Cuba par en bas

Ça y est enfin, nous reprenons le vélo et allons vous emmener le long de la côte est, dans des régions éloignées où nous allons dépenser force transpiration et rustines. Comme on n’avait pas trop d’idée préconçue sur ce qui nous attendait, c’est chaque jour la surprise et c’est plutôt pas mal.
En route !

 


Crocodile Cuba

Tout d’abord, regardons un peu la carte pour voir où nous nous situons. On dit souvent que l’île de Cuba ressemble à un crocodile, il faut de l’imagination mais bon… En tout cas c’est la plus grande ile des grandes Antilles avec 1 220 km de long située à la confluence de la mer des Caraïbes, du golfe du Mexique et de l’océan Atlantique. Les Etats Unis ne sont pas très loin (180 km) avec les côtes de la Floride et des Bahamas.

Sa population dépasse les 11 millions d’habitants. Elle est régulièrement frappée par les cyclones dévastateurs qui ont fait ces dernières décennies près de 8 millions d’euros de dégâts dans les cultures de canne à sucre et dans l’élevage, frappant durement des milliers de familles déjà pas bien riches. Néanmoins il y a en général très peu de morts suite à ces cyclones, le peuple cubain et l’Etat ont mis en place une logistique efficace permettant de protéger les personnes et les biens face aux vents violents. Nous y arrivons alors que la période des cyclones est normalement terminée (fin novembre) sauf qu’il y en a eu un deux jours avant notre arrivée (le 22 décembre). Les monts Turquino et le Bayamesa culminent respectivement à 1972m et à 1730m et se situent dans la province de Santiago de Cuba et de la province de Granma. Nous allons soigneusement les contourner parce que de toute façon aucune route carrossable n’y mène à moins de chausser les souliers de randonnée et partir avec un guide obligatoire pour aller crapahuter dans ces montagnes.

Après huit jours passés à La Havane, on se donne un mois pour faire le tour de la côte sud-est, de Holguin à Bayamo en passant par Guantanamo et Santiago de Cuba, environ un millier de kilomètres. Au début, les vents nous seront contraire et on aura le soleil en pleine face, puis en arrivant sur la mer des Caraïbes on aura à la fois le soleil et le vent dans le dos, youpi ! Les provinces traversées seront celles de Holguin, de Guantanamo, de Santiago de Cuba, de Granma et Las Tuna pour la partie Sud Est. Puis pour la partie Sud Ouest les provinces de : Artemisa, de Pinar del Rio et de la Habana avec un retour à la Havane

Comme nous ne pouvons séjourner que soixante jours (une fois trente jours renouvelables), et qu’il faut présenter un billet d’avion pour le retour, nous connaissons d’ores et déjà notre date et lieu d’arrivée dans le prochain pays (mais pas vous, gnark gnark !). Ce n’est pas idéal car ça oblige à planifier, compter les jours, ce qu’on n’aime pas vraiment.

Holguin

31 décembre, enfin Holguin après douze heures de bus. Au moment où en France sonnaient les douze coups de minuit, vos cyclomigrateurs chéris étaient emmitouflés dans une couverture sous la climatisation puissante d’un bus poussif ! Avec un couple cubano-espagnol et leur fils nous nous sommes souhaité joyeusement une bonne année sous l’oeil rigolard des autres passagers non concernés par l’évènement, ceci 6 heures d’avance sur les festivités cubaines !

Arrivés de nuit nous enfourchons nos petits « Panne » et « Cake » qui piaffaient d’impatience coincés dans la soute, bien calés entre les sacoches. La ville n’a pas l’air animée pour cette fin d’année, on ne fait pas la fête ici ? Ca tombe bien, nous sommes nous-mêmes inanimés, une seule envie : Un lit !
Premier Janvier, toujours aussi peu d’animation en ville, ça a l’air comme un jour normal. Pourtant, c’est écrit partout dans le pays, c’est le soixantième anniversaire du « triomphe de la révolution ». On a vu des anniversaires plus joyeux, y aurait-il un manque de ferveur populaire à l’encontre de la révolution ? Notre repas de fin d’année se réduira à deux cuisses de poulets en ragout accompagnées de riz aux haricots noirs avec une salade de tomates, choux et concombre. Le tout quand même arrosé d’une pina colada, faut quand même bien un peu de folie à cette soirée, non ? C’est le seul plat possible dans ce grand restaurant où nous ne sommes que deux tablées… Les serveuses en sont désolées (de ne rien avoir d’autre à nous proposer), elles sont aux petits soins pour nous.

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Le lendemain nous émergeons vite fait vu qu’il n’y a pas de petit déjeuner possible dans notre casa particular. On découvre la ville à pied. Peu de belles (et vieilles) voitures américaines par ici, les moyens de transport sont moins « carte postale » mais exotiques tout de même : Des carioles à chevaux (8 passagers), des tuk-tuks collectifs (6 passagers), des bici-taxis (2 passagers), des vélos (2 passagers) ; naturellement, ces capacités sont fréquemment dépassées, c’est incroyable le nombre de personnes qui arrivent à s’entasser sur tout ce qui roule.

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Un mal de chien pour trouver un café qui puisse nous offrir un petit déjeuner, on trouve du café noir au coin des rues mais pas de pain, rien, nada ;  nous sommes trop tôt, les « cafétérias » n’ouvrent qu’à 10h, pas de bol, ça nous donne l’occasion de parcourir la ville et d’y découvrir les quatre parque (places)qui font sa singularité. Ville avec de jolis bâtiments qui datent de l’époque où elle était prospère grâce à la compagnie américaine « United Fruits Company ». La ville reste néanmoins très active puisque c’est ici que sont fabriquées les quatre grandes bières nationales cubaines.

Nous avalons enfin un sandwich jambon (rien à voir avec le jambon de chez nous !) et fromage (soi-disant gouda). On ne peut pas dire qu’on se régale mais il nous faut bien mettre des calories dans la machine avant la mise en route. Nous qui ne buvons pas de café, on en avale un chacun parce qu’il n’y a ni thé, ni chocolat dans ce grand bar qui ressemble à un hall de gare. Nous commandons deux sandwichs supplémentaires pour la route parce que nous n’avons aucune idée des possibilités de ravitaillement qui nous attendent.

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Quand nous quittons la ville nous sommes vraiment surpris d’y voir autant de carrioles-taxis tirées par des chevaux, qui eux mêmes tirent la langue d’avoir huit passagers, plus le cocher à trimballer. Le seul signe festif matinal visible va être le cochon qui s’apprête à se faire griller. Ca se passe dans une ruelle, Irène qui a les yeux qui trainent partout vire à droite et va voir ce qui s’y passe. C’est vrai que depuis hier soir on aperçoit des cochons morts qui sont trimballés sur le toit des voitures, à vélo ou à moto. Celui-ci est entouré par toute la famille dont une partie arrive de Miami, en Floride, pour les fêtes. Et c’est la fête dans la rue. Le cochon mort reçoit mille et une patouilles, il est délicatement et soigneusement rasé, même si pour lui ce n’est pas la fête. Nous sommes conviés à rester passer la journée avec cette joyeuse troupe, mais les agapes sont prévues en soirée, nous serons déjà loin, dommage.

Gibarra

C’est au fil de notre premier parcours en campagne que l’on constate à quel point les chevaux sont amplement mis à contribution, que ce soit pour tirer les carrioles , ou chevauchés par des cavaliers qui montent souvent à cru (sans selle). Il n’y a que de rares voitures, ce sont pour la plupart des taxis et des transports collectifs ; on en reparlera plus tard de ceux là !

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Les premiers panneaux vantant les bienfaits de la révolution apparaissent, ainsi que les portraits de jeunes de la région qui sont partis avec les Russes faire la guerre en Angola mais ne sont jamais revenus. Ce sont de jeunes héros dont les portraits fixent dans les mémoires de ceux qui voudraient oublier qu’ils ont donné leur vie pour la liberté loin de chez eux en Angola…. No comment !

A Gibarra nous sommes accueillis par Ana Beatriz, dont la casa est magnifique. Nous y découvrons aussi les superbes vélos en bambou réalisés par son frère César, incluant même un tandem électrique avec panneaux solaires sur le toit, un engin incroyable. Pour un peu on ferait l’échange, mais cet engin risquerait d’être compliqué à embarquer dans une soute d’autocar ou d’avion.

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Le chien Susu fait la fête à Petit Chat, rien de plus normal. Quant à nous, on fait la fête aux bons petit-déjeuners et dîners cuisiné par Ana Beatriz, qui est une excellente cuisinière et sait parfaitement s’accommoder de ce qu’elle arrive à trouver comme ingrédients. En un mois nous n’avons pas trouvé de meilleure table à Cuba, excepté Le Chansonnier à La Havane pour Noël.

Shalom

C’est là aussi que nous retrouvons Shalom, qui nous avait hébergés à Santa Cruz (Californie) lorsque nous nous étions soudain trouvés arrêtés pour un problème technique.

Nous allons voyager ensemble autour de Cuba, mais pas tout à fait de la même manière puisque Shalom n’a pas emporté de matériel de camping, contrairement à ce que nous pensions.

Pour se mettre en jambes, rien de tel qu’une balade d’une soixantaine de kilomètres pour aller sur la montagne Silla qui surplombe toute la région. Ça fait du bien de rouler sans les sacoches, pour un peu nos destriers paraitraient presque légers. Shalom et César ont enfourché des vélos en bambou, et le long de la route nous récupérons un type qui pédale pour deux, sa fille étant assise en amazone sur un coussin posé sur  le cadre ; son dérailleur est cassé et pourtant il grimpe bien, le bougre !

C’est une belle sortie, qui nous a paru un peu longue sur le coup de midi (on avait faim et rien emporté à grignoter) et avons failli mourrir de soif tellement il faisait chaud ! Un panorama splendide  donne sur la plaine en contrebas dont les cultures se déclinent en un gigantesque patchwork aux couleurs vertes. Merci César pour cette idée comme celle d’avoir réservé pour notre retour une table dans un petit restaurant du bord de route.  Un plat de crevettes sautées avec du riz sera notre récompense, il sera le bienvenu surtout qu’on se mettra à table à quatre heures et demi !!! Joël menaçait de bouffer Shalom !

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Le lendemain, Irène s’en va visiter la ville pendant que Shalom et Joël vont longer la côte pour aller voir un trou d’eau censé être remarquable. A part une route en fort piteux état et une des rares fermes d’éoliennes (chinoises, évidemment) du pays, circulez, il n’y a rien à voir : Le trou d’eau est glauque, pas moyen de se baigner là dedans.

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Pendant ce temps là Irène découvre la statue de Camilo Cienfuegos, compagnon d’armes du Che et de Fidel ainsi que les hommages qui lui sont rendus sous forme de citation de la part de celui qui est soupçonné de l’avoir assassiné. Sa disparition n’a jamais jusqu’à ce jour été vraiment élucidée… Ironie.
Elle fait connaissance avec un groupe de personnes sourdes (que des hommes) qu’elle arrive à comprendre , les signes étant similaires, elle décline l’invitation en soirée qu’elle reçoit… On se demande bien pourquoi ? Chauds, chauds les cubains ? Elle fait connaissance avec une petite mémé qui fabrique un tapis de sol avec des restes de tissus découpés en lanière qu’elle noue sur une trame de jute,  rien ne se perd à Cuba, tout peu servir. Le regard de cette grand mère qui l’a prise dans ses bras reste fixé dans sa mémoire à défaut d’avoir été fixé sur la pellicule. Beaucoup d’émotion. La vie des Cubains est loin d’être aussi facile que la nôtre.

Gibarra city

La ville est jolie, avec quelques édifices historiques intéressants. Il y a un certain nombre de maisons à vendre dans le centre, pas sûr qu’elles trouvent preneur, certaines n’ont plus que les murs.
Seul le quartier des « HLM » détonne, ces immeubles sont dans un tel état qu’on a du mal à imaginer qu’ils sont habités, et pourtant si. Un grand hôtel dans une demeure magnifique se dresse à l’angle de deux rues, pourtant il n’y a pas de clients, c’est la démesure.

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Trois jours passés ici ont permis à Ana de passer son diplôme de cyclocouchiste avec succès. Elle est partie sans aucune appréhension et avec assurance sur le vélo de Irène. Qui sait, son frère César va peut être avoir l’envie d’en fabriquer un en bambou pour sa soeur ? Il a promis de nous tenir au courant.  Il est maintenant temps de reprendre la route avec le coeur serré de laisser Ana et César sur le quai. En fait de route, nous prenons plutôt la mer grâce à une lancha dans laquelle les trois vélos et leurs passagers trouvent place pour passer un petit bras de mer en une demi-heure de trajet.

 

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Gardez les vaches !

De l’autre coté de la baie, point de port mais un minuscule embarcadère, puis un long chemin poussiéreux pour finalement rejoindre une route goudronnée qui va nous permettre de retrouver la civilisation. Les ennuis mécaniques de Shalom vont démarrer, il casse un rayon et n’en a pas de rechange, en plus il a mal au cul !!! Il n’a pas suffisamment dormi la nuit dernière, on se demande bien ce qu’il a fabriqué ! Il décide de se reposer un peu dans un café. Nous filons sans lui parce que nous n’avons pas du tout envie de nous retrouver sur le vélo en plein canard de l’apesanteur midi. On convient de se retrouver à Guardalavaca. Nous le retrouverons en effet bien plus tard en début de soirée, à la casa que nous avons trouvée. Il est arrivé avec César et Ana qui sont venus lui apporter des rayons, ça c’est super, une belle soirée de nouveau ensemble autour d’un plat de crevettes et d’octopus au petit resto familial du coin !!!

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Guardalavaca est une localité avec un drôle de nom, dont l’origine daterait du temps où les eaux étaient infestées de pirates qui venaient piller les villages ; lorsqu’un bateau suspect arrivait, les bergers appelaient leurs collègues à planquer les vaches.
Maintenant, c’est une station balnéaire avec d’immenses hôtels « All inclusive » (tout compris) d’où les touristes ne sortent que pour aller s’entasser sur les plages et profiter des animations. Quand il rentreront chez eux, ils pourront dire « J’ai fait Cuba », chacun son truc… Bouygues construit un nouvel hôtel de 500 chambres nommé Dauphin, ça a le mérite de faire travailler du personnel local mais à quelles conditions ? Un jeune garçon de plage nous explique qu’il n’a jamais de congés, il aime jouer au foot mais n’en a guère le temps ; son salaire doit être de l’ordre de 12 $ par mois. Le prix d’un seul dîner à l’hôtel.

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Heureusement, ce complexe hôtelier est circonscrit à une zone réduite, espérons que ça ne s’étalera pas trop comme à Varadero (zone très prisée des tour operators où ça bétonne à fond) parce que la campagne aux alentours est très plaisante et paisible. Il n’y a d’ailleurs plus guère de circulation, les nombreux cars climatisés qui faisaient la navette entre les plages ne vont pas plus loin.

Le lendemain matin nous faisons cette fois çi nos adieux à Ana et César qui retournent chez eux à vélo après avoir fait les derniers réglages sur le vélo de Shalom. Celui ci reste au lit et ne pédalera pas avec nous aujourd’hui, il se débrouillera pour nous rejoindre plus tard, nous préférons partir à la fraiche après un bon petit déjeuner que nous sert notre hôte Yasmina. Après avoir passé les immeubles collectifs en béton on se retrouve bien vite dans la campagne déjà bien animée. Les paysans sont sur la route avec leurs chevaux ou bien sur leur veilles bicyclettes aux dérailleurs cassés ; ils ont de la force dans les mollets les cubains ! Les maisons sont très typiques de l’île, bâties en bois avec terrasse sur l’avant coiffées de tuiles ou de feuilles de palmiers, les fenêtres sont à claire-voie sans vitre. Elles sont souvent modestes mais bien entretenues et propres. Pas d’antenne satellite ni d’air conditionné, pas d’internet ni d’eau potable, mais souvent une télévision, probablement la seule différence depuis la révolution.

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Concurrents des chevaux, les boeufs sont attelés par deux et trainent à pas lents leurs lourdes charges. Ça ne pose pas de problème pour la circulation, les rares conducteurs ont l’habitude, et pour nous c’est bien parce qu’on peut les doubler (On double bien les chevaux dans les descentes, mais ils nous grattent dans les montées). Nous passons les jolis villages de Cuatro camino, Yogajay, Canadon nichés dans la verdure. Nous montons doucement entourés par les collines avant d’entamer une belle descente au village de « retrete ». C’est ici le point de rendez vous que nous avons donné à Shalom avec son taxi, il n’aura plus que des descentes et du plat.

Banès

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On croirait que toutes les villes se ressemblent, eh bien non : A Banès, 79000 habitants, ancienne cité industrielle au coeur d’immenses plantations de canes à sucre, les maisons sont plutôt grandes, sans étage, et en bois pour la plupart. La prospérité d’avant la révolution a laissé des traces, mais les édifices en question sont fort décatis, voire à l’abandon.

Ironie de l’Histoire, c’est ici qu’est né le président Batista en 1901 et que Fidel Castro épousa Minta Diaz Balart en 1948 ; Batista leur offrit 500 $ pour leur lune de miel, loin d’imaginer que dix ans plus tard Fidel le renverserait. Quelle ingratitude !

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Une scène nous surprend sur le parque central, une longue queue de gens qui patientent derrière un camion, avec des bidons et des bouteilles vides à la main. Sur le camion, une citerne d’on ne sait quoi mais ça doit être bon, vu la foule.

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On s’approche pour savoir quel est ce breuvage que tout le onde s’arrache, un policier prend la gourde qu’on tient à la main sans qu’on ait besoin de faire la queue, et nous là rend pleine d’une délicieuse boisson gazeuse à l’ananas qui plus est bien fraiche. Tout simplement de l’ananas fermenté dans de l’eau. On n’a même pas pu payer, contrairement aux Cubains, un comble ! Un second camion arrive, confirmant le succès de cette distribution organisée par l’État.
En face, un petit parc avec des tables ombragées et un marchand de glaces où les gens font aussi la queue ; ils en repartent avec leur glace dans un sac plastique (style sac de supermarché), probablement pour l’emmener chez eux mais ça fond à toute allure et dégouline des sacs. Pas le choix du parfum de glace, c’est pour tout le monde pareil, c’est l’avantage du communisme, on ne perd pas de temps à choisir. Par contre on passe son temps à faire la queue.

Mayari

Nous entrons ce matin dans le royaume de la cane à sucre dont la récolte est transportée par camions (ça change des charrettes à chevaux), et même des troupeaux de vaches (tous les bovins sont propriété de l’état), cette région pratique une agriculture et un élevage plutôt intensifs par rapport à ce que nous avons vu jusqu’ici où les lopins de terre et quelques animaux épars étaient la règle.

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Pour la première fois, nous sommes pris dans le brouillard, lequel donne aux paysages des airs fantomatiques des plus intéressants, et accessoirement nous couvre de minuscules gouttelettes. La traversée des nombreuses voies de chemin de fer est assez particulière puisque tous les véhicules s’arrêtent soigneusement, que ce soient les camions, les charrettes ou les vélos ; ceci parce qu’il n’y a aucun passage à niveau ni signalisation ferroviaire dans ce pays, et même si la voie est pleine d’herbe elle est susceptible d’être en service. Ceci dit, vu le ridicule nombre de trains et le raffut qu’ils font, ce respect du Stop tient sans doute d’avantage au respect scrupuleux du règlement qui caractérise les Cubains.

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Excès de zèle.
Les conducteurs cubains ne roulent pas forcément très prudemment, mais suivent les rares indications à la lettre : Pas question de dépasser sur une ligne jaune, quand bien même il s’agit de cyclistes (nous), que la route est droite et qu’il n’y a rien en face (il y a rarement quelque chose en face); c’est gonflant d’avoir des camions ou des cars qui nous suivent à grand bruit pendant longtemps sans doubler, bien qu’on leur fasse signe, on est obligés de s’arrêter sur le bas-coté pour qu’ils dépassent enfin.
De même avec les sens uniques, ils sont horrifiés de nous voir parcourir une vingtaine de mètres à contresens pour aller à la prochaine intersection, ceci dans une rue où la circulation est quasiment nulle, nous indiquant qu’on devrait faire tout le tour du quartier.

Sur la route, toujours des chevaux, et des hommes qui emmènent leurs femmes infirmières au boulot assises sur le cadre avant du vélo.

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Irène est victime de harcèlements quand elle est seule ! Elle reçoit des « besos » et des clins d’oeils coquins de ces messieurs qui n’hésitent pas à siffler et lui crier des encouragements généreux. Ça la fait sourire elle aime bien ce type de harcèlement et laisse son côté féministe de côté quand ça l’arrange !

Au carrefour de Santa Isabel de Nipe on fait une petite pause avant les derniers vingt kilomètres. Un vieil homme est assis sur une pierre devant une maison. Nous ne pouvons pas manger nos biscuits devant lui sans les partager et entamons la conversation. il nous dit avoir 65 ans, nous n’osons pas lui avouer notre âge tellement il fait plus le pauvre, on lui donne facilement dix de plus, il est visiblement très usé par ses années de travail alors que nous cavalons en pleine forme.

Nous voilà arrivés à Mayari où on trouve facilement le parque avec une connexion internet. Nous n’avons pas de nouvelles de Shalom depuis deux jours et ne savons pas s’il est déjà en ville ou non. Ouf il nous a laissé un mail. Il est arrivé depuis hier soir et nous a réservé une chambre dans la même casa que lui au « black & white ». Il y est arrivé finalement en taxi depuis Guardalavaca et ça lui a couté un bras (100 CUC), nul doute que ce chauffeur de taxi a du le bénir pour cette course hors du commun. Retrouvailles autour d’un plat de poisson et du traditionnel « congri » plat de riz au haricots noirs. C’est dimanche, les joueurs de dominos ont investi les trottoirs et les enfants jouent dans la rue à l’ombre des casas. Shalom s’en va trouver un mécano qui va lui faire une série de rayons pour son vélo.

 

Cayo Mambi

Petit déjeuner à 6h00, nous devons secouer Shalom la marmotte qui a perdu un gant, oublié une batterie qu’Irène trouve sous la table sans qu’il ne se soit même aperçu qu’il allait l’oublier ! Finalement c’est à 7h15 que nous enfourchons nos vélos, en même temps que les enfants qui reprennent l’école à 7h30 après deux semaines de vacances. Le bourg est en effervescence. Il y a beaucoup d’enfants, tous vêtus de la même manière, uniforme de rigueur.

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Au haut d’une des nombreuses côtes, des vendeurs de fruits ont la bonne idée d’attendre le client, ce qui fait l’objet d’une pause bienvenue. On demande à se faire trancher un ananas, ce qui est fait illico et avec le sourire en prime. Au fil de notre cheminement vers cette petite ville côtière, nous perdons Shalom de vue car il a du mal dans les côtes, qu’il monte à pieds en poussant son vélo. Mais ce n’est pas grave, nous convenons de nous retrouver à l’étape et il va réussir à y arriver en même temps que nous, grâce à un taxi compatissant qui va le prendre en charge pour seulement 5 CUC cette fois ci !

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Cette région n’est faite que de côtes et de descentes. Irène va les compter : 20 foutues montées !!! Re-descente vers la côte, dans ce sens là on aime bien. C’est d’ailleurs bien fichu, on arrive toujours à se retrouver au niveau de la mer, ce qui prouve qu’il n’y a pas plus de montées que de descentes, même si le ressenti indique le contraire. Ce qui est sûr, c’est qu’on passe bien plus de temps dans les montées que dans les descentes, on devrait peut-être faire le parcours dans l’autre sens, ou en marche arrière…

Cette petite ville est un peu curieuse, bien qu’au bord de la mer on n’y a guère accès sauf au bout d’une rue en cul de sac qui donne sur une lagune.

Il y eut dans le temps jadis une voie ferrée sur laquelle circulait un drôle de train automoteur, un peu comme les Michelines chez nous.

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Nos recherches pour dégoter une casa particular s’avèrent vaines, il n’y en a plus dans la ville, probablement parce que les touristes ne s’y arrêtent pas. Faut dire que depuis la route principale le chemin pour arriver jusqu’ici est plutôt dissuasif entre les nids d’autruches et les montées abruptes ! Mais le chauffeur de Shalom l’a déposé devant chez son cousin, une maison qui fut habitée et qu’une bande de gars s’empresse de nettoyer pour qu’on puisse y dormir. Ceci officieusement, bien sûr, les Cubains n’ayant pas le droit d’héberger des étrangers. Nous resterons donc discrets sur nos hôtes qui vont nous cuire un plat de chair de crabe de l’arrivage de la journée en provenance du magasin d’Etat. Irène y était quand la livraison a eu lieu. Nous avons la maison pour nous trois pour cette nuit. Shalom a décidé de sortir avec nos hôtes pour se rendre dans une discothèque à deux kilomètres à pieds, pas sur qu’il soit d’attaque demain matin sur son vélo ! Au passage Shalom a fêté ses 70 balais il y a quelques mois.

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Lorsque nous quittons Cayo Mambi le lendemain, nous laissons Shalom derrière nous car il a décidé finalement de rester un peu plus, ce qui va grandement arranger nos loueurs, avec ça ils vont pouvoir retaper toute la maison. La route que nous nous apprêtons à prendre étant réputée difficile, on se retrouvera donc dans quelques jours à Guantanamo (mais pas dans la tristement célèbre prison, espérons le).

Vous verrez dans le prochain épisode qu’en effet, cette route est assez especiale


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Si vous vous demandez pourquoi on parle de rustines au début de cet article alors qu’on n’a aucune crevaison, c’est parce qu’on en trimballe une ribambelle pour les offrir, sachant qu’ici c’est une denrée rare. D’ailleurs tout ou presque est rare, mais on a hésité à trimballer des enclumes à offrir, ne connaissant pas le goût des Cubains en matière de petits cadeaux.

 

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12 Commentaires judicieux

  1. Coucou les vedettes. .
    On ce plains en France alors qu’eux non , le voisin de mon fils aîné est cubain…… Ma fille qui l’ont fait sac a dos dans le centre les touristes sont pas toujours bien accueillit…. Et la encore son copain (au moment du voyage… lollll) a sa belle mère cubaine… . J’ai une fille un peu aventurière…. Lolllll
    Bon comme d’habitude j’attends la suite. …
    Bisous 😍. Lili

  2. Toujours aussi compliqué d’avoir une idée objective sur ce pays.
    Des couleurs des paysages paradisiaques et puis des Cubains souriant et plein d’initiatives et de débrouillardises mais quand est-il vraiment ?
    Ca donne quand même toujoiurs autant envie…….
    Continuez à nous faire rêver et surtout ne lachez rien

  3. Merci de nous montrer toutes ces facettes de Cuba..y a t’il des « terrains de campings!Auberges de jeunesse! »
    Bonne idée les petits cadeaux!
    Bises..

  4. merci de nous montrer les différentes facettes de Cuba!
    Y a t’il des terrains de camping?ou et des auberges de jeunesse!
    Au plaisir de vous suivre.

  5. Ah, voilà encore un bel épisode, vivant à souhait. On s’y croirait, avec vous ! Et voilà des gens qui savent tout faire avec rien. Reste qu’on a pas la recette du plat qui pique à la chair de crabe…

    Allez, en selle pour le prochain épisode !
    On vous embrasse et on vous suit.

  6. Je garde un très bon souvenir de Cuba. Nous avions rencontré quelques personnes qui parlaient français et étaient contentes de pouvoir le pratiquer avec nous. Les cubains n’ont pas grand’chose en effet, mais ils sont très gais. Par contre, on a parfois eu des frayeurs sur leurs autoroutes (on y trouvait des carrioles tirées par des ânes à contre-sens, sans parler de l’État déplorable de la chaussée.).

  7. Adoré le recit👍Et cette débrouillardise ! Mais je déteste les touristes qui ne sortent pas de l’hôtel et passent leur temps à peaufiner le bronzage!! Et surtout la débauche de plats qui vont finir jetés alors que le peuple à faim!
    Sifflez seulement les mecs!! Tant qu’il n’y a pas de propos grossiers c’est valorisant de voir qu’on plait😂🤗
    Et les vélos bambous de cesar jai eu l’occasion de les tester!! Solides!et agréable de rouler supervecolo!!!
    Continuez les amis … on adoré!

  8. Merci pour ce voyage à Cuba, mais ce n’est pas un pays de rêves pour moi. Beaucoup trop de risques de tous genres dans sur cette île !!!
    En attendant les habitants sont à plaindre et bien malheureux…
    Le WE du 23 Février c’est le salon de la rando au Parc expo de Rennes… Souvenir souvenir : ce fut à l’occasion d’un bel évènement une certaine année, votre grand départ une certaine année !!!
    Bonne route, Je vous embrasse bien amicalement.
    Mamie Nicole

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