PSUGLI Agricole

Et hop, un Petit Supplément Gratuit Luxueusement Illustré, consacré cette fois à l’agriculture et à l’élevage, essentiellement sur l’Île du Sud, la plus vaste et la moins peuplée.

C’est suite aux visites des fermes de Robert et de François que nous sont venues ces réflexions, ainsi qu’au fil de discussions avec des personnes concernées par le sujet. Parce que l’agriculture et l’élevage, en Nouvelle Zélande, c’est une part essentielle de l’activité, et ça ne se passe pas forcément comme on pourrait l’imaginer vu de France.


La ferme Duff

C’est une ferme familiale depuis plus de 100 ans, aujourd’hui exploitée par Robert et son fils Grant qui prend progressivement la relève. Ils produisent des céréales et graines pour les agriculteurs (trèfle, plantain, luzerne, avoine, etc.). Une des particularités est que tout est produit, stocké et conditionné sur place, la vente se fait exclusivement en direct : Pas d’intermédiaires, pas de coopérative. Les installations sont conséquentes, avec les silos de stockage et de séchage, les machines pour trier, dépoussiérer, enrober et ensacher, et les engins agricoles adéquats.

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Sur les 250 hectares il y a également 300 bovins (parmi lesquels les vaches qui nous regardaient passer à vélos), la production de moutons ayant été abandonnée, comme souvent ailleurs dans la région. Alors que nous avions été surpris de côtoyer la veille un troupeau de taureaux (on ne s’est pas attardés, ça grogne et ça mugit fort ces animaux là), on apprend qu’ils sont appréciés parce que leur viande est très peu grasse, alors elle est exportée aux USA où ils y ajoutent de la graisse de leurs bovins obèses pour en faire des hamburgers pour Mac Do et les autres rois de la malbouffe. Mais bon, il y a des clients pour ça…

La ferme aux mille vaches

En fait, ce ne sont pas 1 000 mais 6 000 vaches dont s’occupe François, sur neuf fermes toutefois.
Breton, originaire de Guipry, installé en Nouvelle Zélande depuis 15 ans, il a des parts dans les fermes, propriétés d’un groupement d’actionnaires, notamment européens. Il s’agit d’investissements considérables, on raisonne en millions de dollars, c’est pas pour les petits joueurs.

La première ferme que nous visitons a 700 vaches, nous arrivons à l’heure de la traite et c’est impressionnant : Les vaches se bousculent au portillon pour venir se placer sur le carousel qui va leur faire faire un tour complet tout en les trayant (elles y trouvent de la bouffe aussi, ça explique leur motivation). 60 vaches en même temps sur un manège c’est impressionnant. Quand c’est fini, elles s’en retournent toutes seules au pâturage, comme des grandes, et comme c’est chaque jour un paddock différent, elles ont de la belle herbe toute propre, miam !

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Ça signifie qu’il y a 25 paddocks, puisqu’il faut ce temps-là pour que l’herbe repousse. Et ils ne doivent pas être trop loin, sinon le temps de trajet serait trop long, la distance maximale est d’un kilomètre et demi.
Pour en revenir à la traite, il suffit de deux employés pour l’assurer, ça prend deux heures plus une heure de nettoyage. Le ratio de production par employé est conséquent : Un million de litres par an. Il faut un camion de collecte quotidiennement en pleine saison, avec des frais de transport importants car la laiterie est à 200 km.

Actuellement il y a moins de lactation car ça va bientôt être l’époque des vêlages, toutes les vaches étant inséminées en même temps, il va y avoir 30 à 40 vêlages par jour. Ça occupe pas mal François et son équipe, il paraît. Ça a dû bien occuper l’inséminateur aussi, d’ailleurs.

L’autre ferme n’a « que » 500 vaches et une salle de traite plus classique, pas de carousel ni de décrochage automatique des trayons, cependant les deux jeunes qui s’en occupent ont l’air de bien s’en sortir. Comme presque toute l’équipe, ils sont français et même bretons, il n’y a qu’un gars du nord qui a réussi à se faufiler là mais il a peut-être prétendu venir de Bretagne aussi pour se faire embaucher. Ce sont tous des jeunes issus du milieu agricole, ils bossent ici six mois avant de rentrer en France, éventuellement en passant par d’autres pays au passage.

Au milieu de tout ce texte fort sérieux, une petite vidéo pour illustrer, ça faisait longtemps :

La danse de la vache

Francois nous explique la difficulté de répondre aux nouvelles normes environnementales drastiques (< 1 mg de nitrates, en Bretagne c’est 50 fois plus !). Ils ont une obligation de résultat dans cette région, ailleurs c’est une obligation de moyens mais sans contrôle à posteriori. Le problème est que les eaux de source en montagne sont déjà en dehors des normes, alors il va être difficile de faire mieux.

Et les moutons, alors ?

Bonne question, quand on pense Nouvelle Zélande on voit des tas de moutons dans un décor bien vert.
Dépoussiérons un peu cette image d’Epinal. D’abord, le nombre de moutons a bien diminué, passant de 20 par habitant à « seulement » 8 par habitant, le cours de la laine ayant beaucoup chuté avec l’usage de plus en plus important du synthétique.


La production de viande demeure néanmoins très importante, ce qui explique que la quasi totalité des gigots d’agneaux surgelés vendus dans les supermarchés français viennent d’ici (Alors qu’on a en France de bons producteurs, encore faudrait-il que les consommateurs choisissent d’acheter local…).

Le Saigneur des Agneaux :

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Cinquante nuances de vert

Alors que la trilogie du Seigneur des Anneaux montre un pays extrêmement vert, des plaines aux montagnes, la réalité est différente: Sur la majeure partie de l’île du sud, ce n’est pas si vert que ça, c’est plutôt roussi et jauni, de l’herbe tout juste bonne à se faire brouter par les moutons.
Il n’y a que sur la côte ouest que les pluies sont abondantes car les nuages butent sur la chaîne alpine et se déversent allègrement. Mais comme c’est sur une bande relativement étroite, c’est joli pour le décor mais peu significatif pour l’agriculture.

Pourtant, vous avez vu sur nombre de nos photos de magnifiques paysages bien verts, et nous n’avons pas retouché les photos avec Photochoppe.

Histwares d’eau

Ce vert intense est dû à l’irrigation. Même quand il pleut, ils arrosent ! Et ça marche, l’herbe est superbe et c’est ce qui a permis depuis une quinzaine d’années de changer radicalement de production. Sur l’île du Sud, l’élevage bovin à pris la relève des moutons et ceux qui, comme François, ont démarré à ce moment là s’en félicitent.
Pour tout le milieu agricole ça à été un virage important à négocier, car les investissements ont été considérables pour installer des stations de pompage, des retenues d’eau, tout un réseau de pipelines, les rampes d’arrosage mobiles ou fixes, etc. Ça s’est fait sans aucune subvention, les agriculteurs ayant chacun des parts dans les installations communes. Certains n’ont pas voulu (ou pu) suivre ; on voit clairement lesquels, leur parcelles sont toutes sèches quand celles des voisins qui irriguent sont bien vertes.

 

Quant à savoir si cette révolution verte n’a que des cotés positifs, ce n’est pas certain. Bien sûr on peut penser à la consommation d’eau mais ça ne semble pas être un problème, l’irrigation ne consommant que 3,5% des eaux de surface disponibles. Par contre, l’utilisation accrue d’engrais pour une course au productivisme qui a fait d’énormes dommages ailleurs (Comme en Bretagne…) ne laisse pas indifférents nombre de Kiwis pour lesquels l’accessibilité d’une nature préservée a une grande importance et dont ils gardent le souvenir d’avoir pu se baigner ou pêcher, sans avoir à y réfléchir, dans la plupart des rivières du pays.

Du bio avant l’heure

Sans doute serait-il bon de se référer à la sagesse des Maoris, qui se perçoivent comme faisant partie de l’environnement et estiment que leur bien-être et leur santé dépendent de l’environnement et réciproquement.

Les premiers immigrants Maoris, issus de climats beaucoup plus chauds, ont dû adapter leurs méthodes horticoles rapidement pour survivre. Ils ont appris à modifier les sols pour une production sûre et efficace de patates douces et d’autres cultures.

En passant sur les plaines de Waimea près de Nelson, on apprend que plus de 400 hectares de sols ont été modifiés par l’ajout d’énormes quantités de cendres de bois et de centaines de mètres cubes de sable et de gravier, ceci dès le XIII° siècle. Ces anciens sites de jardins Maoris ont longtemps été reconnus comme les sols les plus fertiles sur ces plaines : Même après soixante ans de culture européenne, les agriculteurs des années 1920 qui étaient situés sur les «sols maoris» n’avaient besoin que d’une fraction du phosphate ajouté, de la potasse et de la chaux nécessaire sur les sols «naturels» voisins.

Et puis le « progrès » a pris le dessus…

 

9 Commentaires judicieux

  1. Surprenant ces histoires de vaches au pays du mouton. Mais cela saute aux yeux en traversant le pays : beaucoup de vaches, des troupeaux immenses. Sympa la vidéo du carrousel. Merci une fois de plus pour vos articles très documentés ! Bonne soirée, Bizz de Rotorua, AnnMary

  2. Thank you for your commentaries. Not all kiwis are that keen on the intensive dairy farming due the pollution they cause. It is good to see that the dairy industry is trying to clean up their act and reduce pollution, but more needs to be done. Looking forward to your next instalment.

  3. Oui oui Bernard! Il y a du chocolat derrière la vache Milka!!!! Parole de Suissesse !!!!
    Merci les cyclos de nous faire rire avec votre danse de la vache. Genial! Bonne suite

  4. Quand on ne mange pas de viande ni de produit laitier cette forme d’esclavache industriel qui semble aussi toucher les éleveurs finit par paraître anachronique;
    Il reste le cuir pour les chaussures que l’on échangerait en rien pour du plastique, les peignes en corne anti-statique, la bouse comme combustible pour faire chauffer les pâtes, etc… ; Après réflexion ces bestiaux sont quand même bien sympathiques.

    Très drôle les traitres qui se poussent au cul, pour faire avancer la traite ou plutôt la re-traite…
    Clip bien léché et même pas lait du tout ; on finit par trouver sabot.

    J’arrête là mon Raymond 2 veaux et les blagues à 2 balles (de foin) pour vous souhaiter de vachement belles randos…

  5. Intéressant ! Ca nous avait choqué aussi en passant devant ces fermes de bovins. … mais avec les explications c’est mieux ! Superbe vidéo en tout cas! J’ai bien rigolé !

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