Okinawa : Terminus, tout le monde descend

Voici enfin le dernier épisode de cette traversée du Japon, lequel est un archipel et on va s’en rendre d’autant plus compte que dorénavant on va parcourir plus de distance en bateau qu’en vélo.

A partir de Kagoshima il y a plusieurs lignes de ferry, dont une relie un chapelet d’îles jusqu’à celle d’Okinawa à 800 km au sud. Ça tombe bien, vu la direction il fera moins froid là bas, et ce n’est pas tout à fait un hasard, on commence à s’y connaitre en migrations.

Un ferry très japonais

Il existait une formule qui permettait de quitter le ferry à chaque escale, donc à chaque île, et reprendre le suivant le lendemain ou même plus tard, mais ce système a été abandonné parce que la compagnie n’arrivait pas à compter les passagers, ils ne savaient plus trop qui était à bord ou non. Bizarre, ce n’est pourtant pas bien compliqué mais bon, on va quand même couper le trajet en deux en descendant à mi-chemin sur l’île de Tokunoshima.

A bord c’est un peu spécial, les cabines sont en fait de grands dortoirs garnis de tatamis sur lesquels sont installés des futons ; il y a des couvertures et des oreillers en forme de brique (au niveau confort, c’est à peu près équivalent) et en fait c’est plutôt pas mal, on peut dormir aussi mal bien que dans la tente, sauf que là il y a du monde autour.

Autre spécificité, la salle de bain qui est comme en ville, un grand bassin commun où on se plonge après s’être douché et astiqué, évidemment en tenue d’Adam ou d’Ève, au choix.

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Mais le summum, c’est LE chauffeur de camion qui profite de la traversée pour picoler et faire connaissance avec les passagers assez gentils pour l’accepter à leur table. Il faut dire qu’il ne nous a pas trop donné le choix, il est venu s’incruster alors qu’on jouait aux cartes tranquillement. A partir de ce moment là, la tranquillité est passée en arrière plan, le bonhomme étant plutôt envahissant ; on comprend pourquoi lorsqu’il nous offre à boire un liquide transparent comme de l’eau, et d’ailleurs qu’il ingurgite comme si c’en était, sauf que c’est du saké ! Finalement il nous fait rire aux éclats, il fait la conversation tout seul puisqu’on ne comprend rien. En fait c’est Irène qui l’intéresse, il en pince pour elle et lui touche régulièrement la cuisse pour s’assurer qu’elle fait bien du vélo !!! Finalement nous passerons une soirée fort sympa et Irène héritera d’une paire de lunettes de soleil… cadeau (moche).

Port de Kametsu, île de Tokunoshima

Cette île étant de taille modeste, et on y arrive le matin, donc on décide d’en faire le tour dans la journée (50 km). Mais comme on reprendra un ferry le lendemain matin au même endroit, autant en profiter pour laisser les sacoches quelque part et rouler légers.

C’est intéressant de découvrir cette île très rurale, il n’y a guère de circulation, surtout que nous empruntons de petites routes qui serpentent à travers monts et vallées, plaines et rivages. Ile de primeurs et de canne à sucre.

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Souriez, vous êtes photographiés !

Qu’un type s’arrête pour nous photographier n’a rien d’exceptionnel, mais celui-ci va nous épater, personne encore ne nous avait fait ce coup là : Après avoir passé un petit moment ensemble à bavarder, il remonte dans sa voiture et s’en va… pour revenir quelque temps après, alors que nous avons changé de place (mais nous sommes si facile à repérer qu’il n’a pas eu de mal à nous retrouver) : Il est allé faire tirer les photos prises précédemment, et nous les offre ! Incroyable, non ?

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Le p’tit restau d’Hoana

Le patelin d’Hoana qui se trouve à l’extrémité de l’île est bienvenu, car on commence à avoir bien faim et comme on n’a pas de sacoches on n’a rien à boulotter. Le seul restaurant qu’on trouve ouvert n’a rien de touristique mais est fort sympathique ; comme d’habitude on ne comprend rien au menu mais on connait suffisamment les plats traditionnels pour commander puis bien se régaler.

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Le sumo de taureaux

Au beau milieu de pas grand chose, deux taureaux nous interpellent. Bien que de taille respectables, ce ne sont pas des vrais, sinon on aurait sans doute filé bien vite au lieu d’aller les voir de plus près. Il y a dans ces îles une tradition de combat de taureaux qui n’a rien à voir avec la sanglante corrida :

Le tōgyū, également appelé ushi-zumo est une discipline de lutte opposant deux taureaux de gabarit important. La discipline serait née vers la fin du xviie siècle.
Lors d'une compétition, les taureaux les plus légers s'élancent les premiers dans l'arène et le tournoi fonctionne à l'aide de tours éliminatoires. Le premier au sol ou à tourner le dos à son adversaire perd le round. Les taureaux sont entourés de leurs maîtres, qui veillent à éviter les blessures ou les mauvais coups. Comme au sumo, la journée commence par la présentation des combattants au public, revêtus d'habits d'apparat, et avant chaque combat l'arène est purifiée par du sel.

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Bien qu’au bord de la mer, le lieu de bivouac envisagé n’est vraiment pas attrayant alors on retourne en ville chercher nos sacoches en se disant qu’on trouvera bien un endroit convenable. A cette occasion on fait la connaissance d’un groupe de jeunes filles sortant de l’école, elles sont enthousiastes et mignonnes. Pas comme les individus louches dont l’avis de recherche ne donne guère envie de croiser le chemin.

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Vous avez sans doute remarqué que le gamin au premier plan est bien dodu, ce qui est pour le moins surprenant au Japon. Non, il n’a pas été séquestré dans un Mac Do, il y a une raison bien particulière que nous n’allons pas tarder à connaitre.

Les « bébés sumo »

Plus tard dans la soirée nous retrouvons cet enfant, ainsi qu’un autre, en train de se préparer auprès du dohyō (l’arène) qui se trouve en plein air. A leur tenue, on comprend qu’il s’agit de sumo, dont les lutteurs sont nommés rikishi (et non sumo ou sumotori comme on les appelle en France).

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Nous allons assister à un entrainement très particulier entre ces deux enfants âgés de 7 et 9 ans. Assurément ils ne sont pas en âge de choisir leur avenir ; les parents en ont pris la lourde responsabilité. Celle de les engraisser afin que ces deux enfants deviennent des combattants et qui sait un jour de grands champions au risque d’abréger leur vies. Aujourd’hui ce sont les mongols qui luttent et atteignent les plus hautes marches de ce sport si étonnant alors quand les chasseurs de tête peuvent en trouver et les entrainer dès le plus jeune âge, ce sont des graines de champions qui apporteront la gloire et les honneurs sur la communauté locale. Avenir bien difficile et incertain sur ces petites épaules de « bébés sumo ». Autrefois ces enfants étaient repérés dans les familles nombreuses et pauvres. Est-ce le cas encore aujourd’hui ? Certaines traditions ont la vie dure sur ces iles perdues au milieu de la mer de Chine.

L’entraineur nous autorise à camper juste au pied du dohyō, on pourra utiliser les sanitaires du club qu’il va laisser ouverts pour nous. Merci encore, tant de gentillesse a beau être commune, c’est toujours épatant. Ce sera pour Irène l’occasion de se dessaisir de son beau plat gagné précédemment dans une loterie.

Le lendemain on va reprendre à nouveau un ferry où nous pourrons aborder les iles de Okinoerabujima, Yoronjima et arriver sur celle de Okinawa.

Okinawa, enfin

Cette fois-ci c’est la fin, on n’ira pas une île plus loin. Mais pour faire durer le plaisir, comme celle-ci est plutôt grande (100 km de longueur), on va débarquer à Motubu, le port du nord, puis pédaler jusqu’à Naha où se terminera notre périple japonais.

Cette île est particulièrement intéressante à plus d’un titre :

En effet, c’est ici que l’on trouve la plus longue espérance de vie (87 ans en moyenne pour les femmes et 79,4 ans pour les hommes) ainsi que le plus grand nombre de centenaires à l’échelle de la planète, en partie grâce à l’hérédité et à la cuisine traditionnelle de l’île. Cependant, cette dernière est peu à peu délaissée par les jeunes générations plus attirées par les fast-food implantés depuis l’arrivée des militaires américains stationnés sur l’archipel. Il en résulte une baisse considérable de l’espérance de vie depuis plusieurs décennies notamment chez les hommes, ainsi qu’un taux d’obésité masculine le plus élevé du Japon.

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Si vous vous demandez ce que les Américains viennent faire là, voici la réponse :

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'île est capturée lors de la bataille d'Okinawa en 1945. Elle fut dès lors placée sous administration civile américaine jusqu'en 1972, date à laquelle les États-Unis l'ont rendue aux Japonais. Dans les années 1950, l’armée américaine y teste à une douzaine de reprises ses armes biologiques. Il reste de nombreuses bases américaines dispersées sur l'île, avec des aéroports par lesquels peut transiter l'arme nucléaire.

Cette présence américaine est loin de faire l’unanimité dans la population, nombreux sont ceux qui voudraient que ces immenses bases soient fermées, notamment à cause du comportement de certains militaires (violences, viols, mépris de la culture locale). Mais le gouvernement japonais actuel envisage au contraire d’autoriser une nouvelle base,  ainsi que de modifier la constitution pour permette au Japon d’avoir une armée offensive.

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On constate vite les différences avec les autres îles, notamment parce qu’il y a partout des enseignes en anglais, des boutiques pour répondre aux (mauvais) gouts occidentaux, des kilomètres de clôtures pour isoler les bases militaires, et parfois d’énormes voitures qui dominent le flot des petites voitures japonaises.

Mais il y a aussi, fort heureusement, d’authentiques endroits pleins de charme comme cet ancien village de Bise situé à 7 km au nord de Tokunoshima. Bordées de Garcinias, les ruelles de sable s’étalent entre les jolies petites maisons nichées dans des jardins ombragés. Pour un peu on se croirait en Inde..

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La spécialité de l’ile est le Mimija, un plat d’oreilles de porc finement tranchées et marinées dans du vinaigre ou bien le Rafuté, du porc longuement mijoté avec du gingembre et du sucre brun.

Nous dormirons ce soir à Onna au bord de la mer dans le parc des sports et c’est notre dernier bivouac au Japon, nous avons un peu le bourdon, c’est déjà fini ? Mais on y est tellement bien ! Après 55 km seulement nous terminons par une belle côte qui nous mène jusqu’au cap Manzamo. Nous sommes accueillis par des hourras des commerçantes ambulantes. L’une d’elle est tellement admirative qu’elle nous offre, outre des clémentines, 4 jolies petits bracelets de perles. La gentillesse et la générosité des japonais ne se sera jamais démentie. Gâtés, nous l’aurons été jusqu’à la fin.

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Au matin nous n’avons vraiment pas envie d’avancer, nous pédalons doucement, comme au ralenti, conscients que ce sont nos derniers tours de roues au Japon. Nous voudrions pouvoir retenir le temps, revenir en arrière et savourer encore et encore ces moments délicieux au pays du Soleil Levant. Chaque scène nous retient comme ces deux enfants qui pêchent au bord de la mer. Nous nous imprégnions pour graver dans nos mémoires les odeurs, les couleurs, les sensations d’infinie douceur que nous avons pu apprécier chaque jour dans cet accueillant pays.

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Joie joie

Avec un nom pareil, on ne peut que s’arrêter devant cette boutique, et ce sera sans regret : Le choix de pâtisseries est très restreint mais c’est absolument exquis. Et servi avec deux accessoires dont on avait perdu l’habitude, à savoir couteau et fourchette, ce qui est tout de même plus pratique que les baguettes.

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Il y a une excellente école de cuisine et pâtisserie à Osaka, lorsque nous demandons dans les établissements où ont été formés les chefs ils la citent souvent.

Miam miam

Derniers repas au Japon, et c’est toujours aussi bon, la cuisine d’ici va nous manquer. Quand on ne trouve pas d’endroit où s’installer pour déjeuner, ce n’est pas grave, assis par terre sur le parking du kombini pour boulotter un bento et ça le fait bien.

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Naha

La capitale d’Okinawa est de taille modeste avec ses 300 000 habitants, et elle est assez agréable à visiter puisque les distances sont assez courtes pour tout faire à pieds sans même emprunter le curieux monorail.

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Nous allons loger dans une auberge de jeunesse « My Place » afin de préparer notre départ, faire nos derniers achats « souvenirs » avant Noël. Une visite au joli parc Fukusyu En qui a été entièrement construit en 1992 au centre d’un quartier. Il est le symbole de la réconciliation entre la Chine et le Japon pour leur 10ème anniversaire. Fukusyu En étant le nom d’une ville chinoise d’où les pierres et le bois ont été importés au Japon pour y bâtir ce joli parc.

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Tout n’y est que raffinement et délicatesse, nous savourons jusqu’au bout le coeur serré de devoir quitter bientôt le Japon. Nous y reviendrons c’est promis.

Sayonara !

En fait, on dit plutôt Mata itsu ka (またいつか)  qui signifie « à la prochaine, on ne sait quand …. ». Car Sayonara signifie plutôt « Adieu » et nous on compte bien revenir.

Un dernier tour en ville pour aller acheter deux énormes rouleaux de papier-bulle, un au-revoir sur la plage avec nos fidèles Pople et Petit Chat, et nous sommes prêts pour aller à l’aéroport.

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En ce 12 décembre, le départ est un peu chaotique : L’aéroport n’étant pas bien loin, nous arrivons à vélo avec les deux heures d’avance prévues mais au mauvais endroit, à l’aéroport domestique au lieu de l’international. Le temps d’aller de l’un à l’autre par des couloirs et passerelles qui n’en finissent pas, nous sommes à la bourre pour emballer les vélos et c’est fait complètement à l’arrache, on n’a jamais autant bâclé.
Pour tout arranger, quand on arrive à l’enregistrement le personnel est catastrophé car ça ne rentrera pas dans l’avion ! On aurait dû les prévenir à l’avance, parait-il. Prise de mesures, coups de téléphone dans tous les sens, cavalcade jusqu’à la salle d’embarquement, finalement c’est bon, ils ont réussi à tout caser, ouf ! Il va sans dire que nous étions les derniers passagers à monter à bord…

Direction Taiwan, une autre aventure commence. Allez encore un petit coup de tampon pour le carnet de voyage !!!

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12 Commentaires judicieux

  1. Great to read of your adventures in Japan. It makes me want to visit and see for myself. Petreah has visited once, so it must be my turn next. Have you started your next leg of your journey yet? Dean

  2. Quel plaisir de de suivre votre périple et d’apprendre à chaque fois quelque chose sur le pays traversé. Bon vent pour le suite, amitiés.
    Mpaule

  3. Zen, zen, zen et gentillesses ! Quoi de mieux ! Je baille et m’en vais dormir avec vos images paisibles ! Je comprends la lenteur du départ du Japon…l’envie de rester…mais la roue tourne ! Alors bonne suite de voyage partagé ! Grâce à vous , je fais d’énormes progrès en géographie ! Bisous à tous les deux ! Merci de nous droner images et visages ! Pas besois de papier bulle pour nous mais alors que de bulles sur nos papiers avec vos voix et vos émotions exprimées ! Merci ! Marie Chiff’mine

  4. Ça donne envie, on regrette de ne pas trouver de photos du grand bain en commun ,mais on comprend que les appareils photo et l’eau ne font pas bon ménage.
    Bon voyage.
    Amicalement
    Bernard

  5. Merci pour ces beaux reportages au Japon, très bien documentés, et qui nous ont donné véritablement envie d’aller pédaler par là-bas !
    Bonne suite.
    Les TSAGA

  6. Bonjour, très heureux de pouvoir vous lire de nouveau, vous me donnez de plus en plus l’envie d’aller au Japon. Mais surtout vous transmettez bien toute l’émotion de votre voyage et la nostalgie de quitter ce beau pays MERCI

  7. Ah la gentillesse des japonais et la délicatesse de leur cuisine (Joie, joie!) vont sans doute vous manquer!
    Merci pour le temps que vous devez passer à ces magnifiques photos et récits, vous donnez très envie de Japon.
    Ben je trouve que les lunettes de soleil offertes à Irène sont très bien! Bon si elle ne les veut pas et qu’à tout hasard vous seriez en Corée du sud en juin, je pourrais vous les échanger contre un camembert au lait cru frais arrivé.
    Lisez vous vos mails sur Breizh@…?
    Bises

  8. Comme on dit toujours : « il n’y a de bonne compagnie qui ne se quitte » et là on sent que c’est avec d’infinis regrets. Et on vous comprend. Vous nous avez fait découvrir encore une fois, mais peut-être encore plus ici, un peuple charmant que l’on ignorait. Merci à vous pour ce compte de fées.

    Mais l’aventure continue, et déjà nous avons hâte de vous suivre vers de nouvelles découvertes époustouflantes.

    A bientôt donc. On vous embrasse.
    Bon voyage les amis.

  9. Bonnes vacances, un peu d’air breton va faire du bien et bain familial aussi avant de repartir dans quelques mois.
    Je vous embrasse,

    Mamie Nicole.

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