Guantanamo

Dans cet article, nous vous emmenons sur la côte sud (virtuellement s’entend, car ne comptez pas voyager dans nos sacoches, elles sont pleines). Vous allez voir que c’est plutôt sympa comme coin, et facile à faire en plus, un short, un T-shirt et un vélo, voilà tout ce qu’il vous faut pour nous accompagner.
En route !


La descente de la Farola, où nous avait déposé notre bétaillère, est autrement plus agréable que la montée ; les paysages sont superbes, la route pas trop pourrie, on file à vive allure ; seul regret, ça ne dure pas assez longtemps. Les vendeurs de fruits, surtout de bananes, essayent de nous courir après, ils ont fort à faire ! Quand Irène enfin s’arrête, elle aura acheté quelques fruits mais aussi donné des brosses à dents et du dentifrice acheté au Mexique ! Un autre vendeur va tenter de nous vendre ces coquilles multicolores de « Polymitas » ces petits escargots qui sont pourtant protégés mais nous ne cédons pas car le passage en douane risque de nous couter cher !

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En route nous rencontrons un jeune papa à moto, avec son fils à l’arrière, ils s’en vont jusqu’à Moa ; bon courage, on connait la « route », ça ne va pas être une partie de plaisir. Le papa nous offre des mangues, nous offrons des crayons de couleur à son petit garçon ravi. Plus tard, c’est Martial un jeune espagnol que l’on croise, il a un chouette vélo et un sourire jusqu’aux oreilles, son enthousiasme fait plaisir à voir. Il est beaucoup moins chargé que nous mais il ne vient uniquement qu’à Cuba !

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La mer des Caraïbes

A partir de maintenant, tout change : Au lieu du vent de face, on l’a de trois quart arrière, au lieu du soleil dans les yeux on l’a derrière nous, au lieu des côtes c’est quasiment plat, la végétation tropicale a laissé place à des broussailles sèches et des arbustes, les haies de cactus taillées sont de retour ainsi que les hauts cactus, les virages incessants sont remplacés par une route toute droite. Est-ce bien le même pays que de l’autre coté de la montagne ? On imagine un instant avoir étés télé transportés en Baya California au Mexique.

Imias

La première bourgade est alanguie au pied de la montagne, le rio est à sec, la vie semble ronronner paisiblement ; il n’y a sans doute pas grand chose à raconter dans les journaux à propos d’Imias, mais comme ceux-ci sont surtout remplis de propagande pour la révolution, c’est aussi bien comme ça. Le village est joli, maisons peintes en couleurs pas trop bancales. Les jardins entourés de fleurs avec des arbustes font plaisir à voir. La rue principale a des trottoirs bien entretenus, on constate une volonté d’embellissement que nous n’avions pas rencontrée jusqu’ici. Les gens sont tout souriants et ont envie de parler avec nous, posent des questions ou nous encouragent.

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La casa où nous nous posons est tenue par Tatiana. Elle nous guettait on ne sait pas depuis combien de temps, sachant que nous allions passer par là. Voilà Joël interpellé par son prénom ! Encore !!!  Alors on va la visiter sa casa et y rester une nuit. Son mari Josue est féru de cyclisme il s’occupe d’ailleurs du club cyclo du coin en dehors du fait qu’il soir aussi professeur d’éducation physique. Un drôle d’oiseau habite aussi là, joli perroquet qui s’intéresse de près aux vélos, c’est un connaisseur.

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Quand nous avons quitté nos ce matin, nous avons attendu que la pluie cesse. Une jolie averse qui a rendu la cour de nos hôtes bien gadouilleuse avec la terre argileuse qui colle aux pattes et aux pneus.
Cette petite ville nous a bien plu, l’environnement y était plutôt plaisant. La région vit principalement de l’agriculture, notamment de bananes, chocolat et café.

Après quelques kilomètres sur le plat relatif, nous abordons toute une série de montées et de descentes qui nous offrent de belles sensations et un plaisir de profiter de sompteux paysages sur le massif environnant. Les odeurs de la végétation sont multipliées par la pluie qui a détrempé les sols. Une chance d’être partis tôt à la fraiche parce que l’on transpire sang et eau jusqu’au vingtième km avant d’entamer une belle descente face à l’océan. Nous allons en profiter le temps de croiser quelques charettes tirées par les boeufs, les mules ou les chevaux. Les hommes sont allés couper au bord de la route, de l’herbe sèche qu’ils ramènent dans de grands sacs. Dur labeur pour ces gens ainsi que pour leurs bêtes de somme qui parcourent des kilomètres loin du village pour ramener pitance aux animaux.

Tortuguilla

Il est connu chez les cyclistes qu’un des avantages de Cuba est qu’il est agréable d’y pédaler car il y a peu de voitures. On peut le confirmer, surtout dans cette région où on ne croise que peu de véhicules motorisés. Par contre, les chevaux sont bien mis à contribution, le son des sabots sur la route est autrement plus plaisant que celui des moteurs. Pataclop, pataclop, pataclop. Et le crottin est moins polluant que les affreuses fumées noires des tuyaux d’échappement.

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Au fil du cheminement, pas ennui, il se passe toujours quelque chose. Le boulanger avec son drôle d’engin à pédales est attendu par les gens des petits hameaux, les stands de fruits se succèdent, la côte est belle, todo va bien.

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Tortuguilla est une toute petite commune, pour un peu on la traverserait sans s’en apercevoir, ce qui serait dommage. On s’y arrête pour la nuit.

Des jeunes jouent au ballon sur un terrain vague, pas besoin de tenues ni chaussures coûteuses, ni même de chaussures du tout, pour s’amuser. Mais ils apprécieraient tout de même avoir un ballon digne de ce nom.

La mer est agitée sur cette côte, les courants sont dangereux, aussi est-il impossible de se baigner en mer. Mais il y a une soi-disant « piscine naturelle », laquelle n’a rien de naturel du tout, comme en témoignent les murets en béton qui délimitent le bassin ; le lieu est populaire, d’où la musique qui hurle sous la férule d’un « animateur », ce qui a de quoi faire fuir tout autre qu’un natif de Cuba.
Il suffit d’aller à quelques centaines de mètres pour trouver une plage vraiment naturelle et particulièrement calme puisqu’elle est déserte. On ne peut pas vraiment s’y baigner car le niveau d’eau est trop bas, mais pour la beauté des lieux et la tranquillité, c’est le top.

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Guantanamo

S’il y a une ville cubaine qui est mondialement connue, hormis la Havane, c’est bien celle-ci. A cause évidemment du camp américain où ces derniers ne se privent pas d’emprisonner indéfiniment et torturer en dépit de toutes les conventions internationales et même des lois de leur propre pays. Obama avait promis de fermer le camp mais ne l’a pas fait, Trump a au contraire promis d’intensifier son usage.

Contrairement au Japon, où les bases militaires américaines ont une grande influence sur les villes où elles sont implantées, à Guantanamo on ne voit aucune trace de la présence des yankees. Vu les relations pour le moins tendues entre les deux pays, on imagine que les militaires restent soigneusement parqués dans leur zone, avec leurs MacDo et leur Coca Cola.

Nous traversons les faubourgs bouillonnants de cette ville fondée par des planteurs français arrivés de Haiti avec leurs esclaves. On nous a mis en garde contre les habitants noirs de cette ville qui sont bien sûr des voleurs ! (Partout, dans tous les pays, c’est la même chose, on nous met en garde contre « les autres », ceux qui ne « sont pas comme nous »). Nous allons donc découvrir cette ville si dangereuse.

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C’est ici que nous allons retrouver notre ami Shalom arrivé depuis deux jours en taxi. Il a trouvé une casa mais nous laisse le soin de dénicher la nôtre. Après en avoir décliné une au second étage d’un petit immeuble où il était impossible de monter Panne et Cake, nous en trouvons une autre avec piscine, oui, oui… Mais quand on demande à notre hôte où est la piscine, elle a disparu pour être remplacée par une terrasse. Ah pourquoi donc ? Parce qu’après la visite de « l’administration » il a dû la fermer pour la raison que la piscine incite à la prostitution !!! Faites comme nous, riez un bon coup, ouvrez de grands yeux, lui le pauvre ça ne l’a pas fait rire.

Les belles américaines

Comme dans toute grande ville, les voitures américaines des années 50 sont omniprésentes ; certaines sont en très bon état, d’autres semblent ne tenir que grâce aux multiples couches de peinture, il y en même qui ne rouleront probablement plus jamais.

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Bici-taxi

Les bureaux de l’émigration sont situés à 2 km de la ville et ne sont ouverts que de 8 à 11h. On commence à y aller à pieds sans notre ami Shalom qui en est toujours à son petit déjeuner, lorsque nous sommes abordés par un bici qui tient à faire une course prometteuse. On hésite, n’ayant pas envie de nous faire trimbaler à la force des mollets de quelqu’un d’autre. Visiblement le monsieur n’a pas envie de nous lâcher si facilement et puis on se dit que ça va lui faire quelques sous, alors on embarque à l’arrière et franchement on leur dit chapeau à ces taxis cyclistes, parce qu’il en faut de l’énergie pour appuyer sur les pédales de leur biclou, pas léger mais en plus chargé de deux clients sur des rues mal en point. Il transpire notre homme, heureusement que le parcours est plat, néanmoins ce serait plus facile pour lui s’il avait un dérailleur.

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On peine parfois avec notre barda mais on ne va certes pas se reconvertir dans cette profession, trop pénible. Ça fait trop penser à ces pauvres chevaux qui peinent à tirer leur lourde charge.

L’administration cubaine – Acte I

Mais qu’allons donc nous faire à dans les bureaux de l’émigration, vous demandez-vous sans doute ? Comme ça fait bientôt trente jours que nous sommes arrivés, nous devons faire prolonger notre carte touristique d’un mois supplémentaire. C’était sans compter sur une administration tatillonne :

Bien évidemment il nous faut faire la cola (la queue) quand on arrive devant le bureau qui va bien, on attend donc sous les arbres qui nous protègent des ardeurs du soleil. Quand enfin notre tour arrive et que nous nous présentons tous les deux, Joël est prié de rester à l’écart : Une seule personne à la fois ! C’est dit sur un ton qui n’entend aucune contestation. Quand la dame a fini d’éplucher avec circonspection nos passeports et cartes touristiques, elle explique que ce n’est pas possible, ça ne se passe pas comme ça, il faut faire la demande de renouvellement juste avant l’expiration, pas quatre jours avant, nous sommes là trop tôt ! Avant l’heure, c’est pas l’heure, après l’heure, c’est plus l’heure.

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Heureusement que nous serons prochainement à Santiago, où il y a également un bureau de l’émigration ; si on était en train de pédaler dans la cambrousse, comme depuis plusieurs jours, on aurait laissé passer la date et là on n’ose imaginer les tracas avec l’administration, pas envie de passer par la case prison (surtout à Guantanamo !).

La débrouille

Vu que les salaires officiels ne suffisent pas à faire bouillir la marmite, les Cubains se livrent à de nombreuses petites activités dont certaines ont l’air bien peu lucratives. On a remarqué que certaines ont l’air réservées aux handicapés, notamment la vente de stylos et de lames de rasoir, à l’unité évidemment. Les réparateurs de chambres à air utilisent un équipement de fortune pour faire chauffer la chose (une semelle de fer à repasser) et une méthode infaillible pour vérifier la température (verser de l’eau pour voir quelle vitesse elle s’évapore).

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Le couturier répare les sacs à dos et autres, le vendeur de fourbi propose tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi), chacun fait de son mieux dans la joie et la bonne humeur.

La cola

La cola (queue) fait partie du quotidien, les gens font preuve d’une patience impressionnante, chez nous il y a longtemps que ça dégénérerait. Aujourd’hui y a du gaz, on s’en précipite car il n’y en aura peut-être pas avant longtemps. Flûte, c’est terminé pour aujourd’hui, on reviendra demain… Idem pour tous les produits indispensables, mais aussi pour les services comme la banque ou la poste (quoi que pour la poste, en France on connaisse aussi les longues queues).

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La zicmu

À la Havane on s’était trouvés frustrés au niveau musique, c’était trop orienté tourisme, trop clinquant. Déçus aussi par la soirée au Buena Vista Social Club, qui ressemblait à un bel attrape-pigeons.

A Guantanamo, nous sommes aux racines de la musique Changüi, considérée comme l’ancêtre de la salsa moderne et du Son Montuno inspirée des rythmes africains et de la guitare espagnole. Qui ne connaît l’air de la chanson « Guantanamera » ?

On peut aller apprécier de petits groupes qui se produisent dans de petites salles, qui ont visiblement plaisir à jouer ensemble comme des potes. Le prix est dérisoire, l’ambiance mémorable. Si vous passez à Cuba, cherchez la casa de la Trova de la villeles musiciens se produisent quasiment toute la journée et la soirée ; c’est subventionné par le gouvernement, d’où le prix, il n’y a pas vraiment de relation commerciale mais plutôt un public conquis avec lequel les musiciens sont complices.

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C’est quand même autre chose que le reggaeton

Vers Santiago de Cuba

Nous avions initialement prévu de rallier Santiago par la côte, mais il faudrait faire au moins une étape en un lieu où il n’y a pas de casa particular, or Shalom n’est pas équipé pour camper. Nous passons donc par l’intérieur, via l’autoroute ou du moins ce que les Cubains appellent comme ça ( autopista ). Deux fois deux voies séparées par un large terre-plein central, voila qui promet. En fait c’est super tranquille, il y a si peu de trafic qu’à un moment les décideurs ont dû finir par comprendre que ça ne servait à rien de construire une telle infrastructure, ou alors il n’y avait plus de sous, toujours est-il que l’autopista devient une route tout à fait ordinaire et c’est tout aussi bien.

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Shalom a une super pêche, on a du mal à le suivre, mais ça ne va pas durer. Il a un nouveau problème technique avec son vélo, les vitesses ne passent plus bien, comme ce n’est qu’une succession de descentes et de côtes ce n’est pas idéal et il galère (dans les côtes, parce que dans les descentes ça va bien). Nous décidons de partir devant pour essayer de dégoter une casa à la prochaine ville, mais ce n’est pas si simple, on découvre qu’il n’y en pas de bleue, seulement des rouges, réservées aux Cubains. Un type nous propose d’aller au patelin suivant, où on pourra déjeuner et se restaurer, on en informe Shalom par SMS et on s’y rend mais c’est la déception : C’est encore une casa rouge, on peut rester jusqu’à 20 heures mais pas au delà, moyennant 3 $ de l’heure. Pour le coup on se paye une douche et une sieste, après un repas fort correct, autant s’adapter aux circonstances.

L’accident

Avec tout ça les heures s’écoulent, pas de nouvelles de Shalom, c’est étrange. Jusqu’à un message où il nous apprend qu’il a eu un accident, les pompiers l’emmènent à l’hôpital ! Il est entré en collision avec une moto, à moins que ce ne soit l’inverse, et a un pied endommagé, peut-être le vélo aussi.
Au bout de compte, il s’avère que c’est une entorse, un véhicule le transporte à l’hôpital de Santiago où nous nous sommes rendus en pédalant de nuit, d’une part parce qu’il fallait bien qu’on crèche quelque part mais surtout pour lui trouver également une chambre.

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C’est donc la fin du périple cycliste de Shalom à Cuba, il lui faudra trois semaines de repos avant de pouvoir marcher normalement, ce qui lui donnera tout le temps de découvrir Santiago de Cuba. Ville que nous fous ferons découvrir dans le prochain article, si vous avez été bien sages.

 

Français jaunes : par solidarité
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7 Commentaires judicieux

  1. j adore vous lire et L amie qui m a fait connaître votre site, vous L avez rencontrée avec sa fille aux États Unis dans un canyon…. J ai la preuve:une photo de vous 4!!! Incroyable ces .hazards..Un immense merci pour vos partages

  2. Toujours le plaisir de vous suivre les amis, pendant ce temps je patiente gentiment avec une épaule bloquée suite à une opération d’une rupture de la coiffe, la semaine prochaine je pars contempler la montagne, ça me changera d’air.. Continuez de pédaler je vous suis, pleins de bisous à tous les deux😘😘😘😘😘

  3. même pas jaloux…..! le Vietnam c’est mieux on trouve des nha nghi  » chambre d’amoureux » partout ;o)) nous sommes au régime banane,,,, la dernière mangée, c’est la fin du régime ;o))
    pour les vestes jaune…. respect !

  4. Vous avez d’incroyables talents pour rencontrer des personnages ..ça me fait penser à Pierre Bonte qui autrefois allait à la rencontre de personnes pittoresques en France.. »il semble me souvenir que c’était le dimanche midi avec Jacques Martin »le petit rapporteur »
    Je vois que ça « bidouille  » pas mal à Cuba!Bises soufflées par le vent de Rochefort

  5. Coucou vous, comme d hab, ça fait plaisir de vous lire, ça m évade un peu de mon canapé après une journée de boulot , prenez bien soi de vous, va falloir penser à écrire un bouquin avec tout vos récits Best seller assuré c est sur..
    Bisous de Nanou

  6. Bonjour à vous 2, je continue à lire votre blog et je suis tellement contente d’avoir deS nouvelles de votre vécu à CUBA !! Je connais un peu l’île (voyage en 2017). Elle me passionne sans savoir pourquoi, notamment à travers ZOE VALDES que j’ai rencontrée à Paris. Votre découverte est comme toujours tellement sincère !!! Je viens de commander le livre de MARTHALTER que je ne connaissais pas et j’ai hâte de l’avoir. Je suis de tout coeur avec vous sur les routes cubaines et j’attends avec impatience vos réactions pour la région de TRINIDAD/CIENFUEGOS. Très amicalement. Colette

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