Là haut au Lao

L’arrivée en « République démocratique populaire Lao » ne manque pas de piment, comme vous allez le constater. On ne voit pas très bien ce qu’il y a de démocratique et encore moins de populaire dans ce régime où le parti communiste dirige tout et où il est interdit de critiquer le gouvernement, mais on va découvrir ce que ça donne dans la pratique.


A reculons

Il n’est pas si simple de quitter la Thaïlande. Nous voici imperceptiblement retenus sans même nous en rendre compte. Ça commence par une chaleureuse embrassade de notre hôtesse pour Irène et qui nous souhaite le meilleur pour la suite, puis c’est parti dans le petit matin frais, la brume se lève sur le lac. Nous retraversons le forêt d’hévéas et le petit hameau où déjà les habitants s’activent, encore plus matinaux que nous tous. Le champ où se tenait le marché d’hier soir est déserté, ne reste plus que les cabanes et les étals en bois, quelques chiens s’éveillent à notre passage. Nous trainassons ensuite par les petites routes à l’affut de la moindre scène à immortaliser, ici une rizière, là un marchand ambulant , ou encore un tracteur à parasol à moins que ça ne soit un parapluie, une maison en bois sur pilotis, bref tout est bon pour ne pas quitter tout de suite ce pays où nous avons parcouru un peu plus de 1 100 km.

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Que dire alors lorsque notre route est déviée par la police qui nous enjoint de suivre les gens qui nous précédent ? Ils sont bien beaux ma foi dans leurs jolies tenues. Plus loin on entend la musique qui attire les habitants, serait-ce une fête ? Nous n’avons pas vraiment le temps de nous poser la question, nous sommes entourés, pressés de nous joindre à la troupe et priés d’entrer dans l’enceinte du temple où ont lieu les festivités. Vous prendrez bien un petit coup de whisky Thaï ?

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Il est des invitations qu’on se doit d’accepter, celle-ci en est une qui va clore de manière absolument géniale notre passage et nous laisser vraiment un sentiment de frustration, on voudrait rester encore un peu. Les moines et les novices arrivent suivis de ce qui nous semble être les officiels. Les habitants ont pris place autour des marmites par petits groupes. Une jeune femme nous prend en main et nous conduit vers différents « stands » de nourriture ; pêle-mêle nous allons manger de la glace coco, du curry, de la soupe de  nouilles, des trucs dont ne sait ce que c’est mais on s’en fiche c’est bon et on mange tout !!! Irène s’en va esquiver quelques pas de danse dans une ronde entrainée par notre chaperonne, quand elle voudra s’échapper (Irène) elle sera priée de rester encore un peu… Ça ne ressemble en rien aux danses bretonnes croyez nous !!!

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De gracieuses danses vont ensuite avoir lieu devant le temple par un groupe de femmes, l’occasion encore de prendre de belles images. Irène se voit offrir un petit bouddha lorsqu’elle ira déposer son obole pour la nourriture dont nous avons si généreusement bénéficié ; ultime, et pas des moindres, cadeau d’un pays qui nous a accueilli à bras et à coeur ouvert, généreux. Il est temps hélas de nous quitter, de vulgaires questions administratives nous pressent, nos visas arrivent à terme aujourd’hui…

Le pont de l’amitié

On se rend tout de suite compte que ce n’est pas aussi simple d’entrer au Laos qu’en Thaïlande. On change vite fait nos derniers bahts thaïs pour des kips laos et c’est parti pour les formalités. Tout d’abord il nous faut présenter nos passeports côté thaï et acheter nos titres de transport. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on ne peut traverser le « pont de l’amitié » à pieds ni à vélo, le passage se fait obligatoirement en car. Mais quand les employés voient nos vélos (surtout le tandem) ils comprennent que ça ne rentrera pas dans les coffres alors on est invités à suivre le car. Mais il a quand même fallu payer le billet et c’est nous qui avons fait les efforts de pédalage pour coller au plus prêt un bus qui filait bon train !!!
Caroline et Christian sont un peu frustrés (surtout Christian), lui aussi voudrait bien passer le pont à vélo, mais les douaniers ne rigolent pas, déjà qu’ils nous font presser, les Brompton sont petits, ils rentrent dans le bus, allez hop pas de discussion !!! Est-ce la première fois que des vélos couchés Azub traversent le pont le l’amitié ? On ne vous cache pas que nous sommes sacrément fiers de rouler ici au dessus de ce fleuve mythique et à vrai dire on traîne encore un peu, tant pis si le bus est trop loin devant, nous on se délecte et nous arrivons tout heureux côté Laotien.

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Arrivés à la douane nous sommes dirigés vers les services de la croix rouge qui s’assurent que nous n’avons pas de température, coronavirus oblige.  Il n’y a pas foule, loin de là, néanmoins il nous faut faire une première queue pour déposer nos passeports après avoir rempli des papelards sur lesquels on raconte x fois la même chose, puis une autre queue pour récupérer lesdits passeports après avoir payé la surtaxe parce que nous sommes le weekend (après 16h30 il y a aussi une surtaxe) et laissé une photo de nos trombines respectives. Quand enfin nous avons passé les barrières nous devons nous diriger cette fois-ci vers un guichet  pour y payer nos visas ($ 30 par personne) c’est pas donné n’est-ce pas ? Là c’est carrément comique, l’employée observe sous toutes les coutures nos dollars et les refuse parce qu’ils ont été pliés (ben oui, ils étaient planqués dans une ceinture), idem pour nos euros qu’elle finit tout de même par accepter vu qu’on n’a rien d’autre. On lui aurait bien suggéré d’avoir sous la main un fer à repasser mais on s’est abstenus !

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Heureusement, nous n’aurons plus lieu de nous confronter à la bureaucratie locale, vu qu’on ne compte pas rester plus de 30 jours. On se regroupe enfin sous un cagnard aussi fort que de l’autre côté, photo à l’appui et allez hop, premiers coups de pédales au Laos…..

Huai Xay / Houayxay / Huay Xay / Huay Xai / ຫ້ວຍຊາຍ

Le nom de cette ville a tellement d’orthographes, y compris sur les documents officiels, qu’on ne sait laquelle est la bonne, mais phonétiquement c’est toujours pareil. Le laotien étant très proche du thaï, les sonorités sont les mêmes, par contre l’alphabet est complètement différent, ce qui ne change rien pour nous puisqu’il est tout aussi  incompréhensible.

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On voit tout de suite la différence de niveau de vie avec le pays voisin, ici les routes sont défoncées, les voitures moins luxueuses, les maisons plus modestes. La circulation dans la rue principale est pour le moins éparse, quelques scooters, une voiture de temps à autre, c’est assez tranquille pour une ville de 30 000 habitants.

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Question ambiance, c’est assez différent aussi, les laotiens semblent plutôt relax, comme en témoignent les chauffeurs de tuk-tuks qui dorment dans un hamac à l’arrière en attendant le client. Il n’y a guère de distinction entre vie professionnelle et familiale, par exemple il semble courant de voir les familles vivre dans leur boutique, les gamins mangent sur le pas de porte, les anciens regardent la télé, les clients déambulent tranquillement là dedans.

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Au cours d’une balade, Irène décide d’aller faire un tour au temple, ce qui n’est pas inintéressant. Elle y rencontre Toui, un jeune novice de 17 ans qui ne sera pas moine, il veut faire des études et devenir ingénieur en informatique et voyager. Il est heureux de pouvoir parler anglais (même si c’est avec un française, bretonne qui plus est !). Des sujets intimes vont être abordés que nous ne dévoilerons pas ici. Il gardera précieusement nos coordonnées au cas où, nous le lui souhaitons de tout coeur.

Comme il n’y a vraiment pas grand chose à faire dans cette bourgade, on n’y reste que deux nuits afin d’avoir le temps de tranquillement préparer la suite. Nous ne sommes pas les seuls cyclistes, ça commence à faire un sacré paquet de sacoches Ortlieb à trainer dans le coin.

Au rythme du Mékong

La suite, c’est un départ pour deux jours de navigation sur le Mékong à bord d’un slow boat (bateau lent). Ces bateaux sont couramment utilisés pour le transport des marchandises et des passagers, ils sont réputés inconfortables mais une version existe pour les touristes : A lieu de passer deux jours assis sur un banc en bois, on a droit à des sièges confortables avec même des tables, c’est le grand luxe.

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Le point d’embarquement est plutôt rustique, par contre le chargement des vélos est on ne peut plus commode, ils sont rapidement attachés sur le toit de l’embarcation et c’est parti pour une balade bien agréable.
La vie à bord va s’écouler au rythme tranquille du fleuve,  on a tout le temps d’observer la vie sur l’eau comme sur les berges : Pêcheurs, chercheurs d’or, éleveurs, etc. Au sujet des orpailleurs nous ne savons pas s’ils y font des découvertes à la hauteur de leur labeur.

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Tout ce petit monde n’a pas l’air de faire fortune, loin de là. Les hameaux sont perchés à l’abri des crues du fleuve, les maisons sont fort modestes faites de bois et de bambou tressé.

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Une halte organisée dans un village nous laisse une impression mitigée, on dirait qu’on s’en va visiter un zoo ; les enfants se précipitent pour vendre leurs petits bracelets, on en achète une flopée mais évidemment pas à tous, ils sont si nombreux. En s’éloignant du groupe qui suit le guide, on a de chouettes échanges avec les mamans et les enfants, limités toutefois par l’absence de langage commun. On serait bien restés plus longtemps, mais dans ce genre de visite le temps est compté, il faut repartir. Nous apprendrons plus tard par le guide que certains hommes de ce village sont polygames et ont deux ou trois maisons (entendez deux ou trois femmes).

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La vie à bord n’est pas trop stressante, c’est le moins qu’on puisse dire. Les parties de bush rummy se succèdent, il n’y a pas heureusement de gages pour les perdants (une baignade forcée dans le Mékong, par exemple). Le repas du midi est délicieux : un curry du riz et des fruits.

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Pakbeng

L’escale dans la bourgade de Pakbeng pour la nuit est plaisante. On n’a pas de mal à se choisir une guesthouse, elle n’est pas bien luxueuse mais c’est juste pour dormir, le plus intéressant est comme d’habitude dans la rue.
Ici les gens cuisinent devant leurs portes, sur des feux de bois où mitonne le diner pour la famille. Un atelier de réparation de scooters (il y en a bien plus que de voitures) travaille de nuit, à la lumière des téléphones portables. Le matin, les moines passent pour leur collecte, comme en Thaïlande.

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Le lendemain matin, on a la surprise d’observer des éléphants prendre leur bain, c’est autrement plus agréable que de les voir entravés comme souvent.

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Nous retrouvons notre bateau lent, les vélos sont toujours sur le toit, personne n’a songé à partir avec.

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Pak Ou

Au fil des heures, le relief s’accentue, le Mékong doit d’avantage sinuer pour se frayer un passage. C’est le long d’une abrupte falaise que nous accostons pour découvrir des grottes assez étonnantes, celles de Pak Ou. Creusées à flan de falaise elles abritent une quantité incroyable de bouddhas de toutes tailles nichés dans les plus petits recoins. La visite se mérite au prix d’une montée de hautes marches irrégulières.

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La nature présente parfois de curieuses coïncidences, comme la forme de cette grotte dans laquelle s’emboite plutôt bien la montagne située sur l’autre rive :

Les grottes font évidemment l’objet de croyances,  Bouddha y est honoré et on ne peut découvrir certaines statues que si on a une lampe parce que l’électricité n’arrive apparemment pas jusque là haut.

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Ban Xang Hay

Dernière visite au village de Ban Xang Hay, qui est clairement aménagé pour le tourisme, avec ses ruelles bien propres et ses stands de tissage et de produits distillés.

Ce n’est toutefois pas un village fictif, le monastère est actif et les ateliers de tissage fonctionnent bel et bien.

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Les tissus sont magnifiques, vu notre moyen de locomotion on n’est pas de bons clients mais deux foulards vont tout de même s’ajouter à notre barda. Difficile parfois de ne pas craquer, hein Irène ? ! Un atelier animé par une association se consacre à l’aide aux handicapés et aux femmes en difficulté ; leur production est notamment exportée au Japon, d’ailleurs une volontaire est présente pour les conseiller et veiller au niveau de qualité, grâce à elle on peut en apprendre davantage car elle parle bien anglais.

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Retour à bord pour les dernières heures. Nous avons été pris en charge par une famille. Le papa conduisait le bateau, la maman s’occupait des repas et le jeune ado faisait office de mousse. Un autre petit homme a pointé le bout de son nez de temps à autre, il est atteint de trisomie 21. Très à l’affût de pouvoir donner le coup de main, notamment de donner les sacoches, il aura droit à un souvenir de Bretagne. Pour nous ce sont des moments exceptionnels, sur les rives, c’est le quotidien, comme pour ces moines qui se lavent et font la lessive ; l’avantage est qu’ils ne risquent pas de mélanger les couleurs…

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C’est aux abords de Luang Prabang que se termine cette paisible croisière, c’était bien c’était chouette (comme chez Laurette). Cependant, fini le farniente il va falloir se bouger un peu…..

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4 Commentaires judicieux

  1. Pour avoir vécu longtemps en République Populaire du Congo à tendance selon les termes officiels: « socialisme scientifique marxiste-léniniste ». Votre introduction est déjà une critique !

  2. oui merci de nous faire partager vos impressions  » lâ aussi  » ..toujours hors des sentiers battus …vous ne devez pas rencontrer beaucoup de voyageurs à vélo ..A bientôt

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