noix de bétel est allégrement consommée en toute distinction, on ne crache pas sur le sol mais dans son verre !

 

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Incroyable, en plein night market où on se presse les uns contre les autres, en file indienne, impossible de doubler : l’horreur, emportés par la foule, qui nous traine et nous entraine…… C’est « Carrouf » qui va nous sauver, oui l’enseigne française Carrefour !!! On s’y engouffre. Un magasin en plein coeur de la ville coincé entre deux autres magasins. Ils ont des façades qui ne payent pas de mine mais sont sacrément bien achalandés et ont des surfaces de vente sur plusieurs étages impressionnantes bien que peu d’espace entre les rayons, rien à voir avec les allées de nos grandes surfaces européennes (et nos chariots gigantesques). Un rayon « produits étrangers » nous attire et nous craquons pour un paquet de crêpes dentelles.

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Ce soir là nous allons retrouver, par le plus grand des hasards, Claudia avec qui nous avions passé une soirée il y a quelques jours.

La préhistoire

Avant de quitter la ville nous décidons d’aller visiter le musée national de la préhistoire. Très excentré, il est situé à 6 km du centre ville tout près des lieux même où des fouilles on mis en évidence des vestiges d’anciennes cités primitives lors de la construction de la nouvelle gare TGV. Ce musée fait la part belle aux minorités locales à travers la musique et le chant. C’est ainsi que nous découvrons des chants polyphoniques absolument superbes. Ils sont destinés à favoriser la croissance du millet qui était la nourriture de base des ethnies Bunun avant que le riz ne le surpasse.

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Un beau musée avec des pièces ludiques consacrées aux jeux pour les enfants comme par exemple la reconstitution de poteries ou la peinture. L’artisanat a la part belle et des collections de poteries anciennes dans un état étonnant de conservation nous ravissent.

L’Île Verte (et humide)

Nous allons très vite comprendre pourquoi cette île est si verte.

Nous prenons le ferry au port de Fugang et débarquons à Lyudao sur l’Ile Verte. A peine descendus du bateau, ce sont des trombes d’eau qui s’abattent sur l’île et nous devrons patienter à l’abri avant de nous mettre en quête d’un endroit ou camper. Pour une fois, la police ne nous sera guère utile, le conseil d’aller à l’unique camping de l’île ne nous branchant pas trop, nous finissons par nous installer auprès d’une école (qui nous a été suggérée par un commerçant) ; puisque c’est le week-end, il n’y aura pas d’élèves le lendemain, donc pas de souci. On va trouver un petit endroit bien à l’abri du vent qui souffle fort et tout près des sanitaires avant d’aller casser la croûte dans un resto familial. On se fera aider par les clients présents pour choisir notre menu. On ne se régale pas vraiment mais c’est un bon moment d’échange vu que nous sommes l’attraction du resto étant les seuls occidentaux à oser se frotter aux locaux.

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Les scooters

Ce qui impressionne ici, c’est le nombre de scooters, ça pullule et c’est bruyant. Les loueurs en alignent des ribambelles autour du port et ce sont souvent des groupes qui les empruntent, précédés par leurs guides. Compte tenu de la météo, les gens se couvrent de capes à usage unique en plastique translucide, on dirait des préservatifs géants !

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Quelques uns de ces scooters sont électriques, on se demande pourquoi ils ne le sont pas tous parce que les distances sont extrêmement courtes, aucun d’entre eux ne doit parcourir plus d’une quinzaine de kilomètres par jour. Ce serait encore mieux si tous ces gens là prenaient la peine de pédaler, sur une si petite île c’est à la portée de chacun, mais ce n’est pas dans la culture du tourisme de masse.

C’est beau !

Même avec une météo un peu maussade, les paysages sont beaux et sauvages, on apprécie d’autant plus qu’on prend notre temps, comme d’habitude.

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La côte ouest est un peu plus pentue, du coup les paysages sont également plus grandioses, c’est toujours l’avantage de l’inconvénient.

Une « mini muraille de Chine » conduit au sommet d’un promontoire d’où la vue est imprenable, de là haut ce n’est pas mal non plus.

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Si ce sont pas des plages de rêve (pour ça il vaut mieux choisir un autre pays, au hasard, la Nouvelle Calédonie), et ce n’est pas là qu’on va sortir le maillot de bain des sacoches, par contre pour le panorama c’est réussi.

Au deuxième jour on se prend un vent de face impressionnant, alors même que c’est plat on a l’impression de devoir grimper, de plus le temps devient très menaçant, on se réfugie dans une guesthouse bienvenue. Le seul problème est qu’on n’avait pas prévu de rester dans ce coin paumé, qu’il n’y a aucun magasin et que du coté bouffe on est plutôt démunis…

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Outre de petites chèvres bien mignonnes, qui sont utilisées pour tondre les espaces verts, on rencontre évidemment des gens intéressés par nos vélos et qui sont ravis de s’asseoir quelques instants dessus. Mais le plus drôle est ce petit chien qui porte lunettes de soleil, casquette et vêtements, le tout pour se faire balader dans le panier avant du vélo de sa maitresse. Laquelle n’est pas mal non plus dans le genre Ninja, mais pour les cyclistes taïwanais c’est une tenue normale, tout est soigneusement caché ; pas question d’attraper des coups de soleil et des tâches de vieillesse.

 

Au détour d’un temple on voit que la pratique de brûler des papiers qui représentent de la monnaie (ce ne sont pas de vrais billets de banque, faut pas exagérer) est bien répandue. Dommage que toute cette chaleur soit perdue, cette énergie gagnerait à être utilisée. Ici c’est un petit four mais en ville il y en a d’énormes avec un dispositif industriel de filtration des fumées au dessus.

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La prison

Encore une prison, vous allez croire qu’on ne visite que ça mais on ne le fait même pas exprès. C’est comme les cimetières, quand on passe devant on s’arrête pour voir de quoi retourne. Sauf que la prison, à priori on n’est pas obligés d’y aller au cours de notre vie, alors que le cimetière…

Green Island a servi à incarcérer les détenus politiques jusqu’en juillet 1987, ce n’est pas si vieux que ça. Mais on ne parlait pas d’emprisonnement, le nom officiel était « Nouvelle vie » ; les détenus subissaient une « rééducation ». Pendant les 38 années de « terreur blanche », qui commencèrent le 27 février 1947 suite du tabasse par des policiers chinois d’une femme vendant des cigarettes au marché noir, les témoins s’opposèrent aux policiers, certains furent tués par ces derniers ce qui provoqua un soulèvement de la population. La loi martiale fut établie ensuite par le dirigeant chinois Chiang Kai-Shen après un bain de sang des troupes chinoises sur la population.

140 000 personnes, principalement des intellectuels ou des membres de l’élite sociale, ont été emprisonnés, et parfois torturées, par peur de leur sympathie pour le parti communiste chinois ou de leur résistance au gouvernement nationaliste de la République de Chine et entre 3 000 et 4 000, selon les estimations, ont été exécutées.

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C’est dans cette prison devenue aujourd’hui détour touristique de l’île verte qu’on été assassinés ou incarcérés les principaux leaders des mouvements de protestations dès 1947. Taiwan perd ses intellectuels, artistes et hommes politiques. Parmi ces leaders condamnés à de lourdes peines de prison suite aux émeutes qui avaient ensanglanté le pays, bon nombre sont des noms bien connus du monde politique, puisqu’ils ont fondé par la suite le parti indépendantiste ou d’autres associations pour défendre les valeurs de liberté et démocratie ou encore les droits de l’homme.

 

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La cour de la prison est devenue aujourd’hui un musée des droits de l’homme, très didactique. C’est poignant de visiter ces tristes lieux où la maltraitante était quotidienne. Dans les années 70/80 le cri de ralliement des mouvements d’opposition taïwanais au KMT Kuomintang (parti nationaliste chinois) était « er er ba » ce qui signifie 28 février. Tout un symbole.

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En voyant ces plaies ouvertes d’un passé si récent, nous ne pouvons qu’apprécier notre liberté d’européens et surtout de français, même si l’actualité du moment est loin d’être rose.

A nouveau un clin d’oeil à Claudia que nous retrouvons entre deux cellules et ensuite au port dans un petit bistrot familial autour d’une soupe aux nouilles.

9 Commentaires judicieux

  1. Merci de nous faire partager ainsi nos aventures ! Vous avez bien l’art et la manière de présenter les choses, avec le sens de l’humour et vos belles photos !

  2. Ça me rappelle la visite du camp de concentration à Phnom Penh au Cambodge. C’est bien de s’arrêter dans ce genre de lieu. Ça permet de bien s’imprégner de la culture actuelle. Allez bisous. On vous écrit un mail en privé pour vous donner des news!

  3. Coucou les voyageurs ..
    Le petit chien est top , les préservatifs ça doit etre pour des géants ….hi hi hi…
    Après vous allez vous ?
    Ma fille et son copain part début juin a tahiti et ses environs jusqu’a fin octobre sac a dos léger…lolllllllll
    Bonne continuation
    Bisous Bisous …………………Lili

  4. j’adore votre journal de bord toujours aussi drôle par endroits mais aussi émouvant et instructif, merci yeah les crêpes dentelles et le chien à lunettes avec sa maman ninja: que des morceaux d’anthologie ah oui et le tas de matelas – surréalisme épique. Bravo

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