Des lacs d’en haut à la mer d’en bas

Nous vous avions avions quittés à Fujinomiya réveillés par notre souffleur de feuilles très énergique et matinal.
Au Japon en campagne, mais également en ville, une douce musique résonne dans les villages et les quartiers vers 6h, 6h30 puis vers 17h ou 17h30. On a enfin eu le fin mot de l’histoire. Ce sont des Chaimu, une sorte de carillon qui diffuse des mélodies indiquant aux enfants qu’il est temps de rentrer chez eux. En campagne ça correspondait au moment d’aller et revenir des travaux aux champs. Pas besoin de montres finalement.

Gentillesse à gogo

Ce matin nous quittons la ville en traversant un grand pont métallique avec une ossature au dessus de nos têtes, impressionnant et de couleur verte, dommage que nous n’ayons pu nous arrêter pour le prendre en photo, il y avait trop de trafic. Etant encore un peu en altitude, nous dominons la ville de Fuji qui s’étend à perte de vue et a l’air très industrielle.

Alors que nous montons légèrement au dessus de la ville on s’arrête pour immortaliser la vue. On n’imaginait pas cette ville aussi dense et étendue. Nous sommes abordés par une jeune femme qui porte une petite fille dans ses bras. Un monsieur s’approche aussi et vient voir nos vélos et nous invite à entrer dans le café d’ou ils sont sortis. Nous voici en présence d’un restaurateur nommé Akita Doi, de sa fille et de sa petite fille Susuki. On entre pour y boire une boisson chaude. Nous voilà installés sur un balcon dominant les plantations de thé et la ville mais surtout au loin, dominant magnifique qui se réveille : le mont Fuji dans toute sa splendeur.

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Nous sommes enjoints de commander quelque chose à manger, alors on se laisse tenter par deux parts de gâteaux maison. Akita reste discret ainsi que son épouse Kioko. Nous échangeons quelques mots d’anglais et nous extasions devant le paysage et la petite fille adorable. Au moment de partir nous passons à la caisse et là, surprise, le couple refuse que nous payons nos consommations et nos gâteaux, ils nous ont en fait invités à entrer chez eux alors que le restaurant n’était pas encore ouvert et nous offrent généreusement un fameux petit déjeuner absolument délicieux. Nous sommes confondus devant tant de générosité. C’est absolument incroyable parce que juste avant d’entrer chez eux une autre jeune femme, Makika, est arrivée avec un enfant d’environ 10 ans, Famiya ; ces deux là nous avaient aperçus auparavant quand nous sommes passés près de la digue, ils nous ont rattrapés pour nous offrir des clémentines et des boulettes de riz maison. Tout ça aussi spontanément que de dire bonjour. C’est quand même formidable de commencer la journée par des rencontres aussi belles que ces deux là, la gentillesse, la spontanéité et surtout la retenue, ou la discrétion, des japonais ne cesse de nous interpeller.

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Nous repartons heureux et repus persuadés que l’humain sait ouvrir les bras et son coeur devant l’étranger, cet inconnu qui vient le visiter. Des gestes qui nous touchent infiniment par leur simplicité tellement ils sont donnés avec    plaisir bien que nous ne parlions pas la même langue, il est un langage de partage qui ne s’apprend pas mais qui se vit à chaque moment pourvu que nous soyons nous même en phase et prêts à recevoir, un langage universel d’amitié et d’amour de son prochain.

Pas chaleureux, les Japonais ?

Comment ça ils ne sont pas tactiles les japonais ? Ne vous y fiez pas ils sont capables de vous saisir dans leurs petits bras sans crier gare. C’est ce qui est arrivé à Irène après avoir discuté sur un bout de trottoir devant un temple. Trois femmes curieuses de notre équipage ont été ravies de partager un court moment notre virée japonaise et nous ont vivement félicité pour notre performance…. vu notre grand âge sans doute !!! Joël, lui, n’a pas eu droit aux embrassades. Il ne désespère pas… qui sait ?

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Riz à gogo

Naïvement, on se figurait qu’on ne verrait des rizières que dans les zones rurales, comme nous en avons déjà traversées. Eh bien pas du tout, même en milieu urbain la moindre parcelle non construite est exploitée pour le maraichage ou la riziculture. Nous arrivons juste au moment de la récolte, un groupe d’enfants est là, ravis de pouvoir monter à bord de la « moissonneuse » (on ne sait comment s’appelle cet engin) à tour de rôle.

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Les « moissonneurs » sont heureux de nous expliquer comment on récolte le riz, pour la peine ils ont le droit de poser sur nos vélos couchés, comme ça tout le monde a quelque chose à partager et se retrouve content.

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Un peu plus loin, toujours entre des maisons, la méthode est plus artisanale, tout le monde n’a pas les moyens d’utiliser une « moissonneuse » qui fait tout, depuis la coupe jusqu’à la séparation des grains.

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L’habitat est souvent traditionnel, avec des maisons en bois, sinon le style est plus banal mais la densité est toujours impressionnante : Les maisons se touchent quasiment, bien que non mitoyennes ; si on devait appliquer la règle des trois mètres minimum entre constructions en vigueur en France, il faudrait démolir la moitié des maisons !

Tortues à gogo

En passant devant un temple, surprise : entre celui-ci et la rue il y a un bassin tout en longueur dans lequel patouillent mollement toute une ribambelle de tortues. On imagine qu’en France il y a belle lurette que toutes les tortues auraient été volées, puisqu’elles sont « en libre service », mais ici non, elles peuvent paresser au soleil sans crainte.

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Saronaya Fujisan

Nous arrivons enfin sur la côte, d’où on a une dernière belle vue sur le mont Fuji, on aura vraiment bien aimé cette partie de l’itinéraire qui était très variée.

Vu que nous sommes maintenant au niveau de la mer, on retrouve les avertissements sur la conduite à tenir en cas de tsunami (En bref : se débiner en courant le plus loin et surtout le plus haut possible). Il y a de nombreuses plateformes destinées à accueillir les fuyards en cas de besoin, et des haut-parleurs partout pour donner l’alerte.

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Ça ne va pas nous empêcher de dormir sur la plage de Miho, là où la végétation indique que la marée ne monte pas souvent, en face de la ville et sa fête foraine à laquelle nous n’irons point, nos soirées étant plutôt calmes. Et puis nous n’allions tout de même pas faire des tas de kilomètres de nuit pour faire un tour de manège, surtout qu’après il faut rentrer au bercail. En bivouac, les Cyclomigrateurs ça se couche comme les poules, dès qu’il fait nuit.

 

La robe Hagoromo

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Un matin de printemps, un pêcheur nommé Hakuryo part à la pêche avec ses compagnons. Il découvre alors sur la plage de Miho-no-matsubara, étendue sur la branche d’un pin, une magnifique robe. Il s’apprête à l’emporter chez lui, mais une céleste jeune fille apparaît alors et lui demande de lui redonner cette robe. Au début, Hakuryo refuse, mais il est ému par cette jeune fille insistante, qui lui signale qu’elle ne peut retourner chez elle au paradis sans cette robe céleste. Il se décide donc à lui rendre cette magnifique robe de plumes en échange d’une représentation de danse céleste. La jeune fille revêt sa robe de plumes et joue cette danse qui décrit le Palais de la Lune. Elle fait ainsi l’éloge du printemps à Miho-no-matsubara. Et finalement, elle disparaît dans la brume par delà le Mont Fuji.

Cette belle histoire est célébrée dans un petit temple, lieu de pèlerinage agréable à découvrir sur la péninsule de Miho.

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Du poisson à gogo

Un petit creux ? Qu’à cela ne tienne, nous passons devant un port de pêche (simplement nommé Yong-Zong-Yu-Gang) où il y a non seulement plein de bateaux à quai mais aussi une petite cahute où on peut se restaurer. A priori, le poisson devrait y être frais, dans la pratique il l’est. Le poisson cru est de la bonite (un thonidé), accompagné de riz (évidemment) saupoudré de drôles de trucs blancs qui s’avérèrent être des shirasus (alevins de sardines), ainsi qu’une soupe miso comme il se doit. Bon et pas cher on s’en régale.

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Pas de fromage, mais des serres

Longer cette côte est plutôt intéressant, mais ça pourrait devenir monotone si le trajet n’était émaillé de variations, comme un passage singulièrement pentu pour contourner un a-pic rocheux qui empêche la route de rester sagement le long de la côte, des traversées de rivières qui ont l’air modestes dont mais la longueur impressionnante des ponts témoigne de l’importance des crues, et des quantités incroyables de serres dans lesquelles on ne sait pas trop ce qui est cultivé mais ça fait travailler les usines agro-alimentaires à proximité.

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Encore un spot de camping mentionné sur OSM qui est plutôt déconcertant mais pas si mal finalement. c’est à Yoshida la longue plage de Shizunami. On ne s’installe pas sur la plage parce que les sardines ne tiennent pas dans le sable, mais derrière la digue anti-tsunami où il y a de la belle herbe et des pins. Les vraies sardines, par contre, n’ont qu’à bien se tenir, le lendemain matin c’est toute une flottille de bateaux de pêche qui traine ses filets tout près de la côte, c’est joli mais ça fait un sacré boucan dans ce coin où il n’y a quasiment aucune circulation routière. Les surfeurs s’en donnent à coeur joie, l’endroit est sympa.

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On se demande ce que la statue de la Liberté est venue faire là, mais après tout il y en a une au bord de la Seine alors pourquoi pas au Japon ?

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Dans le prochain épisode nous allons reprendre un peu de hauteur, les plages ici sont loin d’être aussi idylliques qu’en Nouvelle Calédonie alors on va aller voir ce qui se passe vers l’intérieur…

7 Commentaires judicieux

  1. Bonjour, c’est vrai que vos descriptions donnent très envie de visiter le Japon et de profiter nous aussi de toute cette gentillesse. Ce n’est pas encore à mon programme dans l’immédiat, ça mérite cependant la réflexion. Suite à un commentaire précédent je me demandais si votre tente était la même depuis le début de votre périple et si elle résistait à toutes les intempéries et autres soleil/neige/vent rencontrés (si c’est le cas c’est le moment pub’ !) Bizz Ann Mary

    • Oui oui, on aime notre tente Hilleberg et elle nous le rend bien : Elle tient le coup et nous protège, certes ce n’est pas le prix d’une Decathlon mais pas la même qualité non plus. C’est comme nos vélos : Du costaud et confortable, FABRIQUÉ EN EUROPE, utilisable partout dans le monde, ce qu’il nous faut 🙂

  2. Bonsoir
    Merci de nous ramener la gentillesse du Japon…Merci pour votre reportage..;c’est vrai il donne envie de faire un Tour!A propos j’ai été au festival des Aventuriers à Thonnay-Charente..et dans ce cadre Nicolas Ternisien nous à présenté son périple en diaporama ..un demi-tour Du Japon à la France à vélo.et vous à vélo-couché!!hi

  3. Encore une fois passionnant reportage!!! Quel régal! Merci, merci! Je pense qu’on ira sur vos traces au Japon l’année prochaine! Superbes photos aussi , bravo aux photographes qui ont l’oeil ( sans faire de pub vous utilisez quel appareil, car je suppose que vous ne pouvez vous encombrer d’un énorme équipement? )J’attends la suite avec impatience! Bonne route! Corinne from Australia

    • Bonjour Corinne
      Nous utilisons deux appareils, un compact Olympus TG4 qui est étanche, résistant et facile à utiliser en toutes circonstances, et un hybride Lumix GX85 qui est évidemment plus performant, surtout en vidéo. Plus un trépied, tant qu’à faire… Et puis une mini caméra et un drone, comme quoi on trimballe pas mal de bazar quand même !

  4. Je rattrape enfin les épisodes… Chez nous les « vacances » ce serait plutôt la méditation Zen (sur MacbookAir couché), alors je prends du retard sur vos périples toujours aussi riches.
    S’il fait aussi beau et chaud au Japon qu’en région parisienne en ce moment, vous avez de la chance, mais que serait ce voyage s’il n’y avait ces rencontres improbables si touchantes.
    Vous semblez en pleine forme. Vous êtes sans doute prémunis -mieux que nous- contre les maladies modernes liées à la sédentarité!
    Et les quelques tours de pédale à venir en montagne ne manqueront pas d’y contribuer !
    Merci pour ces commentaires toujours aussi savamment et agréablement rédigés

    • On comprend maintenant mieux le terme « zen », l’ambiance dans certains lieux nippons n’incite certes pas à l’excitation qui caractérise notre vie d’occidentaux.
      Pour la météo, par contre, ce n’est pas franchement calme mais ils savent faire avec ; par exemple dans la ville où nous nous sommes réfugiés durant le typhon, il y a d’immenses rues entièrement couvertes, comme ça le business continue même sous la pluie.

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