Moulins, patelins et préjugés

Cet épisode vous emmène dans des lieux peu fréquentés et qui ne manquent pourtant pas d’attraits, ainsi que dans d’autres nettement plus connus mais qui gagnent à être découverts autrement que par les classiques circuits touristiques. Et même là où nos préjugés nous dictaient de ne pas aller…

Au fil des chemins on peut tomber sur des scènes cocasses ou intrigantes, comme quoi les Néerlandais ne sont pas dépourvus du sens de l’humour. Ni du sens pratique d’ailleurs, avec ces paniers situés au bord des routes pour que les cyclistes puissent jeter leurs détritus dedans sans s’arrêter (Si on pouvait avoir ça en France, applicable aux voitures… ).

Alors que jusqu’ici nous avions surtout côtoyé des volatiles comme les bernaches, canards et oies, nous voici en terre d’élevage, avec de grands troupeaux de vaches ; ici pas besoin de clôtures, ce sont les canaux qui délimitent les pâturages. Il y a aussi des chevaux, on en voit un peu partout, on ignorait que les Hollandais étaient si férus d’équidés. Il y a aussi des moutons rigolos, style dalmatiens :

Les villages sont très agréables, avec toujours l’architecture si caractéristique et une propreté digne de la Suisse. Pour camper, aucune difficulté grâce aux petits campings bien sympas et dans lesquels on est bien accueillis, une fois le propriétaire nous a même offert une glace à l’arrivée. A l’exception toutefois d’un camping qui était mentionné comme « Réservé aux plus de 55 ans », on a bien compris que les enfants et les jeunes n’étaient pas les bienvenus, d’ailleurs il n’y avait que des retraités avec leur camping-car, affalés dans des chaises longues à bouquiner ou somnoler.

Quand la météo s’en mêle, ça peut être plus compliqué, ça nous est arrivé dans le village de Oudewater qui porte bien son nom : Alors que nous n’avons parcouru que 11 km ce jour là, voilatipas qu’il se met à pleuvoir et ça ne ressemble pas à une averse, le ciel est gris de chez gris. On se réfugie au Grand Café puis on y déjeune et comme ça ne se calme pas on part visiter le patelin et repérons le seul hôtel, plutôt classieux (trop). Bon, on ne va pas retourner au même café, il y en a un autre, Bush rami à nouveau, l’ambiance là dedans est très sympa. Finalement on s’en va à l’hôtel sous la pluie, on prend possession de la chambre… et la pluie s’arrête !

Kinderdijk

C’est un site célèbre, classé à l’Unesco, avec ses 19 moulins dans un cadre préservé. Incontournable donc, mais pas n’importe comment. L’idéal est de le parcourir au lever du soleil (mais il faut se lever sacrément tôt) ou le soir au coucher du soleil, c’est alors superbe. Mais même en journée, c’est très agréable à condition de ne pas se contenter des quelques centaines de mètres à pied parcourus par les groupes jusqu’à la visite du moulin-musée puis retour, car on rate alors l’essentiel du site. Il suffit de prendre son temps et continuer sur les chemins qui longent les canaux, découvrir ces moulins sous différents angles, et pour cela l’idéal est le vélo (vous l’auriez deviné, n’est-ce pas ?)

Aujourd’hui ils font beau dans le décor, mais à quoi servaient donc tous ces moulins à vent avant ?
Pour la plupart, à pomper, pomper et toujours pomper, comme les Shadocks. Car il fallait bien évacuer l’eau des étendues gagnées sur la mer d’une part, puis continuer à drainer par la suite puisqu’on se trouve au dessous du niveau de la mer. Aujourd’hui ça se fait par des stations de pompages, plus efficaces mais nettement moins décoratives, à l’époque où les moulins étaient en exploitation la vie « à bord » n’était pas facile ; comme le moulin ne produit rien (contrairement à un moulin à farine par exemple), le meunier était salarié de l’Office des Eaux et ne payait pas de loyer, mais ses conditions de vie n’étaient pas enviables : Le moulin est étroit, bruyant et dangereux avec des risques d’incendie (tout est en bois, y compris le mécanisme et il y a des frottements, donc des échauffements) mais c’est pour les petits enfants du meunier que c’était le moins drôle car ils devaient être tenus « en laisse » pour aller jouer dehors à cause des ailes du moulin qui descendent très près du sol et tournent vite, au risque de les blesser gravement. Ceci en échange d’un salaire insuffisant pour vivre, il fallait être motivé… ou ne pas avoir le choix.

Rotterdam, malgré les préjugés

Alors que nous sommes à Dordrecht, près de la fin de notre circuit néerlandais, il s’avère que nous avons plus de temps que prévu pour terminer notre périple alors nous décidons d’aller là où nous ne voulions pas, dans la grande ville de Rotterdam. Nous en avions une image plutôt négative, y étant passés lors de notre premier séjour dans ce pays, à l’époque c’était en voiture avec les vélos derrière ; cette ville nous était apparue comme un immense complexe portuaire et industriel, rien d’intéressant là dedans. Sauf que là nous ne voyageons plus en voiture, on peut voir les choses autrement, on prend le temps de musarder. Alors on laisse les vélos à Dordrecht on on file en train à Rotterdam pour la journée.

Et là on en prend plein les yeux, cette ville est incroyable. Complètement détruite par l’armée nazie en 1940, elle a été reconstruite et développe depuis une architecture contemporaine. Dès l’arrivée à la gare on est dans l’ambiance, ici ça décoiffe.

Les architectes doivent s’éclater ici, on est bien loin du classicisme de la capitale Amsterdam.

Le Markthal, marché couvert futuriste qui allie habitations, restaurants et marché, est conçu comme un arc de cercle renversé. Son plafond est parfois surnommé la « Chapelle Sixtine de Rotterdam » ; sans aller jusque là, on est tout de même ébahis par ce lieu qui transcende l’imagination.

Les maisons cubes ont beau dater des années 70, elles demeurent déroutantes. Néanmoins, il n’est pas si certain que ça qu’il soit agréable d’y habiter, non seulement c’est difficile à meubler (même avec Ikéa) mais les espaces intérieurs sont assez biscornus et les escaliers pénibles : A déconseiller aux parents avec enfants, ainsi qu’aux grands parents vieillissants.

Dommage que nous n’ayons pas plus de temps à consacrer à cette ville, ici encore on se dit qu’il faudra qu’on revienne.

Déjà la fin

Tout récemment, quelqu’un posait la question « Ce n’est pas monotone la Hollande ? » : Encore un préjugé bien mal fondé, comme on a pu le constater au fil des jours. On ne peut que vous inviter à faire comme nous : Passez le bac (ce n’est pas ce qui manque ici) et venez visiter ce chouette pays (on dirait qu’on bosse pour l’office du tourisme, n’est-ce pas ?).

A bientôt pour de nouvelles aventures…

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