La Gibb River Road

Nous voici enfin au pied du mur, prêts à affronter la célèbre Gibb River Road. Pour lever tout suspense, précisons que nous y avons survécu (sinon on ne serait pas là pour raconter cette aventure) mais que ça n’aura pas été sans y laisser des plumes. Récit.

 

Dès la sortie d’El Questro, nous sommes prévenus : Le goudron s’arrête là, on n’est pas près de le revoir, il va y avoir des bestioles errantes tout du long, un revêtement dégradé inexistant, c’est le début des réjouissances.

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Avec un peu de chance, on n’éclatera pas de pneu en route (pas comme sur la Duncan Road), nous n’avons « que » deux roues de secours et c’est le minimum syndical.

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Quant aux sorties de route et autres accidents, on va essayer d’éviter, ce qui n’a pas été le cas de tout le monde, on n’ose même pas imaginer si les conducteurs ont fini la route secourus ou desséchés sur place ! :

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Les scones d’Ellenbrae

Ellenbrae, notre destination pour ce soir est célèbre sur la « Gibb » pour la réputation de ses scones absolument DDELICIEUUUUUUUUXXX. Ben tiens ! Tout ce qui peut attirer l’attention du barroudeur affamé est bon à prendre et les bonnes adresses ne sont pas nombreuses.

Alors va pour les scones, on est preneurs ! Mais avant cela nous devrons nous offrir des portions de route bien secouantes et poussièreuses. Les escarpements des Cockburn Ranges et de Pentecost Ranges brisent un peu la platitude du décor en se détachant sur le ciel bleu, mais on ne peut pas vraiment profiter des lieux, le soleil est déjà haut et écrase le paysage rendant les prises de vues plutôt médiocres. Il nous faudrait attendre le soir pour profiter de la lumière c’est hélas impossible.
Nous longeons des parties désertiques où la végétation est pratiquement inexistante, seuls les spinifex émergent en touffes rondes ; et puis plus loin ce sont des étendues caillouteuses, immensités de roches entre lesquelles arrivent à pousser quelques arbres épars ; où vont ils puiser leur énergie vitale ? On apprendra plus tard, en traversant la Durak River, qu’elle a débordé (mais ca c’est normal, durant le Wet ça déborde allègrement sur des kilomètres) et qu’un village autochtone a été emporté par les eaux il y a quelques années et n’a jamais été reconstruit.

On a une vision panoramique enchanterresse du lookout sur la plaine, nous entrons sur le territoire des Ngarinyin.

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On avale nos 150 km seulement de poussière qui nous ont pris la matinée quand même, jusqu’à cet oasis qu’est Ellenbrae (laquelle porte le nom de la rivière qui traverse ses terres asséchées) en bavant d’impatience depuis que nous avons vu les panneaux indicateurs sur la Gibb. On imagine déjà l’énorme scone couvert de confiture maison et de crème fraiche bien épaisse, car le régime pâtes, riz, thon, sardines à toutes les sauces a des limites quand même !!!

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Whaou… Une station à 4 km de la Gibb, quelle drôle d’idée de venir s’isoler ici pour y faire des scones aux voyageurs de passage ! Un lieu comme on les aime, simple, ouvert sur l’extérieur, pas de murs, enfin juste ce qu’il faut pour se protéger du soleil et de la pluie en saison wet.
Devinez ce qu’on mange à midi, déjà 13h00 ? La gourmandise l’a emporté…

Cette propriété fait 60 kilomètres sur 60 kilomètres. Elle appartient actuellement a Dino et Diana Grollo (Qui ont évidemment gagné le gros lot). Gérée par Larissa et son mari Logan qui sont partis trois mois faire du bateau avant de revenir pour la fin du dry. Ils vivent ici pendant la wet saison, la station est fermée, la Pentecost River et la Durak River isolent les habitants pendant au moins 3 mois. Ceux ci sont ravitaillé en produits frais une fois par semaine si besoin par l’avion postal qui apporte le courrier chaque mardi. Ils sont en autonomie énergétique avec panneaux solaires, eau de source et générateurs.

Quand on s’inquiète de savoir où vont les vaches pendant que toute la région est inondée, on nous répond qu’elles se dirigent vers les monts aux alentours, elles vivent leur vie quoi… vaches sauvages….

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Il est tombé ce vieux baobab à l’âge estimé de 1000 ans, c’était en mai dernier, il n’offrira plus la douceur ombragée de ses branches aux gourmands de passage ; fort heureusement d’autres arbres entourent la maison et permettent de se prélasser dans le jardin.
Le camping est situé à 5 kilomètres de la maison principale, au bord de la rivière. Des communs abritent WC, Sdb, cuisine et pièce commune le tout entouré seulement d’un muret en terre. Au centre trône le « chauffe eau », une sorte de grosse bouilloire chauffée au bois, c’est simple et efficace.

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Le crapaud empoisonneur

Pour la première fois nous saurons à quoi ressemble le fameux tueur venimeux Cane toad (Crapaud buffle). Il a des glandes derrière les yeux qui sécrètent une substance mortelle pour les autres animaux, ouf pas pour les humains !!!! Batracien importé d’Amérique centrale pour combattre les coléoptères ravageurs de la cane à sucre en 1935 dans le Queensland, avant l’utilisation intensive des pesticides chimiques, ces gros crapauds sont capables d’empoisonner les prédateurs qui tentent de les manger, ce qui fait qu’aujourd’hui il devenu nuisible sur tout le territoire. Évidemment il traverse les frontières, sa zone de diffusion progressant d’environ 60 km par an, rien ne l’arrête et les scientifiques n’ont pas trouvé par quel moyen l’éradiquer.

C’est devenu un réel fléau, mettant même en danger les populations de crocodiles d’eau douce (Freshies) et d’autres espèces. Le pire est que ces fichus crapauds étaient totalement inefficaces contre les coléoptères (ils ne sautaient pas assez haut), comme quoi, chaque fois que les hommes introduisent des espèces animales ou végétales dans un nouveau milieu, ils font des conneries au détriment de la biodiversité.
Nous avions bien remarqué dans le Queensland ces gros crapauds mais nous igniorions à ce moment là qu’ils étaient indésirables. Des campagnes d’information et d’élimination sont mises en place, des panneaux informatifs très explicites nous montrent comment les reconnaître par rapport aux espèces endémiques.

Ce soir, c’est donc la course au crapaud qui ne veut pas mourir, le papa d’un gamin qui a trouvé un monstre de près d’un kilo poursuit la bête avec un gros caillou mais chaque fois qu’il lache la pierre, la bestiole fait des bonds. Il finira bien par ajuster son tir, à aplatir le batracien et tous les spectateurs d’applaudir.  Après ce crime affreux on s’endormira au son des airs de guitare de notre voisin de camp.

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Ce sont les vaches qui nous réveillent le lendemain matin, elles s’en vont s’abreuver à la rivière, nous on décide de retourner à la homestead et se régaler une dernière fois d’un bon petit déjeuner avec… des scores, non mais !
Et puis on bulle en admirant le vol des petits oiseaux qui viennent à la mangeoire (Le petit rouge Crimson Finch et  celui avec deux rayures Double barred Finch).
Et on papote avec la dame qui tient l’établissement pendant que sa patronne fait du bateau.

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A Drysdale, on casse la dalle

Nous allons quitter la Gibb River Road pour filer vers le nord, itinéraire nettement moins fréquenté même si tout est relatif : Sur la Gibb nous croisions quelques véhicules par heure, là ça va être quelques uns par jour…

Nous n’avons qu’environ 85 kilomètres pour arriver à Drysdale River Station traversée, elle, par la Woodhouse River (S’il y a une station, c’est qu’il y a une rivière, il faut bien abreuver les vaches et les humains). Une distance ridicule en voiture, plutôt adaptée à une étape à vélo, à priori.
Mais on est surpris par la route qui va se révéler un peu montante et goudronnée sur des portions à 10 %, ceci pour faciliter les grimpettes des lourds engins. La conduite est fatigante car il faut être extrêmement attentif, la tôle ondulée est très ondulée, la roche ici est assez tranchante, on se méfie des cailloux sur les bas côtés.

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Mathilde et Nicolas, eux, ont eu moins de chance, on trouve ces deux hollandais sexagénaires s’échinant sur leur roue de secours, le guide du parfait dépanneur à la main, alors on s’arrête pour leur donner un coup de main. Chacun son tour…

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La station est très grande, avec deux pompes à essence et une petite boutique qui propose l’essentiel, les prix sont à la hauteur de l’éloignement : impressionnants. Mais il n’y a pas le choix pour faire le plein, c’est le seul point de ravitaillement à des centaines de kilomètres à la ronde. Ils font aussi restaurant, d’ailleurs on voit arriver un tour-operator avec des personnes plutôt âgées, badgées et sapées comme pour un dîner en ville. Quel contraste avec le milieu ambiant, ils ne sont pas vraiment dans le trip bush, ce qui ne les empêche pas de descendre des bouteilles de vin, le budget doit être conséquent. Pour notre part, nous nous contenterons de hamburgers d’une taille propre à rassasier un ogre.

Elle va oser tout manger !

Evidemment, les installations sont assez sommaires et l’aspect folklorique de l’endroit n’est pas déplaisant, mais c’est moins chaleureux et intimiste qu’à Ellenbrae, même si les gens sont très gentils et serviables. Comme les autres, la station reçoit le courrier une fois par semaine par l’avion du facteur, lequel peut aussi apporter des fruits et légumes durant le Wet, quand tout est inondé et qu’il n’y a plus moyen d’aller s’approvisionner en ville.

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Nous aurons la surprise de voir arriver des campeurs pas communs, même ici : La famille voyage dans un gros camion et trimballe la voiture, le bateau et la caravane, comme il se doit, mais aussi un bobcat ! Comme ça, même si la piste est coupée, ils peuvent descendre leur engin et se frayer un chemin. En fait, le type est électricien et trimballe donc tout son matos. Car les électriciens du coin ne se contentent pas de tournevis, ils plantent aussi les poteaux pour installer les lignes électriques, il leur faut un sacré outillage. A propos d’outillage, le type de la la station a non seulement une sacrée barbe mais aussi un bel atelier, mais il ne trouvera rien dans son fourbi pour dépanner notre réchaud qui déconne à pleins tubes.

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Le Roi Edward

Aurions nous cédé aux sirènes qui nous conduisent droit chez le Roi ? Presque, si ce n’est qu’en fait de palais le père Edward nous reçoit dans le lit de sa rivière, laquelle n’est pas de diamants mais bien magnifique tout de même. Ça tombe bien, parce qu’on n’a pas vraiment les tenues adéquates pour aller dans un palais, par contre pour la rivière, il n’y a besoin de rien…

La piste est assez vibrante, mais ça roule bien et c’est avec satisfaction que nous nous installons dans le campground près de la King Edward River. A part les mouches un peu trop insistantes, tout est impec : Tarif raisonnable, ranger  super sympa, ambiance décontractée, un lieu comme on les aime. Mais ce n’est que le début, le plus beau reste à venir !

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En effet, la rivière est un petit bijou et nous la découvrons en fin d’après-midi avec des couleurs magnifiques :

Les roches sont étonnantes, par endroit creusées de grosses « marmites » qui témoignent de l’abondance des flots durant le Wet. On a du mal à imaginer ces lieux complètement submergés par les eaux tumultueuses, alors que c’est actuellement si calme et paisible.

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A part nous, il n’y a guère que les cacatoès à profiter de l’endroit, et ils ont bien raison car c’est vraiment superbe; ils manifestent d’ailleurs bruyamment leur joie, comme vous pouvez les entendre :

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Ce qui ne gâte rien, cette rivière est « multi-usages » et on ne va se priver d’en profiter (en prenant évidemment soin de rejeter nos eaux savonneuses loin de la rivière). Si le jardin d’Eden existait sur terre, il pourrait être là…

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Munurru et l’esprit Wandjina

La région du Kimberley possède les plus grands sites d’art rupestre de la planète. Il y en a des milliers dont la plupart sont dissimulés et gardés secrets par les aborigènes qui respectent ces lieux puissants et les traitent également avec prudence. Ils ne restent pas longtemps sur ces sites, craignant les esprits qui y vivent.

Nous nous dirigeons sur le site de Munurru à l’aide d’un ouvrage acheté en cours de route et édité localement, il nous permet de chercher et de situer les dessins sur les parois et de comprendre la signification des différentes peintures. Nous partons à la chasse au trésor (Sans le livre, on n’aurait vu qu’une partie des oeuvres).

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Les peintures de Munurru sont incroyablement impressionnantes, elles sont  situées dans un site sauvage et isolé sur la route qui mène à Mitchell’s Falls. D’après de nouvelles techniques de datations par les scientifiques de Melbourne et les géologues, elles dateraient de 50 000 ans ! Tous ces sites restent la propriété des aborigènes et sont des lieux de cultes, de cérémonies mortuaires ou de séances initiatiques. Les dessins sont à dominance ocre, blanche, brun foncé, orange rouillé et représentent principalement l’esprit créateur Wandjina, des figures humaines, des animaux comme la grue Brolga, des marsupiaux, coquillages et poissons. Ils sont dans un état de conservation vraiment étonnant, compte tenu de leur âge.

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Ce lieu est magique, tel une cathédrale en pleine nature, emprunt de spirituel et d’histoire, il laisse entrevoir à nos yeux de profanes une culture ancestrale qui perdure, respectueuse des lois de la nature et de la vie sous toutes ses formes. Nous quittons ce lieu heureux comme tout d’avoir trouvé dans ce dédale de rochers toutes les peintures décrites sur notre livre ; certaines étaient vraiment bien dissimulées.

A noter que le site n’est pas protégé, n’importe qui (surtout les imbéciles) peut toucher les peintures, et donc les détériorer. Il semble cependant, selon le bouquin, que les interférences dues aux visiteurs demeurent limitées, fort heureusement ; ça s’explique peut-être par la difficulté d’accès au site, les gens qui viennent jusqu’ici sont plus animés par le respect que par la bêtise.


 

Où voulez-vous qu'on vous emmène la prochaine fois ?
Où voulez-vous qu’on vous emmène la prochaine fois ?

 

 

 

 

 

 

 

11 Commentaires judicieux

  1. j’apprécie toujours le moment de mes « récréations » pendant lesquelles je rêve en étant avec vous….. de loin hélas ….continuez à profiter de vos « 20ans » …. avant que la vue baisse davantage…..(des lunettes Joêl sur le bout du nez dans la baignoire… y avait-il quelque chose à explorer ?, le paysage se trouvait derrière, non ? mais le nudisme vous va si bien!!!! vous avez raison de saisir chaque instant au maximum, dans cette vie -parfois trop courte ou trop longue c’est selon..,- chaque minute heureuse compte . merci de nous faire profiter de votre voyage, on ne peut que vous envier. Bisous bisous.LM

  2. Les peintures rupestres seront encore là quand les carcasses de voiture auront été digérées par le grand tout (et nous avec).
    Devant une nature aussi vierge et des traces humaines aussi anciennes, c’est un peu le passé et l’avenir qui s’entrechoquent dans le présent, faisant jaillir la sensation d’éternité dans nos vieilles mémoires.
    Finalement, ce n’est pas nous qui regardons les fresques mais les fresques qui nous regardent. La séance d’exposition reprend, têtue à chaque nouveau lever du soleil.

    « Cela » nous regarde….
    N’en déplaisent à ceux qui se contentent de nous définir comme « animaux intelligents », comme si les animaux n’avaient pas une autre forme d’intelligence. La différence c’est qu’ils ne le savent pas (et n’ont donc pas d’ego)!
    Cette intelligence qui est bien « dans la Nature » de l’Homme et non pas un attribut. De même chez la Femme, n’en déplaise à certains.
    S’il l’Homme la pervertit pour exalter l’ego, comme il n’a pas non plus l’instinct, il s’avère incapable de survivre aux conditions de vie qu’il a lui même créés.
    Il reste les aborigènes… sans doute seront-ils encore là dans des milliers d’années….

    Que peuvent bien nous enseigner ces fresques que le temps ni l’homme n’ont encore dégradées? au delà des pinaillages archéologiques…
    Et si c’était La Nature Humaine, impalpable, mystérieuse, omniprésente…?

    Je sais que ce n’est plus idéologiquelent correct puisque les scientifiques essaient de la transmuter tout en essayant de prouver qu’elle n’existe pas. La négation de la Nature humaine, c’est quand on prend pour le réel l’imaginaire mental .
    Celui-ci se nourrit de chimères… (rien à voir avec les scones!)

    Bon, pendant ce temps, la chatte me ramène au ras du sol ; elle se plaint que sa gamelle est vide… Et alors?!?!, je ne suis pas responsable de tout!
    Elle n’a même pas l’instinct de chasser les souris, ne sait pas l’heure, ni ouvrir le frigo ni acheter des croquettes sur Internet. « Heureusement que je suis là MÔA »

    A défaut de l’art des fresques, ou de la chasse, il reste l’art de la gamelle… .

    Bon appétit et bonnes pistes

  3. quand on pédale toute la journée on peut s’enfiler des hamburgers, même pas peur !
    Ca y est Chloé est installée à Nottingham pour une année scolaire en Erasmus.
    Bon courage pour la suite.
    Philippe

  4. Bonsoir
    Impressionnant la conservation de ces peintures »à l’abri ou et à l’air libre »..ça me faisait penser aux grottes de Lascaux qui sont seulement de 17000ans il me semble!!!j’aimerai en savoir plus sur votre rencontre avec celles du Kimberley..merci…bonne route et merci …Bernard

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