Félix, la tête dans les nuages

On en avait entendu parler, mais quelle surprise de le découvrir, survolant de trafic des veilles voitures américaines sur une avenue de La Havane ! Cette vision surréaliste nous fait aussitôt sauter sur nos destriers pour partir à sa poursuite, comme pour être sûrs qu’il ne s’agit pas d’une hallucination.


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Félix est bien vrai, et même plus vrai que nature, c’est un personnage fascinant. Il parcourt la ville au guidon de sa bicyclette de près de trois mètres de hauteur, surnommée la chiquita car pour lui elle est petite. Il en a en effet construit de bien plus hautes, jusqu’à 10 mètres, ce qui lui a valu un record du monde (non homologué, vu qu’il est Cubain). Nous qui roulons avec le cul bas, on ne peut qu’admirer ce type qui a le culot d’avoir le cul haut au dessus de la cohue. Un bref essai de la chicita suffira à grandement impressionner Joël, Irène s’abstenant sous prétexte que c’est encore plus haut qu’un chameau.

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A ceux qui se demandent comment on fait pour démarrer sur un engin pareil, la réponse est aussi simple qu’avec tout autre vélo, même couché : On monte dessus et on pédale. Sauf que là, pour monter dessus il faut appuyer le vélo contre un mur, un poteau, un arbre, un bus, tout ce qui est assez haut. Ce qui explique pourquoi Félix ne s’arrête pas aux feux rouges, bien qu’il ne les grille pas non plus, il anticipe au besoin en faisant des tours en rond sur la route jusqu’à ce que ça passe au vert. Ça ne marche que parceque les feux sont rapides et il n’y a que peu de circulation, au Japon où ils durent 3 minutes ce serait une autre affaire. Quant à s’arrêter avec un tel engin, c’est tout simple, Félix freine puis désescalade depuis son perchoir pendant qu’il roule encore un peu.

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Avec son épouse Francisca, laquelle est toute en rondeurs et douceur, ce petit homme énergique et bouillonnant d’idées habite une modeste maison dans laquelle le vélo occupe une place prédominante ; non seulement y sont rangés ses nombreux biclous, mais il y en a même un qui trône sur un lit, un magnifique engin en carbone avec des dérailleurs à commande électrique ; Félix n’utilise pas ce bijou qui lui a été offert, il préfère sa chiquita fabriquée avec des cadres de récupération.

Sans cesse en action, ne tenant pas en place, notre homme a eu plusieurs vies : Soudeur, éleveur, professeur de boxe, réparateur de vélos (bénévole, il était payé en cadres de bicyclettes) , dresseur de coqs de combat et sans doute bien plus encore. Résolument non conformiste, Félix se plait à surplomber la médiocrité ambiante avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir.

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Son rêve est de venir en France pour… le Tour de France évidemment. Pas évident quand on a un budget cubain, avec les maigres revenus de la micro épicerie tenue avec Francisca, où ils vendent les cigarettes, sucettes ou canettes de bière et sodas à l’unité aux Cubanos tous aussi désargentés les uns que les autres. Avec un mélange de naïveté confondante et de détermination farouche, Félix est une boule d’énergie qui ne peut se contenter d’une existence morose, ses rêves sont sans limite, nous en sommes épatés.

La chute

Alors que nous parcourons ensemble le malecon (front de mer), Félix s’écrie tout à coup « Hueco ! Hueco !« . C’est là que notre piètre connaissance de la langue espagnole s’avère patente, s’il eut crié « Trou ! Trou !« , Joël qui roulait à ses côtés le nez en l’air pour admirer l’acrobate aurait vu à temps la plaque d’égout qui manquait et ne se serait gamellé brutalement dans ledit hueco. Irène qui suivait derrière avec la go pro n’a rien manqué de la chute, un direct comme dans les meilleurs gags !

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Heureusement que ça se passe avec un vélo couché, car sur un vélo classique c’était le « soleil » assuré, quelques dents sur le trottoir après un vol plané par dessus le guidon. Les dégâts sont limités, une simple foulure de cheville qui passera en une semaine et la bôme du vélo qui a pris un angle pour le moins anormal.

Mais à Cuba tout se répare, même s’il n’y a pas ce qu’il faut pour. De retour chez Félix, tentative de démontage de la bôme, une vis casse et il est trop risqué de l’extraire, de toute façon on n’en trouverait pas d’identique dans tout le pays, il n’y a pas de tienda (magasin) pour ce genre d’article et même s’il y en avait, les étagères seraient probablement vides. Qu’à cela ne tienne, un coup de perceuse traversant le cadre, une vis improbable sortie du sac fourre-tout de Félix et mise à la bonne longueur chez un voisin, voilà une réparation ‘garantie 20 ans’ !

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Plein de générosité, Félix nous offre un des deux exemplaires qu’il a du livre « Confidences cubaines » que l’écrivain suisse Claude Marthaler lui a dédié. Un cadeau touchant et fort bienvenu, car le récit de ce grand voyageur à vélo est extrêmement intéressant et donne de Cuba une vision très acérée.

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Quand nous repasserons à La Havane à la fin de notre séjour, nous rendrons une dernière visite à Félix. En espérant toutefois que la prochaine fois c’est lui qui viendra nous rendre visite, faire un tour en France avec son grand vélo. On va faire tout ce qu’on peut pour l’aider à réaliser ce rêve, qui devient aussi le notre.

 

Exemple de hueco maousse costaud !
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8 Commentaires judicieux

  1. Dites, peut-être que Félix habite au premier étage, voir au deuxième, et enfourche son vélo en ouvrant la fenêtre. Si ce n’est pas le cas, c’est une suggestion. Quel que soit l’étage, bravo, c’est surprenant. Il pourrait faire le tour Alternatiba, ça changera des tandems à quatre places.
    Michel

  2. Voila un article qui correspond bien à l’idée que je me fais du voyage en général; rencontre, découverte, surprise, générosité, attachant, non conformiste,…. tout y est!
    Nous avons aussi « notre » Félix à la maison qui passe actuellement plus de temps sur la roue arrière de son vélo que sur ses 2 roues. Une histoire de prénom ces acrobaties?

    Continuez à nous faire voyager les Amis.

    Les P’Tits Vélos

  3. Quelle aventureuse monture que celle de Felix, mais il y a quand même deux roues !
    On ne l’a pas encore fait on vous souhaite une très belle année, Bonne et Heureuse, Lumineuse et Voyageuse…

    Amicalement

  4. Bonsoir…Quelle chance de « dénicher »cette rencontre qui sort de l’ordinaire!
    vous savez prendre de la hauteur!hi
    à la prochaine..
    kenavo

  5. Claude roule sur des vélos normaux mais il aussi déjanté que Félix! Je l’ai rencontré ! Pour lui permettre de réaliser un rêve fou Vous lancez une soumission comme pour le toit de l’école! Ça va marcher mais faut que vous soyez au pays ce jour là !!!
    Bisous

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