Thaïlande (bis)

En ce mois de météo pour le moins maussade en Bretagne, nous vous proposons de nous accompagner pour nos premiers tours de roue en Thaïlande.

En fait ce ne sont pas vraiment les premiers puisque, comme nos fidèles lecteurs s’en souviennent, en janvier 2020 nous étions déjà venus parcourir ce pays et l’avions beaucoup apprécié. Pas seulement parce que ça nous avait permis de ne pas connaitre les confinements qui touchaient l’Europe, mais surtout pour la gentillesse des gens et la beauté des temples et des paysages.

Cette fois-ci encore nous voyageons à quatre car Jocelyne et Michel , des amis dinanais, nous accompagnent. Contrairement à Tim et Lucy qui roulaient sur un tandem couché, ces deux là ont des vélos normaux (donc des vélos couchés évidemment) et sont également coutumiers des longs voyages. Ils sont également adeptes des voyages inorganisés, tout comme nous ils ne supportent pas la rigidité d’un programme établi à l’avance et accordent une large place à l’improvisation. Et vous allez voir que ça se vérifie cette fois-ci encore, puisque notre itinéraire est bousculé quasiment chaque jour, au fil des opportunités.

Bangkok

Une première nuit à Bangkok dans un hôtel confortable mais impersonnel (destiné à la clientèle internationale), nous sommes néanmoins sacrément contents d’en profiter après 18 heures de vol sans pratiquement dormir. Nos 4 momies (comprenez nos 4 vélos) nous ont été restitués sans dommage.

Premier jour : Levés à 6h et remontage des vélos, c’est parti pour tenter de sortir de cette agglomération tentaculaire. Le projet était de prendre le train jusqu’à Surin au nord-est mais dès le premier jour on change d’avis : On va plutôt pédaler vers le nord jusqu’à Ayutthaya, ce qui est exactement ce que nous avions fait avec Tim en 2020. Mais pourquoi donc ? D’abord parce que la gare est à 35 km vers le sud, ce n’est pas notre chemin, ensuite parce que Jocelyne et Michel (Los Guiados, surnom dû à leur long séjour au Mexique) sont déjà venus en Thaïlande mais ne connaissent pas Ayutthaya, et surtout parce que nous pourrons retrouver Frédérique et Daniel (Los Tupinos comme on les surnomme) qui sont des amis communs que nous n’arrivons jamais à rencontrer en Bretagne (il faut dire qu’ils bougent tout le temps ces deux là).

La gueule du dragon

Sortir de cette agglomération de 18 millions d’habitants n’a rien d’une sinécure, nous mettrons une journée avant d’en atteindre les faubourgs à la nuit tombée. L’haleine du dragon demeure fétide, la température atteint 32°, la pollution est impressionnante et ce sont surtout les populations pauvres qui en pâtissent dans leurs habitations basses alors que les plus riches habitent des appartements en hauteur avec des purificateurs d’air.

La pollution de l’air est essentiellement causée par les émissions de dioxyde de carbone et de micro particules fines des véhicules même si l’activité industrielle, les chantiers et les crémations ainsi que le brûlage des cultures sont des sources non négligeables. Il faut aussi ajouter les pluies acides dues au dioxyde de soufre et au dioxyde d’azote etc.
Bangkok n’est située qu’à 2 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui provoque des inondations en période de mousson. De plus, construite sur une zone autrefois marécageuse, la ville s’enfoncerait de 2 cm par an. Ce phénomène est aggravé par la quantité considérable de déchets plastiques qui se déversent dans Bangkok, rendant le système de drainage insuffisant, ainsi que le pompage d’eau dans la nappe phréatique et le poids des immeubles.
La pollution de l’eau a transformé la « Venise de l’Orient » (comme la Venise d’Italie) en une vaste fosse sceptique : La plupart des eaux usées sont déversées directement sans traitement dans les canaux (khlongs) et le fleuve Chao Phraya. Pour améliorer la qualité de l’eau et ramener l’eau à la vie, un programme de stations d’épuration est mis en place et des opérations d’assainissement des canaux sont organisées.

Khlong !

Non ce n’est pas le bruit d’un truc qui tombe, c’est le nom des canaux. Le long des khlongs il y a des habitations modestes, faites de bric et de broc, reliées par un réseau de cheminements étroits que les gens empruntent à pieds où à scooter ; chaque fois qu’on croise un scooter il faut s’arrêter et se tasser le plus possible à gauche (oui, dans ce pays on roule à gauche), parfois c’est assez laborieux.

Il arrive qu’un escalier impromptu se mette sur notre chemin, mais c’est aussi l’occasion de rencontrer de charmants gamins.

Bien sûr on pourrait passer par des routes au lieu de longer les khlongs mais c’est autrement plus drôle comme ça, même si ça ne fait guère avancer la moyenne, ce qui explique qu’on ait mis autant de temps à parcourir seulement 45 km.

Autres passages folkloriques, les traversées de grandes artères : En France on n’envisagerait pas de traverser à pieds une 2 x 3 voies, ici ça se fait bien, on fait signe et les conducteurs s’arrêtent, mettent les warnings pour prévenir ceux de derrière, et repartent avec le sourire une fois que les quatre cyclistes bizarres ont traversé. Une seule fois on s’est heurté à une impossibilité physique de traverser, il y avait quatorze voies au total et un muret de séparation ; qu’à cela ne tienne, on a dégotté un vaste ascenseur qui nous a montés sur une passerelle, il y a toujours une solution. De même pour trouver un hébergement, c’est quand on a décidé de s’arrêter qu’on regarde ce qu’il y a comme hôtel ou guest-house dans le coin et ça le fait bien.

Ayutthaya

Là on n’aura même pas à se poser la question de savoir où passer la nuit, puisque « Los Tupinos » nous ont réservé deux chambres dans leur guest-house de prédilection. Le trajet d’une soixantedouzaine de kilomètres n’est pas passionnant, notamment parce que nous avons décidé de nous rallonger la route pour longer le fleuve Chao Phraya mais qu’en fait on ne le voit jamais car il y a des constructions tout le long des rives. Pas grave, il y a tout de même de beaux arrêts, notamment dans des temples qui ont aussi le mérite d’être équipés de WC, considération bassement matérielle en ces lieux spirituels, mais l’un ne va pas sans l’autre.

Pour pimenter un peu le trajet, une très longue portion de route est en travaux ; on ne comprend pas bien la logique qui consiste à défoncer le goudron sur des tas de kilomètres pour ensuite ne pas faire grand chose (ou du moins rien de visible) en attendant un futur regoudronnage, en espérant que ce soit avant la saison des pluies. Mais peut-être est-ce parce qu’une institution royale prestigieuse se trouve au milieu de ce chantier, ce qui expliquerait aussi pourquoi ladite route est à quatre voies et pourvue d’un abondant éclairage public alors que la circulation est anémique.

Un passage souterrain interdit aux deux roues dans lequel s’engouffrent moult scooters (et donc nous avec), une traversée de rivière dans un bateau si petit qu’un des vélos ne rentrait pas dedans (il a dû rester couché sur l’avant), un sacré capharnaüm à la sortie d’une école musulmane (les filles portent une tenue très particulière), ce sont quelques uns des événements qui font que le parcours est loin d’être monotone.

Nous avons été accompagnés durant une quarantaine de kilomètres par un cycliste aussi bizarre qu’orange ; le type parlait un anglais très approximatif et sa pensée avait l’air d’être assortie, tenait des propos à géométrie variable, nous suivant inlassablement sans qu’on sache ce qu’il voulait au juste. Au restau il s’est attablé près de nous, pour un peu il nous aurait accompagnés jusque dans notre chambre…
Difficultés de compréhension là encore, nous nous sommes fait gruger par une vendeuse de fruits, le mal n’était toutefois pas bien grand.

Beaucoup moins anecdotique, cette rencontre avec une famille qui vit dans une cabane en tôle entourée d’un marigot qui n’est déjà guère ragoutant mais doit devenir épouvantable la saison des pluies ; ce n’est pas de la pauvreté mais de la misère, et pourtant les deux jeunes parents comme leurs petits enfants sont souriants. Nous les quittons après avoir laissé aux enfants de quoi dessiner, mais avons le coeur serré de voir dans quelles conditions ils (sur)vivent.

L’architecture

Il y a beaucoup de monuments qui ont une fâcheuse tendance à tomber en ruines mais ont de fort beaux restes. Ils sont les témoins du temps passé et nous permettent de comprendre ce pays à travers son histoire, et comme partout ailleurs des conquérants ont tout déglingué, ça a été plus ou moins reconstruit, et ainsi de suite.

Comme les décors étaient réalisés en stuc plaqué sur les structures en briques, et que ledit stuc a disparu depuis belle lurette, on a du mal à se représenter la splendeur des bâtiments à l’époque. Heureusement, il subsiste des parties relativement préservées qui donnent une idée de la chose, ce devait être tout simplement magnifique.

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Si les temples récents ne sont plus construits en briques, les décorations n’en sont pas moins superbes et d’un style élégant, le travail est très fin. L’activité religieuse est permanente, il y a sans cesse des fidèles qui entrent procéder à un rituel qui nous échappe quelque peu mais est toutefois moins déconcertant que celui qu’on pouvait observer en Inde.

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Bouddha un jour, Bouddha toujours

Dans le genre monumental, il y a les Bouddhas. Qu’il soit couché (celui-ci mesure 37 mètres de long, on découvre qu’il avait les pieds plats) ou assis, le personnage est souvent gigantesque.

Bouddha couché, Wat Lokayasutharam

Ils sont très souvent dorés, voire recouverts de petites feuilles d’or, certains sont très souriants, d’autres plus sérieux, les postures comme les caractéristiques du visage et de la coiffure ayant évidemment une signification (que l’on ignore).

Ayutthayakafokon

La vie est facile dans cette ville pourvue de toutes les facilités, à ceci près que pour une raison incongrue les restaus ferment le soir à l’heure où on aimerait se mettre à table. Heureusement qui il y a le night market pour les retardataires, ça fait un dîner d’anniversaire assez curieux pour Jocelyne mais on se rattrapera le lendemain. De toute façon ici le temps coule plus doucement qu’ailleurs.

Nos deux nuits passées dans cette sympathique guest house ont été un plaisir, on comprend que Los Tupinos y séjournent longuement chaque fois qu’ils viennent cycloter en Thaïlande. C’est aussi un lieu pratique pour réparer une crevaison, comme quoi quand on est crevé c’est là qu’il faut venir.

Pour la suite, il va encore y avoir un changement de programme, cette fois-ci à l’insu de notre plein gré. On envisageait d’aller à Surin, très à l’est d’Ayutthaya, mais ça ne va pas être possible alors on va s’arrêter un peu avant à Burrinam. Mais pourquoi donc ? Vous le saurez dans le prochain épisode.

23 Comments

  1. Bonjour les Cyclomigrateurs and co.
    On a su par les Rennais que vous étiez répartis sur les routes d’Asie.
    J’attendais avec impatience des nouvelles!
    Véronique et Gérard de Nantes.

  2. Bonjour, c’est super de vous suivre à nouveau.
    Comment s’appelle cette sympathique guest house a Ayutthaya SVP ? Merci d’avance.
    Pascal

  3. Rentré il y a 1 mois de l’Asie du Sud Est, à travres vos récits et photos je prolonge avec un grand plaisir mon voyage à vélo. Un grand merci Guy

  4. Bonjour à tout le monde ..meilleurs voeux pour vos nouveaux projets !Super les Cyclos pour nous remettre sur les routes des découvertes..Blaovez Mad ..kenavo

  5. « Bouddhas couchés » + en retraite « dorée », ça ne nuit pas décorum des temples. Amusez-vous bien et continuez à nous entraîner dans vos aventures, ça nous sort du quotidien… Bises chaleureuses

  6. Quel décalage avec notre organisation du 60e anniversaire de l’amitié franco-allemande! C’est beaucoup moins… pittoresque et ensoleillé.

  7. Tout d’abord nos meilleurs voeux, et merci pour ces belles photos avec du soleil parce qu’ici , en Alsace il neige!!! Noa amitiés aux Los Tupinos !
    Nous , nous reprenons la route en Avril

  8. Bonjour,
    Votre trajet insolite et les rencontres faites entre Bangkok et Ayutthaya m’ont fait sourire. La vie le long des khlongs ! Oui, Ayutthaya fut une cité magnifique avant d’être saccagée, c’est bien dommage. Oui, les positions du Bouddha ont une signification. Juste une pour info : couché, il est mourant. Dernier moment avant le nirvâna final. J’aime beaucoup le ton décalé de vos récits de voyage et vous suis régulièrement. Bonne route â tous !
    Brigitte

  9. Ça y est, les histoires des cyclomigrateurs reprennent!! Ah la Thailande, pays de contraste!!
    Ce sont des paysages qu’on connait bien en plus!! Hâte de vous voir sur le sol Cambodgien!
    Profitez bien!
    Nous nos projets avancent tranquillement!! j’aurai surement moins mal au cul que lors de nos derniers voyage en vélo!!
    Allez Kenavo!
    David, Marie, Martin et Estelle!!

  10. alors là surprise! moi qui voulais passer par Rennes!!!! bon on va remettre cela. Profitez bien de ce magnifique pays et pour nous, vous suivre est un merveilleux voyage en fauteuil!! cordialement

  11. Votre carnet comme toujours magnifique et instructif, même si l’on est dans le même pays 😀
    Nous nous dirigeons tranquillement vers le Cambodge alors oui, vers Phnom Penh les vélos couchés et les Brompton devraient se repérer: à bientôt !
    Caro et Christian

  12. coucou les cousins , enfin un retour sur vos escapades que l’on adore en lisant le résumé , de très belles photos , mais on vous voit peu , continuer a nous faire rêver gros bisous de guy et josseline

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  1. Un tour en Bourgogne – Les Cyclomigrateurs

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