PSUGLI : Les Aborigènes

Pour ce nouveau Petit SUpplément Gratuit Luxueusement Illustré, un sujet qui nous tient particulièrement à coeur. Ce n’est pas un thème facile, on ne peut pas l’aborder en quelques lignes, et il n’incite guère à l’optimisme, mais nous pensons qu’il a sa place sur ce blog. On ne fait pas que se dorer la pilule sur les plages ou s’éclater dans des paysages fabuleux, il y a ici des gens avec une histoire passionnante et tragique, parlons en.

C’est une très longue histoire, nous allons essayer d’en donner un aperçu. Lequel ne sera sans doute ni parfait ni objectif, mais c’est le fruit de nos lectures et constatations, ainsi que des témoignages que nous avons recueillis. Le reste  est une affaire de spécialistes, d’historiens, de travailleurs sociaux, de blancs, de colons, une histoire d’hommes, de femmes, d’enfants au pouvoir de résilience étonnamment puissant.

Le commencement

Les premiers habitants de l’Australie sont arrivés voilà quarante cinq mille ans (voire soixante mille ans selon les dernières recherches). Ils n’ont pu arriver à pieds, vu que l’Australie est une île depuis une centaine de millions d’année, alors comment ont ils fait ? Faute d’aéroport à l’époque, il est possible que ce soit sur des embarcations depuis l’archipel indonésien, mais rien n’est moins sûr ; ce qui est sûr en revanche, c’est le désintérêt général pour le peuple aborigène qui représente pourtant la plus ancienne culture encore existante. Alors que les premiers Aborigènes avaient maitrisé un langage, un sens de la coopération, des techniques et des systèmes d’organisation bien plus tôt que toute autre société humaine, ils n’attirent guère l’attention mondiale. Ah, s’ils avaient, comme les égyptiens et les Aztèques, construit des pyramides, ce serait tout autre chose ! (Par comparaison, Lascaux ne date que de 17 000 ans, et on fait tout un fromage).

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Mais non, ces gens là étaient des nomades chasseurs-cueilleurs, avec une connaissance inouïe de toutes les ressources de la nature, mais il leur manquait un sens du marketing qui aurait pu les conduire sur le devant de la scène à la tête de multinationales pétrolifères ou pharmaceutiques pour ne citer que celles là.
Voici en quels termes expéditifs le Larousse Encyclopédique évoquait le sujet dans le dernier tiers du XX° siècle : « Les Aborigènes ont évolué indépendamment de l’Ancien Monde, mais représentent une phase très primitive de l’évolution technique et économique ». Point. Autrement dit, circulez, y’a rien à voir.

Le temps du rêve

Chez les Aborigènes, le récit tient une place prépondérante dans la transmission du savoir : les histoires donnaient du sens à la vie et servaient à délivrer les messages des ancêtres spirituels. En outre, elles ont permis de définir les mœurs à respecter et rappellent aujourd’hui encore les événements passés. Bien que les croyances et les pratiques varient selon les régions et les langues, il existe une vision commune du monde, selon laquelle ce sont les ancêtres qui ont créé la terre, la mer et toute forme de vie. Ce mythe de la création est appelé Temps du Rêve ou Dreaming.

Par exemple, les Ningali Ngaliwurru et les Wardaman, deux peuples aborigènes du Nord, parlent d’un temps où le Rainbow Serpent a recouvert tout ce pays avec de l’eau.

Au commencement tout était sous l’eau. Mais l’eau s’est retirée et le Serpent est parti avec elle.
En s’en allant vers la grande mer, le Rainbow Serpent a provoqué d’énormes vagues, lesquelles ont modelé le paysage, formant de grandes colines et semant des tas de morceaux de grosses pierres un peu partout, laissant les falaises, vallées et rivières que nous voyons aujourd’hui.
Un nouveau Rainbow est venu après le départ du premier mais il ne restait seulement qu’un peu d’eau dans un trou d’eau, tout le reste était sous la terre.

Murrujurlman fait la pluie

Il fallait de la pluie pour remplir les rivières afin qu’il y ait de l’eau pour tout le monde. Ainsi Brolga, l’oiseau grue, a pris de l’eau du ciel dans un grand coolamon (un récipient en bois en forme de canoë) pendant que la petite grenouille Murrujurlman, celle qui creuse le sable de sa main gauche, a fait une lance avec l’herbe grasse qui pousse près de la rivière.
Ensuite elle a utilisé un propulseur pour lancer la lance, gamanggirr, sur le coolamon. Quand la lance a heurté le coolamon la pluie est tombée et a rempli les rivières.

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La sculpture des gorges

Le Python à tête noire et le Python des eaux ont découpé de grosses gorges et ont fait beaucoup de canaux, quand ils ont eu fini ils sont rentrés et ont dit au vieux Lighting (la foudre) : Voilà, toutes les rivières sont sèches et ont besoin d’être remplies. Il a répondu OK j’y vais,  je vais faire de la pluie et il a creusé un trou dans le sol.

Lightning a pris le boomerang et l’a lancé dans les airs où il a atteint les nuages, il y a eu un gros éclair,  le tonnerre a grondé et l’eau a commencé à descendre et comme il pleuvait et pleuvait, les flots sont arrivés.
Quand la pluie s’est arrêtée tous les trous d’eau étaient pleins.

Les Wardaman disent aussi que pendant un temps la terre était couverte par la mer, qui avait été apportée par le vieux Rainbow Serpent qui a disparu avec elle quand il a été harponné et que l’eau ne pouvait pas rester sur ce pays plat.

A cause des besoins en eau, Lighting (la foudre) demanda au Python a tête noire comment faire pour empêcher l’eau de partir. Le serpent à tête noire répondit : J’ai un bâton pour creuser ici, on peut faire quelque chose pour empêcher l’eau de partir. Juste avant que Lighting se mette à chanter pour faire de la pluie la petite sauterelle vint et lui dit « Quand tu chantes pour que le nuage se lève dans les airs, il va pleuvoir à un seul endroit, je connais une chanson, je peux faire un gros tourbillon pour répandre les nuages plus au loin, alors Lighting et Grasshoper ont chanté ensemble.

Comme ils chantaient, l’éclair est sorti de la bouche de Lighting et est parti dans les trous qu’il avait creusés.
Pendant que lighting chantait, la foudre s’est changée en pluie, laquelle s’est transformée en fumée puis est apparue dans le ciel et est devenue un nuage.
Comme il continuait à chanter, le nuage est devenu un gros nuage de pluie et la tornade que Grasshoper était en train de chanter est arrivée dans les airs, éparpillant le nuage au dessus de tout le pays.

Le vieux Python à tête noire est arrivé et a dit à Lighting « Tu as fais un bon travail, tu nous a donné toute l’eau. Regardes ce que j’ai fait, j’ai empêché l’eau de partir ». Et ils étaient contents ensemble, discutant de tout cela.

Le Rainbow Serpent sévit toujours

Depuis, chaque fois qu’il y a de grandes inondations, Rainbow s’en va et un autre arc-en-ciel vient prendre sa place. Cela se produit pendant les inondations parce qu’il a besoin de suffisamment d’eau pour voyager loin. Quand il fait sec, Rainbow reste profondément dans le sol, il est partout où il y a des sources et de l’eau permanente, il fournit l’eau dont toute vie dépend.

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Ainsi se termine l’histoire des Wardaman à propos de la création des rivières et de la formation de ce pays, mais beaucoup d’histoires de création se poursuivent dans le temps présent, les ancêtres créateurs continuant à y jouer un rôle important.

Selon les points de vues, ces croyances peuvent paraître naïves ou ridicules, mais elles ne le sont pas plus que croire que la terre a été créée en sept jours, adorer un dieu à tête d’éléphant ou s’abstenir de boulotter du saucisson. Elles sont au moins aussi respectables, d’autant plus que les Aborigènes n’ont jamais essayé de les imposer à qui que ce soit, eux.

Le début de la fin

C’est en 1770 que le lieutenant James Cook (il n’était alors pas capitaine) prend possession du territoire australien au nom de la Couronne britannique qui proclame celui-ci terra nullius, principe supprimé seulement en 1992 (Plus de deux siècles après, ils y auront mis le temps…). En clair, pour Albion, ce territoire est inoccupé, n’appartient à personne et peut donc être colonisé à volonté. Peu importe que pour les aborigènes, la terre, sacrée, soit «le noyau de toute spiritualité». Les indigènes sont donc à la fois spoliés de leur moyen de subsistance et de leur rapport au monde.

Cook a noté ses impressions sur les Aborigènes dans son journal : « En réalité ils sont bien plus heureux que nous les Européens… Ils vivent dans la tranquillité qui n’est pas troublée par l’inégalité de la condition. La terre et la mer leur fournissent toutes les choses nécessaires pour vivre… Ils vivent dans un climat agréable et ont un air très sain… ils n’ont aucune abondance. » puis « En fait, tout ce qu’ils semblent désirer, c’est de nous voir repartir« .

La résistance face à la colonisation

Les réactions des Aborigènes à l’arrivée soudaine des colons britanniques furent variées, mais inévitablement hostiles lorsque la présence des colons généra une compétition pour des ressources naturelles vitales et l’occupation par les Britanniques de terres aborigènes.

Les maladies européennes tuèrent des Aborigènes en grand nombre et l’occupation de terres, accompagnée de l’accaparement ou de la destruction de ressources alimentaires, provoqua des famines. Quand les maladies ne « suffisaient » pas, les colons n’hésitaient pas à recourir à des moyens radicaux, par exemple en fournissant aux Aborigènes des couvertures infestées par la variole, ou en empoisonnant leurs sources d’eau. En un siècle, 90 % de la population aborigène a disparu…

En 1847, le barrister E.W. Landor déclara : « Nous nous sommes emparés de ce pays, nous avons abattu ses habitants, jusqu’à ce que les survivants aient jugé sage de se soumettre à notre autorité. Nous nous sommes comportés tel Jules César lorsqu’il prit possession de la Grande Bretagne. ».

Un colon explique : « Nous sommes en guerre contre eux ; ils nous considèrent comme des ennemis – des envahisseurs ; ils considèrent que nous les opprimons et que nous les persécutons ; ils résistent à notre invasion. Ils n’ont jamais été vaincus, et donc ils ne sont pas des sujets en rébellion, mais une nation injuriée, et ils défendent, à leur manière, les possessions qui sont les leurs de droit et qui leur ont été arrachées par la force. »

Massacres

En 1838, pour la première fois des coupables européens ont été jugés et pendus

Le 10 Juin: 28 personnes tuées à Myall Creek près de Inverell, Nouvelle-Galles du Sud. Ce fut le premier massacre autochtone pour lequel les colons européens ont été jugés. Onze hommes étaient accusés d’avoir assassiné les 28 personnes, mais ont été acquittés. Un nouveau procès a eu lieu et les sept hommes ont été accusés de l’assassinat d’un enfant autochtone suite à des témoignages formels. Ils ont été reconnus coupables et pendus.

Malgré tout à la suite de cette exécution les colons envahisseurs ont été plus malins et ont fait leur «chasse» humaine plus tactiquement, en utilisant un code de silence et la dilution lente du temps pour cacher leur mal.

L’asservissement

Certains anglais étaient dotés d’une certaine conscience humanitaire, mais les éleveurs qui se sont installés dans l’intérieur du pays ont souvent fait preuve de cruauté et ont exploité à outrance cette main d’oeuvre à bon marché. Et pour cause, puisque les Aborigènes n’étaient pas payés, tout juste logés (dans des conditions sommaires) et nourris (parfois partiellement seulement, ils devaient se débrouiller pour trouver le reste). Ils n’avaient pas le droit de quitter les stations, sous peine de prison où ils étaient enchainés. Parmi les mauvais traitements, celui qui consistait à détenir des Aborigènes sans leur donner à boire, puis les relâcher et les suivre jusqu’au point d’eau qu’ils savaient où trouver grâce à leur connaissance du milieu, ce qui permettait ensuite d’exploiter ce point d’eau pour le bétail. Sans compter les massacres de groupes entiers, hommes femmes et enfants, systématiquement impunis ; les rares jugements étaient toujours en faveur des blancs, à tel point que les autorités judiciaires ont fini par décider que ce n’était pas la peine d’amener les Aborigènes devant un tribunal, un véritable encouragement à la « justice » populaire.

Quand la loi a fini pas évoluer et exiger que les Aborigènes soient payés pour leur travail, certains éleveurs les ont chassés de leurs stations. Beaucoup ont été confinés dans des réserves sur les terres les plus pauvres. Bien sûr les Aborigènes qui étaient correctement traités préféraient rester dans les stations et continuer de vivre sur leurs terres ancestrales que d’en être éloignés de plusieurs centaines de kilomètres, loin de leur tribu.

Fait révélateur : Les Aborigènes n’ont été inclus dans le recensement qu’à partir de 1967, auparavant ils ne comptaient pas. Sauf quand une station était vendue, la question qui revenait alors systématiquement était « Combien de noirs ?« …

Emprisonnement

Un des nombreux exemple du sort réservé aux Aborigènes se retrouve dans l’histoire des prisonniers de Derby (Dans le nord-ouest) de 1905 à 1954.

Le chef du protector était le gardien légal de tous les enfants aborigènes. La police devait retirer les enfants des familles. En 1910, 2 enfants de la tribu Nyikina avaient été enlevés et enfermés à la prison avant d’être emmenés vers une Mission.
Témoignage : C’est là que ma mère et ma tante avaient été enfermées. Ma grand mère travaillait pour Kuan Sing au lavage et repassage du linge. La carriole et les chevaux de la police sont arrivés avec des pisteurs aborigènes et deux policiers, ils ont appelés dans leur langue ceux qui voulaient venir faire une balade. un petit garçon s’est caché mais les filles n’ont pas compris ce que voulait dire « balade ». Elles ont toutes été emmenées pour toujours.  Depuis la prison on entendait la voix de ma grand mère, mais les enfants ne pouvaient pas répondre. Maman dit que la dernière chose dont elle se souvient c’est qu’ils ont été mis dans le train et envoyés vers la jetée. Ma grand mère est allée à la jetée mais il était trop tard (les enfants ont étés embarqués sur un bateau).

L’Aborigen Act, censé les « protéger » leur interdisait de se marier, de travailler pour des asiatiques, d’entrer dans une zone qui leur était interdite, sortir du Kimberley, vendre ou acheter une propriété, posséder une licence de mine, posséder une arme, quitter un employeur, entrer dans un hôtel.

Des traqueurs aborigènes et la police étaient placés sur les nouvelles frontières près du Mont Barnett  pour protéger les éleveurs et leur bétail. En 1905 un rapport de police : « Suite à un raid sur un camp, un grand nombre sont partis si j’en juge par le nombre de lits où ils ont dormi, environ 80 et encore plus de femmes. Ils ont occupé le camp et ont fuit la patrouille, sont partis dans les rochers se cacher et les traqueurs les ont poursuivis pour essayer de les faire revenir, jusqu’à ce que les aborigènes se rendent aux traqueurs. Je n’ai pas pu les accompagner parce que j’en avais déjà arrêté 8 ».

Les objets qui devenaient des échanges de biens volés étaient souvent des bandes de tissus, des clous et des morceaux de fils, des boites de tabac, des queues de vaches tressées pour faire des sacs et des outils pris dans des stations égaient échangés entre les groupes ; par conséquent de plus en plus de personnes étaient emprisonnées, accusées de vols à la prison de Derby.

Les conditions de (sur)vie dans la prison :

Il y avait un tonneau pour les toilettes caché par une couverture. Nous essayons d’y accéder en escaladant des corps sur le sol. Il n’y avait pas de matelas . Je me souviens de l’odeur et des immondices. La prison était prévue pour 30 personnes et en contenait 61 en 1907. Les prisonniers étaient attachés par des chaines au cou et menottés à des anneaux au sol. Ils dormaient sur le béton et en hiver parfois il n’y avait qu’une seule couverture pour se protéger du vent et de la fraicheur du sol. Les couvertures et les vêtements n’étaient jamais lavés et les cellules manquaient de toute sorte d’installation sanitaires ce qui engendrait de sérieux problèmes sanitaires.

Une épidémie de grippe a fait 1 mort parmi les prisonniers et a provoqué une enquête sur les conditions de vie ; aucune amélioration n’a eu lieu. En 1926  les installations sanitaires comprenaient : 1 gamelle en guise de vase de nuit et des gouttières qui envoyaient l’urine dans des bidons. En 1950 une tempête a emporté le toit de la prison et a enfin permis des améliorations sanitaires pour les prisonniers.

A cette époque les institutions gouvernementales et les Missions religieuses ont commencé à fermer, forçant des centaines d’Aborigènes à aller dans des réserves. En 1960 une autre vague de fermiers sont arrivés en ville après l’introduction de la sécurité sociale et la scolarité des enfants. Le taux d’emprisonnement a augmenté alors que la police essayait de gérer les conditions de vie dans les réserves.
En 1959 il y avait 26 hommes et 3 femmes emprisonnés dans la geôle de Derby, en 1960 il y avait 109 hommes et femmes. Finalement les autorités ont fermé la geôle en 1975 !

Les Générations volées

D’une manière générale, la discrimination et la marginalisation des autochtones se sont poursuivies jusqu’à nos jours. Au XXe siècle, les «massacres généralisés» et l’asservissement laissent la place à un autre sombre épisode de l’histoire australienne : les«générations volées», entre 1901 et 1969. Pendant cette période, «sur ordre du gouvernement», on estime à environ 100 000 le nombre d’enfants qui ont été ainsi enlevés. Une agence gouvernementale cyniquement nommée “Commission de protection des Aborigènes”, créée pour gérer cette politique d’enlèvements, avait le pouvoir de retirer les enfants sans l’accord de la famille ni décision de justice, pour en faire ‘de bons petits Australiens’. Les autorités, l’Église et les organismes sociaux ont tous pris part aux enlèvements forcés. Dans beaucoup d’institutions où les enfants étaient placés, les agressions physiques, et notamment sexuelles, et d’autres cruautés étaient courantes. Aujourd’hui, de nombreuses victimes conservent des traumatismes liés à leur enfance.

D’autres, cependant, ont eu une enfance heureuse.
« Des gens ont été volés, des gens ont été sauvés ; des gens ont été amenés dans des chaînes, des gens ont été apportés par leurs parents ; des enfants aborigènes métissés de sang blanc étaient en danger dans leur tribu, d’autres étaient aimés et traités comme leurs propres enfants ; des gens étaient en danger chez les blancs, des gens ont été protégés par des blancs. Les motivations et les actions des blancs impliqués dans cette histoire « gouvernementaux et missionnaires » ont été diverses, allant de la cruauté à l’affection, du mépris à l’amour, de la bonne intention à la mauvaise. »

Lorsque nous étions au festival de Beswick, une artiste aborigène vivant à Sydney, accompagnée d’une musicienne, a présenté sa soeur retrouvée depuis peu après plus de 50 ans de séparation. Ceci effet grâce à un homme qui avait remarqué la similitude des visages. Sa soeur vivait à Cairns , et aucune des deux soeurs ne savait que l’autre existait.

Aujourd’hui

Les aborigènes sont aujourd’hui moins d’un demi-million (sur 22 millions d’habitants). Pour autant, cette minorité, opprimée depuis l’arrivée des Européens il y a deux siècles, reste de nos jours paria dans son propre pays. Même si des progrès ont été accomplis ces dernières années.

«Nous nous excusons pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé à nos concitoyens australiens (aborigènes) une profonde peine, une profonde souffrance et de grandes pertes». En 2008, le premier ministre prononçait un discours au parlement de Canberra pour «supprimer une grande tache de l’âme de la Nation». Une étape importante, «historique» pour certains, de la reconnaissance de la communauté autochtone.

S’ensuivit un projet de référendum national pour l’introduction dans la Constitution d’un paragraphe sur la reconnaissance des autochtones (Il s’agirait notamment de supprimer deux articles justifiant la ségrégation), mais il ne verra jamais le jour, au prétexte que l’opinion australienne n’est pas prête. Le sentiment d’une «supériorité» coloniale, avec son cortège de brimades et de persécutions n’a pas tout à fait disparu…

On peut vous assurer que certains « blancs » australiens sont carrément racistes vis à vis de cette population autochtone, « On devrait tous les tuer, éradiquer tout ça ! » nous a déclaré un fort gentil australien à Port Macquarie, il était convaincu que le gouvernement devrait arrêter de « transfuser cette population avec nos impôts ».

Aujourd’hui, globalement, malgré les excuses et les reconnaissances officielles, de nombreux aborigènes australiens continuent à vivre en marge de la société. Avec toutes les conséquences que cela représente pour leur communauté, particulièrement touchée par la délinquance, l’alcoolisme, la drogue, le chômage, des problèmes de diabète dus à une mauvaise alimentation, un faible degré d’instruction et le suicide. Conséquence : l’espérance de vie des Australiens blancs dépasse de 17 ans celle des autochtones. 25% des personnes détenues dans les prisons du pays sont d’origine autochtone, un pourcentage qui s’élève à 60% dans les prisons pour jeunes.

Et ça continue !

Établie en Australie depuis 40 000 ans, la population aborigène est aujourd’hui très touchée par le chômage et l’alcoolisme.
Tony Abbott, premier ministre australien libéral conservateur, souhaite fermer une centaine de villages aborigènes. Ils coûteraient trop cher au contribuable. Cette prise de position suscite de vives critiques. En proie à l’analphabétisme, au chômage et à l’alcoolisme, cette minorité défavorisée est très dépendante de la solidarité nationale.

Les Aborigènes, présents sur le territoire depuis au moins 40’000 ans, vivent aujourd’hui dans des régions isolées, loin des grandes agglomérations et des pôles d’activité économique, dans des conditions souvent misérables.

Or le premier ministre Tony Abbott estime que ces affres induisent un coût social et financier de moins en moins supportable pour les contribuables australiens, récemment contraints à de gros sacrifices pour maintenir à flot le budget de l’Etat.

Les contribuables, a plaidé M. Abbott dans une interview à la télévision publique ABC, acquittent leurs impôts « pour fournir des services décents » à condition que leur sacrifice soit tout aussi « décent ». « Nous ne pouvons pas éternellement subventionner des choix de vie si ces choix de vie ne permettent pas (à leurs bénéficiaires) de participer pleinement à la société australienne », a-t-il ajouté.

Le dirigeant libéral conservateur propose donc de fermer plus d’une centaine de villages aborigènes dans l’Etat d’Australie-Occidentale si les services publics de base ne peuvent y être garantis sans une dépense qu’il juge excessive. Son principal conseiller aux affaires indigènes, Warren Mundine, un ancien responsable travailliste, s’est dit abasourdi mercredi. « Ces gens vivent sur leurs terres originelles (…). Il s’agit de leur vie, de leur essence même, de leur culture même », a-t-il rappelé.

Lors de l’arrivée des colons européens en Australie en 1788, les Aborigènes étaient environ un million. Ils ne représentent plus aujourd’hui que 470 000 des 23 millions d’habitants du pays.

Témoignages

Nous avons pu, grâce à Diane la ranger, Stéphanie l’institutrice et bien d’autres, recueillir les témoignages de personnes qui travaillent auprès des Aborigènes et nous ont fait part des difficultés rencontrées.

Le problème est si complexe qu’il n’y a sans doute hélas aucune bonne solution même si la bonne volonté ne manque pas. Ainsi, attribuer un revenu fixe à chaque Aborigène n’est sans doute pas le meilleur moyen d’inciter à se former et chercher un travail, mais il n’y a de toute manière aucun espoir de trouver un travail dans les communautés. De même, regrouper les clans afin de leur permettre de bénéficier des services d’éducation et de santé semble rationnel, mais conduit à des violences entre gens qui n’avaient nulle vocation à vivre ensemble et parfois ne parlent pas la même langue, et ne sont de toute manière pas adaptés à une vie sédentaire.

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La santé

Du côté alimentaire, c’est souvent catastrophique, l’alcool, le sucre et les graisses font des ravages sur des organismes qui n’y sont génétiquement pas adaptés ; passer d’un régime de semi pénurie à une abondance de produits industriels conduit au diabète, maladies cardio-vasculaires et autres joyeusetés de nos sociétés. Les messages sanitaires de base semblent bien peu efficaces, il est tellement plus attractif de choisir les produits les plus gras et sucrés…

L’école

Du coté éducatif, ce n’est pas évident non plus. Les enfants viennent en classe quand ils en ont envie, certains sont assidus, d’autres ne sont jamais là. Ou alors juste aux moments où ça les intéresse (le petit-déjeuner par exemple), quand ils ne passent pas leur matinée à dormir dans un coin de la classe. Lorsqu’il y a des obsèques, les familles concernées partent toutes, parfois loin, l’absence des enfants en classe peut atteindre un mois. Les parents ne les obligent pas à aller en classe, ça n’est pas dans leur culture. Des messages d’encouragements à l’intention des parents  sont affichés dans les administrations, les incitant à envoyer leurs enfants à l’école.
Les autorités savent mettre les moyens, avec des bâtiments scolaires bien adaptés et des budgets de fonctionnement suffisants, mais c’est surtout sur les enseignants que repose la délicate tâche de s’adapter à ces contraintes locales si particulières. Avec quatre niveaux par classe, il n’y a certes pas de quoi s’ennuyer, surtout que pour certains élèves il faut faire preuve d’une sacrée imagination pour les motiver.

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Et en Tasmanie ?

Les Aborigènes de Tasmanie se retrouvèrent isolés du continent par la montée de la mer, consécutive à la dernière glaciation. D’où leurs langues et leurs cultures différentes de celles des autres peuples. Hélas leur sort n’a pas été plus enviable avec l’arrivée des Européens, et même pire puisque que le résultat a été sans appel : 100% de la population aborigène a été exterminée !

L’histoire de Truganini est révélatrice de la situation :

Truganini est probablement la plus connue des femmes autochtones de Tasmanie de l'ère coloniale. Au moment où elle a appris à collecter des aliments et à fabriquer des colliers de coquillages, la présence coloniale est devenue non seulement intrusive mais dangereuse. Elle avait vécu et vu des violences, des viols et des brutalités infligés à son peuple. À l'âge de 17 ans, elle avait perdu sa mère, sa sœur, son oncle et son éventuel partenaire de violents incidents impliquant des marins, des chasseurs de phoque, des soldats et des coupeurs de bois. À cette époque, en 1829, la guerre noire était en cours et Truganini a été détenu à la station Missionary Bay sur l'île Bruny. Placée sous la garde d'Augustus Robinson, un conciliateur soutenu par le gouvernement qui a entrepris de capturer tous les Aborigènes de Tasmanie vivant indépendamment, elle est restée pour le reste de sa vie sous la supervision d'officiers coloniaux. Elle a passé 20 ans en prison avec d'autres Tasmaniens autochtones sur l'île Flinders et 17 autres dans le camp d'Oyster Cove au sud d'Hobart.

Lorsque le nombre de Tasmaniens autochtones détenus a chuté en dessous de 20 en 1854, on a constaté de plus en plus que les Tasmaniens étaient un groupe humain unique, distinctement différent des Aborigènes d'Australie continentale. Bientôt cet intérêt s'est étendu au-delà des peintures et des photographies. Les scientifiques et les entrepreneurs ont tenté d'obtenir des corps humains pour la recherche et les expositions. Du point de vue de ses croyances et de sa spiritualité autochtone, Truganini craignait qu'à son décès, son corps soit coupé en morceaux à des fins scientifiques ou pseudo-scientifiques, comme cela avait déjà été le cas d'un autre Tasmanien autochtone. Elle craignait aussi que ses restes ne soient exposés dans un musée pour le public. Malgré ses supplications, son corps a été emmené au Musée de Hobart et exposé jusqu'en 1947, date à laquelle, après des manifestations publiques et indigènes, il a été enfermé dans les magasins du Musée.
En 1976, pour le centenaire de sa mort, malgré les objections du muséum - qui mettait en avant l'intérêt de la science - son squelette fut incinéré et ses cendres jetées à la mer dans le détroit d'Entrecasteaux près du lieu où elle naquit, selon ses dernières volontés.

5 Commentaires judicieux

  1. Bonjour
    Pour ce qui me concerne je trouve que c’est un beau témoignage..Ce sujet particulier sur les Aborigènes l’Australie j’y suis sensibilisé depuis mon adolescence ..A cette époque je voulais être Ethnologue et ou reporter pour témoigner des civilisations perdues ou en voie de disparition!
    Mais la vie m’a entraînée sur d’autres chemins!!!
    Pour revenir à votre récit,sur un sujet difficile je ne peux que vous féliciter sur la recherche et le contenu en toute objectivité.
    Bravo ..

  2. quelle que soit sa couleur, sa religion, l’homme se comporte comme un loup pour les autres quand il décide d’occuper un pays. Ce n’est hélas toujours pas compris! merci pour ce témoignage très prenant. En Suisse on a enlevé les enfants des gitans ou des familles jugées incapables d’éducation et on les a placé dans des familles qui souvent les ont exploités jusqu’à nos jours! Et il parait que nous étions civilisés!!!! Actuellement on leur offre un dédommagement pécunier mais on leur a volé leur enfance.!

  3. La colonisation a malheureusement été trop souvent barbare, pour employer le vocable qui les plaçait à l’époque dans cette catégorie. Mais si l’on peut dire, j’ai beaucoup aimé la déclaration du capitaine Cook qui classait les aborigènes comme des homme heureux, égalitaires, et vivant de peu de chose. L’inverse de nos théories actuelles du toujours plus, loin, vite, haut etc…
    Vive la sobriété, (et l’égalité inscrite aux frontons de nos mairies).
    Michel

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