La Corée du Nord

Jamais on n’aurait imaginé aller pédaler dans ce pays, d’ailleurs même si on en avait eu la possibilité, on n’en aurait guère eu envie.

Et puis voilà que la donne a changé : Depuis notre arrivée en Corée du Sud les relations se sont singulièrement réchauffées, une initiative visant à permettre à quelques visiteurs de traverser la fameuse DMZ (zone démilitarisée) s’est mise en place, alors on va en profiter. En fait c’est un sacré coup de chance, nous avons postulé auprès de l’équivalent du ministère des affaires étrangères et avons été retenus, sachant que l’opération est de durée très limitée et n’a pas été médiatisée, ce qui explique qu’il n’y ait eu que peu de candidats. A moins que ce ne soit parce que bien peu de gens ont envie d’aller au Nord, dans le sens inverse il y aurait peut-être eu plus de candidats.

Dans l’article précédent nous ne vous avons pas parlé de cette escapade, préférant vous en réserver la complète surprise. Elle a eu lieu peu avant que Donald Trump et Kim Jung Un ne se rencontrent à Singapour.

Vers l’inconnu

C’est bien connu, de l’autre côté l’herbe est toujours plus verte, sauf que cette fois-ci elle est réputée jaunie, voire même inexistante. Nous allons voir par nous-mêmes de quoi il retourne, le meilleur moyen de faire une opinion.

Une fois passées les interminables formalités préalables, nous sommes enfin en possession du précieux sésame qui nous permettra de franchir la frontière par voie terrestre, ce qui est inédit depuis plus de vingt ans. Ce ne sera hélas pas à vélos, il ne faut pas trop en demander, mais en train et ça s’avérer être étonnamment facile.

En gare de Séoul, nous bénéficions d’un accueil de VIP, nos vélos sont immédiatement pris en charge et nous montons à bord du DMZ Train en compagnie d’une douzaine de voyageurs pour un trajet d’une heure vingt jusqu’à la gare de Dorosan, tout près de la frontière. Le train est décoré de dessins et couleurs gaies, c’est assez curieux.

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C’est là que ça devient extraordinaire puisque le train va ensuite franchir le pont Imjin sans plus de formalités alors qu’on s’attendait à des contrôles militaires tatillons, sans doute parce que nous portons les précieux laisser-passer autour du cou (Même Petit Chat a le sien).
Tout ceci déroule néanmoins dans une atmosphère très particulière, on sent que le personnel du train est tendu, les militaires sont omniprésents, la présence des barbelés et miradors n’incitent guère à la décontraction.

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À noter que nous sommes en possession de billets aller-retour, ce qui a son importance, n’est-ce pas ? Par contre, ils sont récupérés, ainsi que nos passeports, par les autorités dès que nous franchissons la frontière, on nous dit que c’est pour notre sécurité.

 

De l’autre côté

À partir de maintenant, de légers changements vont influencer la rédaction de cet article :

  • Il n’y aura que très peu de photos prises par nous-mêmes, car la plupart on disparu de nos appareils lorsque nous avons passé le contrôle militaire au retour. Sans doute une fausse manip.
  • Notre drone à dû rester à l’immigration, on le récupérera lorsque nous quitterons le pays, le but est d’éviter qu’il ne se perde car les données GPS ne sont pas fiables par ici, nous explique t’on.

Nous n’avons droit qu’à cinq jours, ce qui est fort peu pour établir un itinéraire mais les autorités vont bien nous faciliter les choses en nous indiquant les endroits intéressants à visiter. Compte tenu de la taille du pays, on va aller d’un point à l’autre en train, puis pédaler quand nous sommes sur place, c’est une bonne formule. En tant que VIP, nous n’allons pas prendre les trains du peuple mais ceux des dirigeants, ça va nous faire gagner bien du temps. En effet, les Kim ont fait bâtir un réseau ferré privatif qui leur permet de traverser le pays à leur guise. Le long de cette “ligne Kim” se trouvent 19 arrêts, dont certains constituent les seuls moyens d’accéder à des lieux de villégiatures de la nomenklatura. Nous avons beau être dans pays communiste, il est normal que certains soient plus égaux que d’autres, on ne peut pas diriger un pays en vivant comme un simple ouvrier.

 

Un peu d'histoire
A l'issue de l'invasion de la Corée par les Japonais en 1910, laquelle s'est terminée en 1945 après la capitulation du Japon, le pays se retrouve divisé en deux suite à un accord entre Staline et Roosevelt : Les Soviétiques s'installent au nord, les Américains contrôlent le sud. Mais l'invasion du sud par les troupes du nord en 1950 marque le début de la guerre de Corée qui va durer trois ans et faire deux millions de morts et blessés, tout ça pour en revenir peu ou prou aux frontières précédentes sur le 38° parallèle.
Kim Il-sung fut le fondateur et le premier dirigeant de la Corée du Nord de 1948 jusqu'à sa mort. Il fut président de la République Populaire Démocratique de Corée ainsi que secrétaire général du Parti des travailleurs. Il était couramment désigné du titre de Grand Leader et fut proclamé le « Président éternel » et le « Professeur de l'humanité tout entière » après sa mort.
Son fils Kim Jong-il lui succéda de 1994 jusqu'à sa mort. Appelé le « Cher dirigeant », il ne pouvait être président puisque son père est le président éternel, son titre fut donc « Dirigeant suprême », ce qui n'est pas mal non plus. 
Quant à Kim Jong-un, vous en savez autant que nous sur le troisième fils de Kim Jong-il, proclamé « Commandant Suprême » de l'Armée populaire de Corée.

Pyongyang est une grande ville, avec plein d’avantages. Elle n’est pas enlaidie par les publicités agressives, car à part les hommages à la famille Kim et au parti, il n’y a pas d’affiches, ni même d’enseignes. Trouver les magasins d’État n’est pas facile, mais peu importe car les rayonnages sont quasiment vides et c’est très bien ainsi, on n’est pas tentés d’acheter des tas de trucs inutiles.

Un immense bâtiment domine la ville, c’est l’hôtel Ryugyong qui a été achevé en 2012 après plus de vingt ans de chantier, il doit être sacrément bien à l’intérieur. Haut de 330 mètres, il mesure 4 mètres de plus que notre tour Eiffel ! Il reçoit tout au plus une cinquantaine de touristes étrangers par semaine, triés sur le volet, malgré notre statut de VIP nous n’y avons pas accès et n’arriverons même pas à l’approcher à moins d’un kilomètre. C’est normal, il faut bien préserver la tranquillité des visiteurs, lesquels ne sont pas dérangés par le bruit de la circulation.

Dans les autres villes, ce qui est bien est qu’on peut marcher et traverser les rues facilement, du fait qu’il n’y a carrément aucun traffic automobile. En fait, il n’y a aucune voiture, on ne voit même pas de stations services ! Des vélos, par contre, il y en a partout, plutôt vieillots et déglingués mais tout le monde ne peut avoir un vélo couché.

Nos guides sont très prévenants et attentifs, c’est chouette car non seulement on ne paye rien pour ce service mais grâce à eux ont sait où aller. Quant aux endroits où il vaut mieux ne pas aller, on les repère de toute façon de par la présence de gardes lourdement armés, pour notre sécurité bien entendu.

Nous visitons des villages « traditionnels » réservés uniquement aux touristes, ce qui permet de se rendre compte de la remarquable qualité de vie en Corée du Nord, laquelle est enviée par le monde entier. Ceci grâce au génie du bienfaiteur de la nation Kim Jung Un, dont les immenses portraits décorent la plupart des édifices et figurent dans tous les foyers.
Il faut reconnaître que non seulement le dirigeant suprême est très attaché au bonheur de son peuple, mais c’est aussi un bel homme dont la prestance fait rêver bien des Coréennes des deux côtés.

Lors d’une balade, on peut voir des enfants avec de petits balais, notre guide rajoutant gaiement que ces petit anges sont de sortie pour faire du volontariat : du nettoyage de monument. Le volontariat est très commun en Corée du Nord. Après 6 jours de travail pur et dur, le peuple se rassemble dans la joie pour faire du volontariat et travailler un peu plus.

La Corée du Nord accueille officiellement 3 000 touristes par an, la majorité d’entre eux étant Chinois. Avec nos allures d’occidentaux, on ne passe pas inaperçus, il semble que nombre de Coréens n’en aient jamais aperçu de leur vie. Certains sourient en nous voyant, d’autres s’arrêtent la bouche ouverte en appelant les amis aux alentours, comme si la vierge leur était apparue. Le reste, les plus nombreux, détournent le regard ou s’effacent discrètement derrière une porte ou un arbre. Si seulement on avait réussi à apprendre un peu la langue on aurait pu discuter un peu avec eux, en compagnie de nos guides bien entendu.
Mais trêve de bavardages, il est (trop) vite temps de reprendre le train en sens inverse pour rentrer à Séoul, ce symbole du capitalisme où la consommation à outrance anesthésie le peuple qui, par conséquent, s’est détourné de la Révolution qui apporte le bonheur et la sérénité. Dommage qu’on ne puisse rester plus longtemps…


	

23 Commentaires judicieux

  1. Quelle expérience incroyable !!! Et quel humour, ! j’ai adoré lire ce récit… nous sommes en ce moment sur nos vélos en Corée du Sud et c’est un tel mystère de savoir comment ça se passe la haut …

  2. Génial et bonne opportunité!..Intéressant cette ouverture ..vers un espace de liberté entrain de naître!ça donne de laisse l’espoir pour les échanges !Merci super

  3. Bravo pour votre audace et pour avoir saisi l’opportunité de découvrir ce pays. On vous reconnaît bien là. Le récit est parfait. Merci de nous avoir ouvert cette petite fenêtre sur les mystères du nord. Bizz AnnMary

  4. Attention joel ! On dirait qu’Irène a un petit faible pour Kim Jung UN… Mais c’est quoi ce poisson en plein mois de juin ? Ceci est écrit de l’aéroport d’Incheon d’où nous décollons dans quelques heures pour le Kazakhstan – et ceci n’est pas une blague – après bien du stress. Au fait, les vélos dans le train ici c’est uniquement le week end. Rappelez-vous en quand vous rentrerez de chez kim.

  5. un très bon moment de lecture avec un bel humour ! par beaucoup d’aspects, on se retrouve « en vrai » dans des livres d’anticipation écrits il y a plus de 50 ans; comment un pays comme celui-là peut il vraiment s’ouvrir, alors qu’on est plus en ce moment à nouveau dans une logique d’affrontements de blocs?

  6. bravo d’avoir profité de cette opportunité. Votre humour embellit une réalité bien tristounette. Bon retour dans nos pays capitalistes, consommateurs à l’excès mais jouissant quand même d’une certaine liberté
    bizzzz…. MC-JP

  7. Ah Bravo, on y croyait pas. Magnifique reportage, tout en contraste. Quelle chance nous avons de suivre nos valeureux VIP invités en exclusivité à visiter ce beau pays. Notez qu’il est fort en avance sur son temps, avec ses grandes avenues sans voiture, comme seront les nôtres lorsqu’il n’y aura plus de pétrole pour alimenter nos autos…Juste un petit regret : votre visite est un peu courte.

    Alors reprenez vos fougueux destriers et filer vers d’autres cieux que nous avons hâte de découvrir à votre suite.
    On vous embrasse. Bonne route.

  8. 🤔 Connaissant votre propension à vous jouer parfois, non souvent!, de votre lectorat, et par l’absence totale de photos personnelles passé la DMZ, j’ose me risquer et prétendre que ça sent l’utopie et le conte fantastique à plein nez…mais qui suis-je pour douter de la bonne foi de nos inimitables Cyclomigrateurs favoris…?

    Un Canadien sceptique…et qui l’assume au risque de me faire remettre sévèrement à ma place par le dit lectorat…
    Sans rancunes les cousins!

    David 😏
    …allez, courage, …j’appuie sur le bouton ……….. ‘Envoyer’ !

    • Mais voyons David…. vous médisez !!! Mon ami,(qui n’y a jamais mis les pieds !!) jure que c’est un pays magnifique, qué les gens y sont heureux etc etc!!!!
      Tout cela parce que son fils à a passé trois jours (professionnels) et qu’il a été lui aussi très bien accompagné (pour sa sécurité évidemment!!!😂)
      Merci les bretons! J’adore votre récit
      Suis étonnée que vous ayez même réussi a faire passer deux photos de militaires…..

  9. J’ai bien rigolé ^^ quelle maîtrise de l’ironie. Et vous avez dormi où, et mangé quoi? J’espère qu’il restait de la nourriture dans les magasins du peuple 😛
    N’empêche il y a des sujets comme ça, si on en riait pas on pleurerait …

  10. Merci pour ce récit toujours avec beaucoup de recul et humour..et quelle experience vous vivez. ..peut être vous faudra t il une deuxième vie…pour prendre conscience de la richesse de la 1ere…
    Merci de partager tout cela avec les cyclobloggeurs qui vous suivent sur la toile
    Nelly d ‘ amanlis

  11. Belle opportunité que vous avez su saisir, tout le charme du voyage et du temps disponible…
    Bien vu ça restera à pas en douter un moment fort de votre aventure

  12. Le récit était tellement bien tourné que je m’y suis laisser prendre, mais je vais moi vous donner la preuve (sur votre adresse perso, pour la pièce à conviction) que le vélo couché n’est pas d’aujourd’hui, et qu’il a été expérimenté par un saint Breton, St Turio, que l’on retrouve gravé dans le marbre dans la vallée des saints en Bretagne. Vous pourrez l’invoquer en cas de difficultés, il saura vous trouvez une solution.
    Michel

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