Un train nommé Zephyr

Prendre le train aux USA est une expérience à ne pas manquer, qui se situe plus au niveau folklorique que rationnel. Loin de la froide et rapide efficacité de nos trains à grande vitesse (quand ils roulent), ici on fait dans l’approximatif, la lenteur, et la décontraction. Redécouverte du voyage à l’ancienne.


Il fait vraiment trop chaud en Utah, c’est décidé, on se tire ailleurs. Il parait que sur la côte c’est nettement plus vivable, filons donc en Californie. Et pour cela, le train semble idéal, il va s’avérer que c’était en effet un bon choix.

Back to Provo

De retour à Provo, nous rendons notre voiture de location et récupérons nos vélos qui n’ont pas bougé de leur box depuis 15 jours, puis filons à nouveau dans notre motel un peu pourri mais pas cher. Le type de la réception est tout content de nous revoir, ça ne doit pas lui arriver souvent d’avoir des clients qui reviennent. L’homme de ménage aussi est tout content, souriant édenté, longs cheveux sales et maillot qui aurait besoin d’une bonne lessive, mais ceci dit, il est adorable.
Ce sera aussi l’occasion de laver tout le linge sale au Lavomat du coin, où le wi-fi est autrement plus performant qu’au motel (il n’y pas de mal), alors on profite allègrement de ce lieu où l’efficacité prime sur le romantisme.

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C’est aussi l’occasion de retrouver Jenny et Seth, que nous avions rencontrés il y a un mois dans le nord de l’Utah. Ils ont réceptionné un colis pour nous, c’est parfois pratique d’avoir une adresse postale. Au fil de la conversation, on se rend compte que Seth travaille pour une entreprise d’huiles essentielles, DoTerra, qu’il se propose de nous faire visiter. Illico on file en famille découvrir les superbes locaux de cette société qui connait une croissance phénoménale depuis sa création il y a seulement dix ans. La visite est fort intéressante, les locaux nous font penser à l’entreprise Yves Rocher en Bretagne, merci beaucoup Seth et Jenny de nous avoir permis cette découverte, ainsi qu’une autre fort agréable aussi, le boeuf brisket. 

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SLC again

L’idée de prendre le train à Provo était à priori bonne, mais en fait non : On apprend fortuitement par une dame curieuse de nos montures, et de nous même, que la gare n’est qu’un simple arrêt, il n’y a pas de personnel, donc pas moyen d’enregistrer les bagages et encore moins les vélos ! Il faut donc retourner à Salt Lake City, ce qui nous amuse moyennement, on a mis deux jours à en venir et n’avons aucune envie de faire le trajet inverse.

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Heureusement, un train local relie les deux villes, il est bien commode et grâce à lui on arrive à Salt Lake en milieu d’après-midi. De là on se rend à la gare Amtrak (l’équivalent de nos « Grandes lignes ») pour s’apercevoir qu’elle n’ouvre qu’à 22 heures ! Vous allez comprendre pourquoi dans quelques lignes. Pour passer le temps on s’en retourne dans le centre de la ville, qu’on commence à connaitre, notamment la délicieuse boulangerie où les kouign aman se laissent toujours dévorer avec gourmandise, mais ils ferment à 17 heures, on se retrouve à errer jusqu’à un centre commercial, bien calés dans des sofas confortables, on fait le tris des photos. Une interruption momentanée de l’image dans la rencontre Collin et Carla, lui a un trike et est très intéressé par notre équipage (et nos âges !)

A 22 heures on est devant la porte de la gare, le train part dans une heure, le temps de mettre les vélos en cartons, ça va aller pile poil. Sauf que ce n’est pas si simple.

Les trains aux USA

Les Américains ne sont pas de grands amateurs de trains, c'est le moins que l'on puisse dire. Quand la compagnie nationale Amtrak transporte (lentement) 30 millions de passagers par an, la SNCF compte 132 millions de voyageurs transportés – dont 71% en TGV. Rappelons que les Etats-Unis sont peuplés de 308 millions d’habitants contre 64 millions en France.
Il y a de nombreuses raisons à cela, historiques, politiques et sociologiques. Le résultat est que le réseau souffre de sous-investissement chronique, les trains sont vieux et les horaires bien peu pratiques (souvent un seul train par jour). Comme ce sont des compagnies privées qui possèdent les voies, les trains de marchandises sont prioritaires, ce qui explique les attentes des trains de voyageurs en pleine cambrousse et les retards quasi systématiques.

Voici pourquoi, à notre grande surprise, les voyageurs qui attendent comme nous le seul train quotidien ne manifestent aucun mécontentement quand on leur annonce qu’il n’arrivera que dans deux heures. Et puis non, dans trois heures peut-être, il semblerait qu’il y ait un corps sur la voie ! C’est « normal », il parait qu’il y a parfois jusqu’à seize heures de retard !

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L’employée de la gare a un sacré boulot : A elle seule, elle enregistre les bagages, délivre les cartons pour les cyclistes, s’occupe des voyageurs au guichet (il lui faut remplir des tas de paperasses, ce n’est pas informatisé), conduit le chariot avec ses wagonnets à bagages, secoue comme un prunier le distributeur automatique de friandises récalcitrant (tout le monde est hilare), finit par aller chercher des cartons de snacks et boissons pour les offrir à qui en veut, afin de patienter. L’ambiance est un brin surréaliste, on se demande si on n’est pas dans un film humoristique.

Finalement ce fichu train arrive enfin, il est deux heures du matin, on commençait à sentir la fatigue.

Les passagers pour la Californie, en voiture !

(Morceau musical en clin d’oeil à Bernard, notre follower de la Rochelle)

Le California Zephyr est un train mythique américain, reliant Chicago à San Francisco en trois jours en passant par les États de Californie, du Nevada, de l’Utah, du Colorado, du Nebraska, de l’Iowa et de l’Illinois, en traversant des paysages uniques : déserts, forêts, canyons.

Quand on s’installe à bord, tout le monde roupille là dedans, on trouve nos places dans la pénombre. Vastes fauteuils inclinables, on pourrait mettre deux japonais ou trois malgaches par place. Comme le train ne roule pas bien vite et que ça bringuebale un peu, on est bercés et arrive à dormir.
Là où ça devient intéressant, c’est dans la voiture panoramique. Les gens bouquinent, bavardent, on joue aux cartes tout en profitant du paysage, c’est sympa, on fait connaissance de nos voisins. La voiture restaurant est agréable aussi, on y est servis à table et ce n’est pas mauvais du tout.

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La ligne traverse des paysages variés, tantôt désertiques, tantôt verdoyants. On a largement le temps d’en profiter, le temps file comme au ralenti et les arrêts au milieu de nulle part se succèdent, pour laisser passer les trains de marchandises. Le contrôleur donne des tas d’informations à chaque fois qu’on passe dans un endroit particulier, mais on a du mal à comprendre son laïus ; en tout cas ça rappelle qu’on est dans un train touristique, il n’y a pas de doute.

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Quinze heures de train ! Vraiment, ce trajet aura été une expérience curieuse et intéressante que nous ne sommes pas près d’oublier. Vive le train, dommage que ça n’ait pas duré plus longtemps.

 Oakland

Tiens voila un nom qui nous rappelle quelque chose, on est déjà arrivés dans une ville portant ce nom, sauf que ça s’écrivait Auckland et c’était en Nouvelle Zélande, il y a plus d’un an déjà. Et d’abord, pourquoi le train ne va t-il pas jusqu’à San Francisco, juste de l’autre coté de la baie ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas de pont ferroviaire, il manque un bout de ligne, alors les transferts se font en bus et c’est compris dans le prix du billet.

Peu importe, nous on s’arrête ici, nous sommes attendus chez DC (Oui, c’est comme ça qu’on l’appelle) chez qui nous allons passer une bonne soirée. Lui et Stéphanie sont loin des stéréotypes sur les familles américaines : Ils n’ont pas de voiture mais ont plein de vélos, une maison de taille modeste mais suffisante, et sont impliqués dans la vie associative, notamment pour enseigner la sécurité routière aux jeunes enfants. En dehors de ça lui travaille dans la gestion des parcs naturels et elle dans une boutique de vélos et une société de gardiennage de vélos, ces deux là aiment la nature et le green au sens large du terme, nous on aime bien ce genre d’humains ouverts et généreux.

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Après avoir passé la nuit dans notre tente plantée entre entre citronnier et prunier, allons découvrir un peu la ville avant de prendre le ferry pour S.F.

Adopter un thon ?

Surprise surprenante, une foule de gens se pressent autour de stands pour une « Adopt-A-Thon ». On peut adopter des poissons dans ce pays ? Mais un thon c’est encombrant, pas facile à garder chez soi.

En fait il s’agit d’adoption de chats et chiens, ce qui est autrement plus commun, le nom est de la même veine que « Téléthon ». Ouf, nous voici rassurés, on ne va néanmoins adopter aucun animal, ce serait trop compliqué à trimballer.

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Les passagers pour San Francisco sont priés de monter à bord

Après le train, une petite traversée en bateau s’impose. Nous voici donc sur le ferry qui va nous conduire à bon port, du moins on peut l’espérer. Celui d’Oakland (le port) est important pour le nombre de conteneurs qui y transitent,  c’est le cinquième port américain. Les bateaux arrivent de partout, certains d’endroits où nous sommes allés, ça remue des souvenirs.

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On y rencontre Laurence une pilote de ligne d’origine française vivant au Texas et qui prend de courtes vacances, elle nous laisse ses coordonnées au cas où on aurait besoin, elle est habituée à aller vite, et nous aimons aller lentement. On y va lentement, mais on y va…

A très bientôt !

 

9 Commentaires judicieux

  1. Intéressant reportage sur les trains américains, en particulier ce Chicago-SF. On ne s’attend pas à cela dans ce pays. Mais ils ne valent pas les trains indiens (on sait que vous avez pris le chameau mais je ne sais plus si vous avez eu l’occasion de prendre un train) avec leurs nombreux services à bord : journaux, boisson, cireur de chaussures, repas à la place, etc. Quel souvenir !

    Allons, poursuivons notre (votre) voyage…
    Bien amicalement

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