Deutschland, Ende (avec de vrais morceaux de Switzerland dedans)

Fin du périple en Allemagne, on joue à saute-frontières, un fantôme réapparaît, le gang des mémés : le feuilleton de l’été continue avec le suspense habituel, les héros récurrents et quelques seconds rôles attachants.

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Après le chouette bivouac au bord du Danube, petite pluie fine mais qui finit par bien mouiller (comme quoi les vêtements techniques style GoreTex ont encore du progrès à faire), arrêt à Mengen dans une Bakerei Café où un gang de mémés boulotte des gâteaux avec enthousiasme. Ces mémés là arrivent les unes après les autres, elles sont installées près de nous à une table ronde, au début il n’y en avait qu’une, dame très élégante, habillée en dominance rouge et noir (salut le stade Rennais) sac à main et chaussures assorties, puis au fur est à mesure elles sont arrivées, aussi jolies les unes que les autres, visiblement ravies de se retrouver, elles finissent par être serrées autour de leur table, mais apparemment cela ne les dérange pas, et nous on engage les paris pour savoir comment elles vont faire si une autre décide de se pointer. C’est agréable de trouver dans chaque commune ces boulangeries qui font également salon de thé, on se demande pourquoi chez nous c’est si rare.

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Nous visiterons les rues de Sigmaringen (cf. l’article des 2000 km) où nous avalons notre pic nic au soleil sur un banc face à de jolies façades peintes. Nos vélos sont toujours l’attraction des passants et nous nous amusons à les prendre en photo avec leur air perplexe.

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Ce midi là, nous nous sommes offert des glaces, une part de gros gâteau crémeux et délicieusement léger, comme ils savent les faire ici, un thé pour faire descendre tout ça. (Gâteau et thé oubliés sur la note, nous n’avons pas insisté… on aurait du ?)
Pluie le soir aussi, direction le camping, nous retenons l’option cabane car la tente est trempée et le moral commence à l’être aussi (il lui faudrait aussi du GoreTex, à celui là). N’empêche que nous ne sommes que moyennement contents 25€ la cabane, 2€ pour des jetons de douche, et 2 € de connection internet, ça rapporte les campings dans la région !

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Le lendemain mercredi nous changeons complètement de vues, entamant 20 km de gorges sinueuses, verdoyantes, montantes et descendantes jusqu’à Benven et c’est en haut d’une côte au fond des gorges que nous rencontrons Pascale et Jacques, de Saumur et qui arrêteront leur périple à Ulm (on a oublié d’où ils sont partis). Ces deux là reprenaient le boulot le lundi. Bon courage pour la reprise, promis si nous passons à Saumur, nous viendrons vous voir.

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Un peu enquiquinés par une averse, nous nous abritons dans une ferme pédagogique, des enfants sont bien occupés à jouer avec de beaux lapins. Le soir venu, trouver un lieu de bivouac s’avère compliqué : on en bien un sous la main, mais on espère trouver mieux de l’autre côté de la ville de Tutlingen, il faudra traverser une forêt mais à priori en une heure c’est jouable et le soleil n’est pas encore trop bas. Oui, mais le mieux peut être l’ennemi du bien, comme on va le constater ; tout d’abord, on se fait encore piéger par le GPS qui montre bien la carte, mais sans courbe de niveaux, donc sans notion de relief ; et, comme bien souvent, le balisage est difficile à trouver en ville, nous devons demander notre chemin à une personne, les explications sont confuses, une deuxième vient aider, puis une troisième, jusqu’à ce que ces braves gens indiquent simultanément avec force gestes trois directions différentes !

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Finalement, en montant une rue dont la pente ferait peur même à Superman, un vieux monsieur parlant remarquablement bien français nous résume la situation : on va en baver des ronds de chapeaux (je me suis toujours demandé d’où vient cette expression) en passant par là, la côte est à 15%, après ça descend un peu et ensuite c’est terrible ! Propos confirmés par une riveraine qui nous suggère de redescendre la rue et faire un grand détour par la route. Redescendre ? Pas question, on continue pour ne pas mourir de honte devant Superman, mais on sait qu’on n’a pas la pêche pour grimper tout ça ce soir.

Et au bout du compte, comme toujours, nous trouvons le lieu de bivouac qui va bien, après avoir escaladé grimpé quelques centaines de mètres après l’agglomération seulement. C’est une ancienne carrière, l’accès est interdit par une pancarte que nous ne voulons pas comprendre comprenons pas, ou ça parle de VERBOTEN entre autres, mais c’est plat et il y a du bois pour faire du feu. Sauf qu’il est trempé, le bois, alors ça fume un maximum, au point que le panache se diffuse allègrement vers la route, pour la discrétion c’est raté. N’empêche que l’allumage a été fait avec du petit bois sec de Roumanie trouvé au fond d’une sacoche, comme quoi faut toujours avoir une petite réserve !

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Est-ce un effet de la fumée, nous avons la visite d’un papa avec ses deux filles et leur chien frisé comme un mouton. Ils restent un moment avec nous échangeons sur la qualité de vie de la région et sur notre voyage. La richesse de la ville vient du fait qu’il y a beaucoup d’entreprises dans le secteur médical et automobile, d’où un plein emploi avec seulement 3% de chômage, avis à ceux qui cherchent un job (certains se reconnaîtront).

Le lendemain, évidemment, il faut se coltiner la côte à 15%, jusqu’au point culminant à 862 m (ce n’est pas bien haut, mais c’est tellement pentu que c’est bien 1862 m ressentis), dans une brume qui cédera progressivement place à un soleil magnifique à travers les sous bois.

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Pour une fois, c’est avec un couple de voyageurs qui vont dans le même sens que nous que nous faisons connaissance, devant une prairie où les chevaux gambadent. Le fait qu’ils fassent la route dans le même sens change tout, comme on le verra. Don et Valérie habitent en Nouvelle Zélande et viennent passer l’hiver (le leur, vu qu’ici c’est l’été, d’où l’intérêt de la manip) en pédalant sur les routes d’Europe. Comme nous, ils voyagent en autonomie, préférant les bivouacs aux campings, et sans notion d’étape préétablie. Partis de Pologne, ils roulent vers Paris à un rythme régulier et impressionnant dans les montées, qu’ils grimpent mieux que nous, alors que nos chargements sont comparables. Petit détail, mais qui a son importance, Don a 73 ans, Valérie doit être dans les mêmes âges.

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Ca nous laisse une quinzaine d’années à barouder, si on pédale sur leurs traces… Ils sont hôtes WarmShowers et, évidemment, nous invitent à venir chez eux quand on passera dans le coin.
Nous nous trouvons un certain nombre de points en commun, et notamment une connaissance: Incroyable, non ? Ils ont en effet rencontré un drôle de cycliste bulgare avec un vélo surchargé de sacs en plastique. Oui, les plus perspicaces d’entre vous l’ont reconnu, c’est bel et bien l’ineffable Rumen ! (Vous avez gagné votre poids en bretzels). Ayant perçu le côté légèrement embarrassant de cette rencontre qui menaçait de se prolonger au delà de leurs souhaits, ils ont réussi à le semer (ce en quoi ils sont plus doués que nous, quinze ans d’expérience en plus ça aide) mais ont dû plusieurs fois se planquer ou faire demi tour, ils étaient tellement marqués qu’ils ont cru le voir à deux endroits en même temps. Rumen a donc le don d’ubiquité… d’autant plus que la dernière fois que nous l’avons vu à Vienne, il était sensé se diriger vers Londres avec un groupe de cyclistes.

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Pic nic du midi au lac Zellersee à Radolfzell, près du lac de Constance, c’est superbe. Les familles viennent là passer un moment paisible au soleil, sur l’herbe au bord du lac, ça pédale dans tous les sens, toutes générations confondues. Nous le longeons ensuite mais il est inaccessible car ce ne sont que des propriétés privées qui sont en bordure, à de très rares accès publics possibles.

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Nous passons la frontière Suisse presque sans nous en apercevoir, seuls deux panneaux plantés au bord du chemin signalent ce changement. Point de poste de douane, sur un si petit chemin il n’a jamais dû y en avoir, et les enclaves suisses en Allemagne sont si nombreuses que ce serait ingérable, ou alors il faudrait embaucher comme douaniers la moitié de la population du canton (l’autre moitié étant occupée à essayer de passer des trucs en fraude). Il est surprenant que ce ne soit pas tout simplement le Rhin qui fasse office de frontière, au lieu de ces imbrications de territoires entremêlées ; on pourrait penser que cette région ressemble à un gruyère, mais comme celui-ci n’a pas de trous (contrairement à l’emmental), disons plutôt qu’on dirait un puzzle dont certaines pièces n’ont pas été placées au bon endroit (il a sans doute fallu forcer un peu pour que ça s’emboîte quand même).

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Et c’est parti pour un bivouac à la première ferme à gauche en entrant en Suisse, chez la famille Schmid. Grand confort : Chambre près du pré des vaches, salle à manger avec un banc au bord du Rhin, cuisine un peu plus loin avec feu de bois sur la grève, salle de bain carrément dans le fleuve, mieux que tous les campings ****
Nous nous étions arrêtés pour regarder les sculptures rondes exposées à l’entrée du chemin menant à la ferme, la maman (dans nos âges) avec qui nous discutons nous invite à piquer la tente dans le pré, près du sentier qui longe le fleuve, une occasion inespérée, vu que les campings suisses sont hors de prix, enfin très onéreux.

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D’ailleurs nous aurons l’occasion de nous en rendre compte dès le lendemain matin en repartant vers la vieille ville de Stein, nous achèterons des cartes postales 3 fois plus chères que de l’autre côté du fleuve, c’est a dire en Allemagne. Des suisses avec qui nous bavarderons plus tard confirment que leur pays est décidément très élitiste, cependant beaucoup d’helvètes vont faire leurs courses alimentaires côté allemand.

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La petite ville de Stein est étonnante avec ses vieilles maisons peintes, nous avons grand plaisir à parcourir ses ruelles le nez en l’air ; encore une fois nous apprécierons l’architecture absolument remarquable et l’état de conservation de ce patrimoine richement mis en valeur et avec un sens du détail et de la mise en scène, du pur bonheur dès le matin.

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Nous retrouverons nos amis néozélandais qui sont surpris d’être en Suisse, ils ne s’en étaient pas aperçus, bien qu’ils aient trouvé le prix du camping de la veille prohibitif ; il faut dire que le découpage géographique est pour le moins perturbant, une heure en Suisse la suivante en Allemagne et virage suivant à nouveau en Suisse, y’a de quoi vous déboussoler !

Pour arriver sur le site de la chute du Rhin (non, on ne mettra pas de photo suggestive), le trajet est très agréable, il longe le fleuve dans un sous bois bienvenu, mais se termine par une côte à 20 % gravillonnée, un passage infernal où il faut pousser chaque vélo à deux.

La vue en amont des chutes est impressionnante, mais on se doute qu’en aval c’est encore mieux.

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Seulement, pour ça il faut débourser 5 francs suisses, que comme deux autres voyageurs français croisés auparavant, nous refusons de payer, par principe. Ils nous avaient suggèré d’aller sur l’autre rive pour bénéficier du spectacle gratuitement. Ils avaient oublié de nous dire quil fallait parcourir de sacrées pentes et faire quelques kms en plus, mais l’effort en valait largement la peine.

Pour la dernière fois nous retrouvons Valérie et Don, nos deux compères néozélandais qui eux ont pris une autre route pour arriver sur le même site gratuit que nous.
Le soir, bivouac sur un chemin au bord du Rhin, près des pêcheurs. Le lendemain matin en traversant le village après avoir gravi une pente telle qu’il a fallu décrocher les sacoches et hisser les vélos à deux, nous découvrons un camping tout proche. Pas de regrets, il a l’air crado, les poubelles débordent à l’entrée, le bivouac était bien plus bucolique.

Joël adore les petites bêtes, il a décidé de s’offrir une tique sur la cuisse, comme il faut que ces bestiaux là soient retirés correctement, on s’arrêtera dans une pharmacie où là, surprise, la dame prend sa pince à épiler et arrache le corps de la bestiole ; la tête est restée bien accrochée, mais ce n’est pas grave nous assure t elle, c’est dans le corps que se trouve le poison, si ça devient un grand cercle rouge il faut consulter le docteur… merci madame !!!

Nous aurons ce jour là encore quelques belles pistes bien balisées au bord du Rhin avec des paysages variés. Le bivouac se fera à nouveau dans un club de kayak et les vélos, et Pople, seront à l’abri sous un tipi car la pluie s’est invitée pour la soirée.

Le lendemain matin ce n’est plus qu’un mauvais souvenir et nous repartons vers la petite ville de Bad Säckingen où les sonorités d’orgue qui émanent de l’église nous invitent à y entrer.

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