¡ Caramba, encore raté !

Pierre Dac avait bien raison d’affirmer que « Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir ». Pour une fois qu’on prévoit quelque chose, à savoir la traversée de la Sierra Madre par le train El Chepe, il va s’avérer qu’il est bien difficile de passer de la théorie à la pratique, comme vous allez le constater, chers lecteurs avides de sensations fortes et de récits passionnants aux rebondissements croquignolesques.


Topolobampo

En voilà un nom bien exotique, n’est-ce pas ? C’est la bourgade où arrive de ferry en provenance de La Paz (en Basse Californie, pas en Bolivie comme ont pu le croire un instant certains lecteurs abasourdis) et où il n’y a pas grand chose à part le port et un hôtel où nous ne dormons pas puisque notre ferry a eu l’idée saugrenue de naviguer de nuit. Nous débarquons à 3 heure du matin et découvrons une gare maritime à la salle d’attente noire de monde. Les uns dormant sur les sièges, les autres allongés à même le sol enroulés dans des couvertures. Les jambes se replient pour nous laisser passer avec nos vélos. Il fait nuit noire dehors, ce qui nous a conduit à patienter dans le hall de la gare où on trouve deux sièges vacants. Les passagers pour la Paz vont embarquer un peu plus tard et nous resterons bien seuls pendant les trois heures suivantes  en attendant que le jour daigne se lever avant de prendre la route jusqu’à Los Mochis, la ville où se trouve la gare ferroviaire.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Surprise surprenante, c’est inondé de partout le long de cette route toute droite et plate d’une vingtaine de kilomètres. Voilà pourquoi elle est surélevée un peu à la manière d’une digue. Même les élevages de poules pondeuses sont entourés d’eau, à se demander s’ils n’élèvent pas des poules d’eau. Les petits hameaux aux rues non asphaltées en sortie de Topolobampo ont les pieds dans l’eau, on s’interroge de savoir comment font les habitants pour rester vivre ici, l’eau est omniprésente à perte de vue ; c’en est oppressant.
On apprend qu’il y a eu des chutes d’eau exceptionnelles les jours précédents dans la région, sans doute celles qu’on a vues à La Paz en étaient-elles un reliquat. Bigre on l’a échappé belle, un ouragan est passé par là !

Los Mochis

Comme nous n’avons guère fermé l’oeil sur le ferry on est un peu à la ramasse. Nous trouvons un petit hôtel entre deux carrefours inondés. Le couple d’anciens qui nous reçoivent sont trop contents d’avoir deux clients, ils se démènent pour nous faire plaisir, « un café ? » « Non merci on ne boit pas de café, mais on veut bien une tisane ». « Asseyez- vous ici vous serez plus au frais », « Voulez vous un petit déjeuner, on va vous faire une omelette ». « On va vous préparer une chambre ». Bref on est chouchoutés, pendant que la dame file à sa cuisine le monsieur nous fait la conversation. Son fils qui arrive nous montre des images locales des inondations des deux derniers jours. Il y a eu des morts dans la région, ce n’est pas très joyeux.

Le vieux monsieur tient à ce qu’on entre nos vélos à l’abri dans une chambre au rez de chaussée qui est encore en chantier et qui a déjà pris l’eau. Ce monsieur est adorable, il va déplier sur la terre détrempée une grande bâche pour qu’on ne salisse pas nos roues !!! Repus d’une bonne omelette copieuse on va s’écrouler dans un sommeil réparateur.

Le correcteur orthographique s’obstine à changer « Los Mochis » en « Los Moches » et pour une fois il n’a pas tout à fait tort ; cette ville de 250 000 habitants n’a aucun attrait, on a beau la parcourir en tous sens, c’est plutôt moche partout. Mais peu importe, on n’est pas là pour le décor mais pour prendre le train, alors on file vite fait à la gare, laquelle est curieusement située loin en périphérie. C’est là qu’on peut placer la célèbre exclamation du général Alcazar :

¡ Caramba, encore raté !

Sur la porte de la gare une affichette indique que suite aux intempéries, le train ne circulera pas avant le 2 octobre au plus tôt. Or nous sommes le 22 septembre, on ne va pas attendre dix jours dans cette ville où il n’y a rien à faire ni à voir. Grosse déception !
Nom d’un chien, on ne peut pas aller à Chihuahua car il n’y a pas de route qui traverse la montagne à ce niveau, tout au plus une piste qui risque d’ailleurs d’être coupée par les glissements de terrain. On pourrait faire le tour par le nord, mais ça représente 800 km avec 9 000 mètres de dénivelé, ce n’est pas trop tentant, surtout par cette chaleur. Il ne reste donc plus que le sud en longeant la côte sur 400 km pour finalement enfin pouvoir traverser la Sierra Madre et atteindre les plateaux sur lesquels la température sera plus clémente.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Sitôt dit, sitôt fait, on s’arrache d’ici grâce avec un car, heureusement ils sont vastes, confortables et pas trop chers ; pour les vélos c’est simple, on les charge nous-même, il n’y a aucun supplément à payer. La route est d’une platitude et rectitude bien monotones, traversant des plaines inondées et d’immenses zones de cultures.

Mazatlàn

Finalement, ce pourrait être un mal pour un bien. Ce rebondissement inattendu nous conduit dans une fort belle ville. Nous qui pensions ne plus voir la mer avant fort longtemps, on a droit à une dose supplémentaire sans supplément.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Mazatlàn, ville de 440.000 habitants est dotée d’une immense plage de 20 kms, fort fréquentée lorsque nous arrivons, avec des groupes de musiciens un peu partout et des marchands ambulants, ça change des plages désertes et idylliques de Loreto.
Le temps de déposer nos vélos l’auberge de jeunesse, nous filons assister à une représentation d’un groupe musical plein d’entrain, ça déménage !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Et juste après, on se dégotte un petit stand de cuisine au coin d’une rue, c’est super bon. Au point qu’on y retournera les deux soirs suivants mais il n’y a plus de stand, c’était juste à l’occasion de la fête peut-être ? dommage.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La vieille ville est remarquablement entretenue, les façades sont colorées et en bon état, il n’y a presque pas de trous dans les trottoirs ni de cochonneries au sol (un peu quand même, sinon ce ne serait pas le Mexique) mais les balais des balayeurs et balayeuses sont là pour tout nettoyer.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Il y a, comme il se doit, de belles églises bien mises en valeur par le soleil abondant ; si les vitraux sont fort simples, ils n’en donnent pas moins une lumière très agréable.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Comme dans toutes les villes, beaucoup de petites boutiques de proximité, bien pratiques. Et une grande halle abritant un marché fort animé, dommage que nous ne puissions cuisiner dans notre auberge car il y a notamment des poissons qui font envie.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La nuit, Mazatlàn est encore plus belle, les éclairages mettent en valeur le patrimoine, c’est un régal de s’y promener alors que la chaleur du jour est tombée. En effet, il fait aussi chaud ici que de l’autre coté de la mer de Cortès, à La Paz, mais en plus c’est humide, le taux d’hygrométrie avoisine les 100%. On mouille les maillots sans rien faire, du moins sans pédaler !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Coup de mou

On nous demande parfois « Quand rentrez-vous ? » ou « Vous n’en avez jamais assez de voyager ? ». Et on répond qu’on rentrera quand on en aura envie, pour l’instant notre vie de nomades nous va bien.

Néanmoins les coups de chaleur successifs nous ont un peu déboussolés, nos organismes ont du mal à réagir. Le fait de ne plus pouvoir poursuivre notre périple à vélo nous déprime, les bus c’est bien confortable, les pauses dans les villages ou les villes aussi, mais nous ne sommes plus dans la dynamique à proprement parler du voyage à vélo. On ne sait plus très bien s’organiser et où nous en sommes ; nous voilà en mode « touristes » ramollis, plus d’énergie, batteries à plat.
D’où un sacré coup de déprime (surtout Irène) qui songerait bien à rentrer ! Il faut qu’on fasse un choix, ou bien on stoppe ici définitivement, ou bien on file plus haut vers des températures plus supportables. Longues discussions. Stop ou encore ?…

16 Commentaires judicieux

  1. C’est votre décision 🙂 je suis assez d’accord avec vous pour dire que sans les vélos, c’est pas la même chose, et ce sont quand même eux 2 qui vous ont fait partir non? Alors ptet.. demandez leur avis? Ptet qu’ils en ont rasdubol de rouler dans l’eau, la boue, par -15, en croisant des chameaux, des trains, par 4000m, sans air dans les pneux tellement ils sont haut! Ou.. peut-être pas? 🙂 En tout cas, et même si je dois bien avouer que je ne regarde pas TOUTES les photos et que je « trie » les commentaires je continuerai a vous suivre 🙂 D’autant plus que je sais que ce post a déjà quelques jours d’ancienneté, n’est t’il pas?

  2. Dans tout voyage il y a des petits coups de mou, avant de prendre une décision définitive, j’aime bien me poser dans un endroit où je suis bien, me reposer et prendre la décision après. En tout cas, quelle que soit votre décision, vous revenez avec du bonheur plein les bagages!
    Amicalement
    Céline

  3. Bonsoir…votre voyage est toujours captivant .. vous avez démontrez plusieurs fois toute l’ENERGIE que vous avez en réserve!C’est vrai qu’il faut faire quelquefois une « pause » avant de repartir .et deux ou trois jours peuvent suffire avant de reprendre la route….et recharger « les batteries »..cordialement ..Bernard

  4. Coucou mes voyageurs ….Alors quel a ete la decicion ? Il faut aussi prendre soins de sa santée ,je sais comment vous tenez avec la chaleur les 2 mois en france m’ont tué je supporte pas au dessus de 30 ……..En ce moment on a 25 il fait un beau mois d’octobre …..
    A bientot pour la suite ou ? Mystère …..lolllllll
    Bisous a vous 2. Lili

  5. Toujours aussi intéressante votre épopée même si les vélos y sont moins à l’ honneur. Les coups de mou font partie du voyage tout comme les temps de récupération qui vont avec !
    Pas de décision hâtive et bon repos à vos mollets
    Bisous

  6. Bonjour à vous.
    Un coup de mou est tellement compréhensif sur un aussi long périple, laissez vous le temps pour la prise de décision du retour ou pas retour, ce serait quand même dommage d’abandonner maintenant, sauf si la santé est en jeu bien sûr. Il est vrai que 4 ans sur les routes, c’est quand même un sacré défi réalisé, chapeau bas, vous pouvez rentrer avec panache, je vous admire beaucoup et adore suivre vos aventures avec des nouvelles en direct live (objectives et enrichissantes) d’un autre bout de la planète !
    Vous êtes nos mentors pour mon mari et moi-même qui préparons un voyage de 3 mois à vélo pour le printemps prochain, nous vous suivons avec beaucoup de plaisir (nous aussi on dépasse les 128 ans à tous les deux !).
    Bonne prise de décision, la suite au prochain numéro ! (mais avec mon mari on croise un petit peu les doigts quand même, chut, pas de délit d’influence …).
    Bises à vous deux.

  7. Réunion a vous 4(vélos compris) pour discuter, réfléchir..vous avez pas mal de possibilités:
    Revenir, revoir les amis, famille, vous posez et repenser un projet vélo ou pas
    Prendre le temps de se poser un moment physiquement pour poser les pensées et les clarifier
    Revenir et rester et faire du vélo en Europe, en France….on vous y rejoindrait plus facilement 🙂
    Et surtout garder le plaisir …que vous savez partager avec nous.
    Ou en êtes vous alors,? car votre post date à présent…
    Des bises
    Les filles de St gin

    • Comment ça, notre post date à présent ? ça ne fait que deux jours, y’a pas le feu au lac 🙂
      Bonne idée, cette réunion à quatre, au bout du compte les vélos ont eu gain de cause, ils ne voulaient pas rentrer au garage, ils ont encore plein de routes à se mettre sous les roues. Alors on continue, puisque c’est comme ça.
      Tant pis pour vous, ce n’est pas encore cette année qu’on va fêter un anniversaire ensemble. Mais ce n’est que partie remise, il y aura d’autres anniversaires, et puis vous pouvez nous rejoindre quelque part…
      Bises picantes

  8. Pour info, si vous êtes revenus en Bretagne pour le 27 octobre, nous fêtons l anniversaire de Kris….belle fête à venir…vous seriez chaleureusement accueillis.
    Sandrine

  9. oui faut se poser un petit moment et vous allez retrouver votre envie de continuer,j en suis sure bon courage tout de meme, vous etes exeptionnels et uniques.moi je regarde toute les photos et je lis tout vos récit, j avoue que je ne serai pas assez passionné de vélo pour faire cela,et je vous felicite du fond du coeur, car depuis toutes ces années j avoue c est impressionnant.au moins vous aurez des histoires a raconter a vos ptits enfants.

  10. C’est merveilleux que les 4 aient décidé de continuer! On aime! Mag et Stef s’étaient aussi arrêter !! C’est parfois nécessaire
    Je vous embrasse

  11. Bonsoir
    Prendre le temps de la réflexion est quelquefois nécessaire sans se précipiter ! notre cerveau a souvent des ressources insoupçonnées! Bon vent…a bientôt pour les autres aventures!

  12. Après l’Amerique du nord l’amer hic du sud? L’aventure de manque pas de suspense….
    La foi est souvent la proie du doute…. grosses émotions dans les chaumières !
    Jusqu’au rebondissement final : mais-que-si-qu’on continue ! Avec tous nos encouragements de lecteurs assidus!

  13. Moi je vous vois bien rentrer à la maison. Passer l’hiver au chaud, Joël assis dans son fauteuil profond, les pieds dans ses charentaises, les yeux tournés vers l’écran ; Irène, une tisane et un grog en mains, vient s’asseoir à coté et lui, sur une chaise, tend une tasse, sans rien dire ; ensemble, ils regardent les images de leur vie passée…
    Tout vous !

    Aller, courage, pas ça !
    On a besoin de nos aventuriers du temps gagner.
    Bises

Répondre à Velosteph Annuler la réponse.