Un tour chez les Mormons

Salt Lake City est la première grande ville que nous abordons aux États Unis, ça change de nos petites bourgades de montagne ou de campagne. Changement de paysages, changement d’ambiance, on est bien dans le même pays mais la diversité est grande.


La Denver & Rio Grande Western Rail Trail 

Nous appréhendons un peu notre arrivée sur Salt Lake City car Tod et Amy, de Bozeman, nous avaient prévenus que c’était galère d’arriver sur SLC à vélo. Fort heureusement le gentil GPS et le brillantissime Joël nous ont dégotté une petite merveille. Une ancienne ligne de chemin de fer de 24 miles (39 km) qui nous offre de l’ombre, de jolies vues, des petits villages traversés, on ne s’y ennuie pas. La rivière Jordan serpente joliment et coule de beaux jours parfois en zone totalement inhabitée, parfois rurale ou urbanisée, c’est selon et nous aussi on se la coule douce : c’est plat !

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Nous arrivons un vendredi soir dans les faubourgs de la ville et ç’est juste un peu galère de trouver un endroit où dormir. Le premier camping ne reçoit pas de campeurs sous tentes parce qu’ils ne peuvent pas couper les jets d’eau qui arrosent les pelouses. En voilà une excuse valable…. Le second camping  10kms plus loin, est plein comme un oeuf, enfin un oeuf américain, on aurait pu éventuellement chercher à partager un emplacement mais vu la foule on a préféré s’en aller. Difficile de trouver un coin discret où piquer sa tente, nous ne sommes pas à Taiwan ou au Japon… Les 2 motels suivants, bien qu’un peu miteux d’aspect, sont full…. Oh, oh, où c’est qu’on va dormir ce soir ? Sur un parking ? Une connexion et une demi-heure plus tard on découvre une chambre tout près de l’aéroport, ca dépasse notre budget mais pour une fois, tant pis on aura une grande chambre avec deux grands lits, on pourrait y loger à six (européens, pas américains…), une bonne douche, une lessive et une reconversion de la chambre en dryer (sèche-linge), voilà de quoi nous ressourcer ; de plus il y a une dégustation de vin à l’accueil… C’est qui qui est contente ?

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Salt Lake City

La ville a été fondée au XVIIIe siècle par des pionniers de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, couramment appelés mormons, conduits par leur chef d’alors, Brigham Young. Elle est le siège mondial de l’Église, en quelque sorte le Vatican local, les cardinaux et les gardes suisses en moins.

Capitale de l’État de l’Utah, Salt Lake City abrite 200 000 habitants dans la ville, mais la zone métropolitaine totalise une population de plus d’un million d’habitants.

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Selon nous, quatre qualificatifs caractérisent cette ville : Carrée, propre, riche et sage.

  • Carrée : La majorité des rues de la ville sont dénommées en fonction de leur localisation par rapport au temple mormon de Temple Square. La rue située immédiatement au sud du temple s’appelle South Temple Street. La suivante se nomme 100 South et ainsi de suite. Le même principe vaut pour les trois autres points cardinaux. Ainsi l’intersection située à deux blocs de maisons à l’est et trois blocs au sud de Temple Square prend pour nom 200 East 300 South. C’est d’autant plus logique que les rues sont organisées selon un strict quadrillage, tout est à angles droits, pas de fantaisie sinueuse intempestive. Mais ceci est valable pour la plupart des villes américaines.
  • Propre : Tout est nickel-chrome, on se croirait presque en Suisse, c’est tout dire… et puis pas question de garer son vélo n’importe où, on se fait réprimander !
  • Riche : Les bâtiments mormons, et ils sont légions, sont d’un luxe certain sans être ostentatoires pour autant. Matériaux de qualité, décors cossus, ils ne font pas dans la pacotille, on n’est pas à Las Vegas.
  • Sage: On arrive un dimanche, quasiment tout est fermé, pas facile de trouver un resto pour dîner. D’après les affiches il y a une offre culturelle variée mais probablement pas très débridée, faut pas exagérer. Bon ceci dit nous n’y sommes pas restés suffisamment longtemps pour découvrir la vie artistique ou nocturne qui semble pourtant bien animée.

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Juste en face du temple se trouve le Conference Center, un bâtiment incroyable :

D’une surface de 130 000 m2, il contient 21 000 sièges sur trois niveaux, ceci sans aucun pilier. Ce serait la plus grande salle de ce type au monde et c’est bluffant à visiter. On se croirait dans une gigantesque soucoupe volante, avec au centre un orgue à l’échelle du reste puisqu’il comporte 7 600 tuyaux (Après tout pourquoi n’y aurait-il pas un orgue dans une soucoupe volante, les martiens aussi peuvent aimer la musique…).

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Au dernier étage du bâtiment on peut visiter un immense jardin fleuri, arboré, fontaines, sentiers avec une vue imprenable sur la ville. On ne se croirait pas au sommet d’une construction. Du gigantisme absolument bien pensé et de bon goût. Nous sommes accompagné par un guide mormon, un monsieur charmant, bénévole à la retraite qui n’est pas avare d’explications.

Ou sont nos vélos pendant ce temps là ? Comme d’habitude quand nous arrivons en ville, nous les laissons sous une protection providentielle. Partant du principe qu’il faudrait être sacrément motivé pour faucher deux vélos couchés , cadenassés, sur lesquels sèchent des T-shirts et une serviette, nous retirons simplement nos deux sacs à dos avec nos biens les plus précieux à savoir : passeports, caméras, ordi et tablette, cartes bancaires, road book, Petit Chat et Popple (qui nous suivent où que nous allions). Jusqu’à ce jour nous n’avons eu aucune déconvenue. Quand nous revenons il y a des curieux autour qui se demandent où sont les moteurs et comment on peut tenir la dessus ? On a l’habitude et on se plie avec plaisir aux explications et parfois même aux essais.

Sur la Main Street, juste en face de l’arrêt de tramway se cache un établissement un peu plus modeste, la boulangerie française « Eva’s Bakery » qui a eu nos faveurs, leurs kouign-amann sont très réussis (Si vous ne savez pas ce qu’est un kouign-amann, c’est que vous n’êtes pas bretons, vous ne savez pas ce que vous ratez !).

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À un moment donné dans les années 1970, Salt Lake City pouvait se vanter de 10 bars gays ou lesbiennes. Maintenant, il n’y en a plus que deux : le Sun Trapp et le Club Try-Angles.
Depuis plus d’un siècle et demi les électeurs de l’Utah plébiscitent les Républicains, Donald Trump y a obtenu 45% des voix contre 27% pour Hillary Clinton, il n’y a pas photo. A Salt Lake City, cependant, les Démocrates sont majoritaires comme dans de nombreuses grandes villes. 

 

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Au Salt Lake County Center for the Arts, un ensemble de 150 panneaux routiers contradictoires a été installé pour devenir le lieu iconique où il faut être pour se prendre en photo (Ce que nous avons fait, comme vous le voyez). L’inscription « You Are Here » n’est lisible que lorsqu’on est bien dans l’axe, c’est astucieusement fait. 

Le perchoir

Sur la recommandation de Steve, notre dernier WarmShower de Logan, nous sommes hébergés chez Gail et Beth, deux soeurs qui habitent un quartier ancien fort sympathique, on se croirait dans un village. Les rues ne font pas une largeur démesurée, les maisons sont de taille raisonnable, les terrains ne se mesurent pas en hectares, il y a des gens à déambuler à pieds dans les rues, des commerces de proximité, ça change agréablement des banlieues interminables traversées ces deux derniers jours.

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Ruth, la maman est là aussi, bon pied bon oeil, on aimerait être en aussi bonne forme à 99 ans. Gail, handicapée par une maladie dégénérative, estime être chanceuse d’avoir eu une vie passionnante, ayant bien bourlingué de par le monde et accompli des exploits, notamment en alpinisme et marathon. Elle a consacré sa vie à la défense des droits civils et à la cause anti-nucléaire. Beth, quant à elle, a traversé l’Atlantique sur un voilier de moins de 10 mètres dans les années 60 et s’apprête à nouveau à partir vers le grand nord. De sacrées nanas ces deux là !

Nous allons installer notre couchage sur une plateforme qui surplombe le jardin comme un grand perchoir, on est bien sous le grand arbre qui nous protège de son ombre, pas besoin de tente et en plus le gros toutou qui perd ses poils ne va pas incommoder Joël.

Au fil de l’eau

Nous quittons Salt Lake comme nous y sommes arrivés, en longeant une « petite rivière » la Jordan river,  qui nous évite les grosses routes bruyantes. Qu’est-ce qu’elle est sinueuse, cette rivière ! On doit faire le double de distance par rapport à la route, mais c’est charmant. Nous sommes sommes sur la Jordan River Trail.
Nous croisons de drôles de véhicules à pédales, comme quoi nous ne sommes pas les seuls farfelus à circuler dans le coin.

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Les bourgs de Taylorville, West Jordan, South Jordan (pas compliqué pour baptiser les patelins par ici) Riverton, Bluffdale (ca c’est plus typique !) Petit à petit la banlieue s’éclaircit, place aux grandes étendues, toujours près de notre rivière puis, après de belles montées, une autre plus conséquente et aux eaux d’une couleur curieuse.

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Nous nous retrouvons dans un paysage très sec et jaune paille. La montagne aux alentours est travaillée aux bulldozers et la ville de Lehi au loin se dessine minérale et peu accueillante. Toutefois on aura le plaisir de voir au milieu de cette aridité des greens parfaitement verts et bien tondus pour les adeptes de golf.

Mais les endroits que l’on traverse ne sont pas toujours merveilleux, loin s’en faut, ainsi cette vallée très industrielle au fond de laquelle passe la voie de chemin de fer. Nous la surplombons en passant par des chemins escarpés aux pentes parfois trop abruptes, sous un soleil de plomb, pour le coup ce n’est pas facile et nous sommes bien contents quand on retrouve le goudron.

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Il y a une petite séance de « ras-le-bol » dans l’air, mais rien de méchant ni de durable, on vous fait grâce de la vidéo, une photo suffira. Nous sommes accueillis en arrivant à Lehi par un fort vent de face sous forme de bourrasques chargé de poussière en provenance des carrières  et qui nous oblige à mettre pied à terre. Par précausion nous retirons nos « chapeaux-casquette » qui sont arrachés par le vent. On s’engouffre dans le premier café aperçu et on passe au robinet d’eau fraiche nos bras et nos trombines ensablés.

Quand nous repartons c’est le vent dans le dos, alors on en profite à fond les manettes jusqu’au camping  de Willow. On se croirait dans le bush australien, c’est immense, dépouillé, poussiéreux, quelques bosquets d’arbres qui vont nous permettre de se mettre à l’abri du vent qui ne nous facilite pas la tâche pour monter la tente (pas de photo, c’était trop scabreux !). On trouve la cabane sanitaires et on se décrasse à nouveau, ce qui est en fait inutile puisqu’on sera de nouveau couverts de poussière à la prochaine bourrasque ! Nous aurons des voisins en fin de journée, ouf on se croyait esseulés et perdus içi dans cette immensité sableuse. C’est soir du 3 juillet et les feux d’artifices individuels vont se mettre à pétarader chacun leur tour autour des quartiers qui ne sont pas si loin finalement.

Nous sommes à 40 bornes de Provo, nous avons appris qu’il y a une parade importante à partir de 9h00 du matin dans cette ville. Alors on se lève à 4h30, à 6h on est fins prêts, il fait jour depuis 1 heure, il fait frais, c’est agréable. Nous allons traverser les quartiers résidentiels, tout le mode dort encore. Les maison affichent drapeaux et autres cocardes pour l’occasion. Puis ce sera une grande zone artisanale et enfin une petite route pour éviter la 89 où la circulation commence à devenir importante  (ça file vers Provo).

En arrivant en ville on ne peut ignorer que nous sommes le 4 juillet, jour de la fête de l’indépendance. Les drapeaux étoilés sont partout, encore plus que d’habitude.

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La parade

Comme on s’est levés tôt et qu’on a bien calculé le temps de trajet, nous arrivons au centre de Provo pile poil au à l’heure du début de la parade. Le temps de caser les vélos, sortir nos petits sièges et le show commence :

Il y a un monde fou amassé tout au long de l’avenue, l’événement est visiblement très populaire. Des gens ont dormi sur place pour avoir un bon emplacement, amenant barnums, fauteuils et glacières ; tout ça alors qu’il suffit d’arriver à vélo à la dernière minute et se placer au premier rang.

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La parade se déroule dans la joie et la bonne humeur, les véhicules anciens cèdent le pas à des chars richement décorés, voire même un peu kitch.

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D’énormes personnages gonflables remportent un certain succès (la foule en redemande), un chevalier en armure surprend un peu dans ce pays où l’histoire commence il y a moins de deux siècles, peu importe, tout le monde est content.

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Du coté des groupes de musique, c’est impressionnant : Les costumes sont superbes, tout est visiblement très au point, on se demande comment une ville de cette taille peut comporter autant de groupes, la Brigham Young University y est sans doute pour beaucoup.

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Le défilé dure près de deux heures sans coupures, ça fait un sacré paquet de monde à s’être costumés et avoir répété longuement. Il y a même les missionnaires mormons qui défilent, et ils sont nombreux, ainsi que les anciens, le croque-morts et le shérif, tout le folklore. Des magnifiques chevaux aux crinières étonnamment luisantes et bien peignées marchent au pas, ils ont fière allure.

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Petit Chat a beaucoup apprécié la parade, d’ailleurs il arbore fièrement la devise « Que Dieu bénisse l’Amérique », laquelle est d’ailleurs assez curieuse puisque la séparation entre l’église et l’Etat est établie par le premier amendement de la Constitution américaine, excluant l’Etat religieux. En tout cas nous y avons passé un moment fort agréable et c’est bien plus drôle que notre défilé militaire du 14 juillet.

 

Provo (cation)

Nous avons élu domicile dans un motel miteux et un peu crado, qui a toutefois l’avantage d’être en plein centre-ville et pas trop cher. Pour une nuit ça fera l’affaire, on n’a pas l’intention de s’y éterniser même si c’est tout près du temple local qui a l’éternité comme vocation.

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La ville est plaisante à visiter, pas bien grande mais avec de beaux édifices, curieusement ce n’est pas du tout le même style qu’à Salt Lake City qui n’est pourtant pas bien loin. L’ambiance est plus conviviale, les rues sont animées même le soir, les gens flânent, on aime bien.

Un problème de taille

En 2016, près de 40% des adultes étaient obèses aux Etats-Unis (ça ne s’est pas arrangé depuis). Une nette augmentation en moins de 10 ans. En 2008, ce chiffre était en effet de 32%. Même constat chez les jeunes de moins de 19 ans, avec 18% d’obésité. Mais l’augmentation la plus nette concerne les enfants américains âgés de 2 à 5 ans : 10% d’entre eux étaient obèses en 2008 et près de 14% l’étaient en 2016 (Ils pourront remercier leurs parents plus tard).

Mais dans le même temps les ventes de fast-food ont grimpé de plus de 22% ces cinq dernières années aux Etats-Unis, Mac Do et les autres fournisseurs de mal bouffe sont ravis, mais comme ça ne leur suffit pas ils essaient de faire changer la loi qui oblige les industriels à afficher le pouvoir calorique des aliments.

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Non seulement c’est un problème de santé publique, mais ce sont surtout autant de personnes qui vont souffrir de diabète, cancer et autres maux, et dont l’espérance de vie est réduite. Il est surprenant que ceci concerne également les mormons, dont c’est ici le fief, même s’ils sont moins touchés que dans les autres États : A quoi bon s’abstenir de thé, café, alcool et tabac si c’est pour compenser en abusant des sucres et graisses et passer son temps devant la télé ou des jeux vidéo ? Suivre une doctrine ne signifie pas toujours faire preuve de sagesse, semble-t-il. A tout prendre, mieux vaut une tasse de café le matin, un verre de vin à table et une activité physique régulière que manger n’importe quoi et mener une vie sédentaire.

Allez, tous au vélo, pas au Mac Do !


Le prochain article va peut-être vous surprendre, car notre voyage va prendre une tournure fort différente. On vous raconte ça bientôt, d’ici là passez de bonnes vacances !

Un aperçu, pour vous mettre en appétit

11 Commentaires judicieux

  1. Aaah la parade de Provo!
    je m’attendais a voir deux cyclomigrateurs paradant fierement sur leurs montures au milieu des locaux, sous les applaudissements d’une foule intriguee par ces 2 phenomenes!!
    … un peu comme a Broome quoi… 😉

    Bises des Motte

  2. Bonjour super…je pense à l’émission  » des trains pas comme les autres » pour vous c’est un peu comme « Des cyclo pas comme les autres »
    Have a nice trip

  3. It seems like an interesting place. We enjoy your descriptions of the places you visit and the people you meet. Looking forward to the next instalment.

  4. Commencer l’ Aventure dans des roses et des choux et un jour se glisser à deux entre les pétales d’ un iris… c’ est juste fabuleux !
    Bisous

  5. J’ai bien aimé votre découverte des Mormons,pour les quels je n’avais pas le même enthousiasme après la lecture du LAC SALE de Pierre Benoit….. Le temps a passé!!!

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